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Analyse

L’avenir du Parti républicain après un étrange procès

Donald Trump est assis et parle au micro.

L'ancien président Donald Trump, lors d'une allocution en 2018, aux côtés de l'ambassadrice américaine Nikki Haley, candidate potentielle à la présidence en 2024.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Le débat sur l’avenir du Parti républicain a commencé le lendemain de l’élection. Et il a pris une tournure qu’on ne pouvait prévoir le 6 janvier, quand Donald Trump a encouragé les manifestants qu’il avait appelés à Washington à envahir le Capitole pour empêcher la certification du résultat de l’élection — et on l’a appris au procès — en sachant que son vice-président, Mike Pence, était en danger.

La majorité des sénateurs républicains, samedi, aura voté pour acquitter l’ancien président, mais pour des raisons fort différentes.

Certains ont déjà en tête une candidature à l’élection présidentielle de 2024. Marco Rubio, Josh Hawley et Ted Cruz, par exemple, ont conclu qu’ils ne pouvaient gagner sans l’appui de la base de militants républicains que Donald Trump a si soigneusement cultivée.

Certains autres, Lindsay Graham, par exemple, pensent que l’appui de Donald Trump est essentiel pour que le Parti républicain regagne des sièges, et peut-être, la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants en 2022, lors des élections de mi-mandat, qui sont traditionnellement plus favorables au parti d’opposition.

Il y a aussi un grand nombre de sénateurs qui sentent qu’ils ont été élus lors de la vague Trump et qui craignaient que leur parti, au niveau local, ne se retourne contre eux s’ils votaient contre le président. Et ils n’avaient pas tort, le sénateur Bill Cassidy de Louisiane a été officiellement blâmé par les instances républicaines de son État dans les minutes qui ont suivi son vote en faveur de la destitution.

La crainte des primaires

Il ne faut pas oublier ici que les élus américains ne sont pas automatiquement candidats à leur réélection. Ils doivent d’abord passer par une élection primaire, où ne votent que les militants de leur parti et où Donald Trump pourrait avoir une grande influence.

Puis, il y a le cas particulier du leader des républicains au Sénat, Mitch McConnell. On a senti qu’il aimerait bien débarrasser son parti de l’influence pernicieuse de Donald Trump. Mais il semble s’être dit : Je suis leur chef, donc je les suis.

Il a donc offert aux républicains indécis la porte de sortie la plus facile : la procédure. Il serait inconstitutionnel de destituer quelqu’un qui n’est plus président.

Sauf qu'il pouvait, quand il était toujours leader de la majorité au Sénat, rappeler les élus pour un procès et un vote, lorsque Donald Trump était encore président. Il a préféré attendre pour ensuite pouvoir dire qu’il était trop tard. C’est pour cela que son long discours, tout de suite après le vote, pour condamner Trump et le trumpisme, sonnait nécessairement creux.

Mais, quelque part dans le chaos d’une fin de semaine de destitution pour le Parti républicain, il y avait des signes qui montraient que le parti d’Abraham Lincoln était prêt à tourner la page Donald Trump.

Tout d'abord, il y a les sept sénateurs qui ont rompu avec leur parti pour condamner Donald Trump, le plus grand nombre de toute l’histoire américaine à rompre avec le président de leur parti.

Mais surtout, il y a eu Nikki Haley, ancienne gouverneure de Caroline du Sud et ambassadrice aux Nations unies pour le gouvernement Trump. Et surtout, candidate probable à la présidence en 2024.

Nikki Haley, figure d'un certain renouveau

Dans une entrevue accordée au site Politico, Nikki Haley a affirmé sans ambages que l’ancien président avait laissé tomber son parti et qu’il était tombé tellement bas qu’il ne serait jamais plus candidat.

Nous n’aurions pas dû le suivre, nous n’aurions pas dû l’écouter, et nous ne pouvons pas nous permettre que cela se produise à nouveau.

Une citation de :Nikki Haley, ex-gouverneure de Caroline du Sud

Nikki Haley est une républicaine hors norme. Fille d’immigrants indiens, elle a été élue dans un État conservateur du Sud et a été qualifiée par le New York Times de l’une des rares nominations de M. Trump qui puisse quitter son gouvernement avec sa dignité intacte.

Une candidature comme Mme Haley serait tout indiquée pour aller chercher les électeurs ayant déserté le Parti républicain aux dernières élections, surtout des femmes habitant en banlieue. En tout cas, elle représente une alternative à Donald Trump qui incarnerait un certain renouveau du parti.

Quant à Donald Trump lui-même, son avenir est encore plus incertain après ce procès. Malgré le vote des sénateurs, il a été clairement établi qu’il a voulu empêcher la certification des résultats de l’élection présidentielle et qu’il est moralement et en pratique responsable d’avoir provoqué [les événements du 6 janvier], selon les mots de Mitch McConnell après le vote.

Il notait aussi que Donald Trump n’est sans doute pas au bout de ses ennuis juridiques. Le procureur du district sud de Manhattan enquête depuis des mois sur les finances de la Trump Organisation et sur de possibles fraudes fiscales. Il pourrait aussi être poursuivi pour toutes ses pressions sur les responsables du vote dans certains États pour faire changer le résultat de l’élection.

À la fin, voici un politicien qui a une base de partisans solide, mais qui, en quatre ans en tant que chef des républicains, a perdu cinq des six élections nationales, deux fois le vote populaire à la présidence, deux élections à la Chambre des représentants et une élection du Sénat.

Pour celui qui promettait de gagner tellement souvent, qu’à la fin vous serez fatigués de gagner, c’est assez maigre comme bilan.

Il est donc loin d’être certain que dans deux ans, aux élections de mi-mandat, son influence soit telle que le Parti républicain se tournera tout naturellement vers lui.

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