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Il faut « libérer nos jeunes », demandent des pédiatres et Pierre Lavoie

Les autorités de santé publique invitées à « essayer des choses » et à permettre des sports ou des activités organisés.

Un enfant joue au hockey.

Le gouvernement et la santé publique doivent être plus permissifs sur le sport organisé et la pratique sportive entre amis, selon des pédiatres et Pierre Lavoie.

Photo : iStock

« Point de saturation bientôt atteint », « catastrophique », « désastreux » : pédiatres et défenseurs de l'activité physique chez les jeunes ne lésinent pas sur les qualificatifs pour témoigner du « sentiment d'urgence » qui les habite. Ils demandent aux autorités de santé publique d'offrir « de l'oxygène » à la jeunesse, a fortiori en zone orange.

Ambassadeur de l'activité physique chez les jeunes Québécois depuis plus d'une décennie, Pierre Lavoie en a assez. C'est catastrophique, ce qu'on vit présentement, lance-t-il au bout du fil, prenant une pause en pleine randonnée de raquettes, dimanche après-midi, pour aborder la question avec Radio-Canada.

Le fondateur du Grand Défi Pierre Lavoie multiplie les sorties publiques depuis le début de l'hiver, en quête d'assouplissements en faveur de la pratique du sport chez les jeunes. Une pratique encadrée, insiste-t-il.

Le ton monte maintenant d'un cran au sujet des sports organisés. M. Lavoie juge inconcevable qu'il n'y ait toujours aucun projet de déconfinement en branle dans les régions ayant passé au palier d'alerte orange la semaine dernière. Ce que je déplore, c'est qu'on n'essaie rien, se désole-t-il. [Ces gens-là] méritent qu'on puisse tester des choses.

Quatre personnes participent à un appel par vidéoconférence, soit François Legault, Pierre Lavoie, Isabelle Charest et Germain Thibault.

Pierre Lavoie, en bas à gauche, a participé à une rencontre, en janvier, avec le premier ministre François Legault et la ministre Isabelle Charest (en bas à droite).

Photo : Photo Émilie Nadeau

Occasions ratées

Grand promoteur des saines habitudes de vie, Pierre Lavoie s'inquiète pour les adolescents. Le Saguenéen pense en particulier à tous ces jeunes à qui on n'aura pas réussi à inculquer le goût de bouger, faute de marge de manœuvre. Il craint les dommages collatéraux et que certains d'entre eux passent à côté d'une partie importante de leur développement.

Il faut le dire, ce qui se passe sur le terrain, ce que ça cause comme dommages.

Une citation de :Pierre Lavoie

Pleinement conscient des dangers associés à la COVID-19, il croit cependant que les sports et activités organisés se dérouleraient dans des lieux où la santé publique aurait un certain contrôle. Lançons des projets pilotes en régions orange, insiste-t-il, glissant au passage des mots comme bulles, tests [de dépistage] rapides et espace sécuritaire.

M. Lavoie croit qu'il faut faire confiance aux organisations et aux fédérations sportives, lesquelles ont selon lui de bons plans qui peuvent encore être bonifiés. Il y a du monde intelligent autour de ça.

Des élèves du secondaire vus de dos dans une classe  à la hauteur des jambes et des pieds, de manière à ne pouvoir les identifier.

Les adolescents et les plus jeunes sont durement frappés par la pandémie, selon Pierre Lavoie, qui réclame des assouplissements pour la pratique sportive encadrée.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Dommages collatéraux

L'inquiétude de Pierre Lavoie est partagée par l'Association des pédiatres du Québec. L'automne dernier, l'organisation avait utilisé des mots forts en parlant des dangers associés à des restrictions prolongées. On disait alors craindre le sacrifice d'une génération d'adolescents.

Depuis le début de la pandémie, on est inquiets face à la durée de tout ça. L'inquiétude était que ça dure un an, deux ans, et je pense qu'on s'aligne vers ça de façon très claire, réitère la docteure Marie-Claude Roy, pédiatre au CHU de Sherbrooke et membre du conseil d'administration de l'association.

Un adolescent regarde une tablette, allongé sur le plancher du salon.

L'Association des pédiatres craint une augmentation de la cyberdépendance et des troubles alimentaires, notamment.

Photo : iStock

Selon elle, les dégâts sont déjà considérables. On peut parler des dommages collatéraux au niveau de l'humeur et de l'obésité. C'est infini tout ce qu'on est en train [de créer] et ce qu'on va être obligé de rattraper dans les années à venir.

À cet égard, le sentiment d'urgence monte, oui, poursuit-elle. On leur demande un tribut qui est démesuré par rapport au reste de la société.

Limiter les dégâts

Comme Pierre Lavoie en évoquant des opportunités qui ne reviendront pas, la pédiatre soutient que les adultes ont pour la plupart des fondations pour faire face à la pandémie, dont certaines ont été acquises au cours de leur adolescence. Les jeunes sont en train de construire ces bases-là, et de mettre ça sur pause, oui on manque de grandes opportunités.

Ils vont chercher dans le sport des contacts sociaux, des modèles de rôle importants, un exutoire d'émotions positives ou négatives, qui se construisent dans ces occasions d'entraide, de support, d'esprit d'équipe.

Une citation de :La docteure Marie-Claude Roy, pédiatre

La docteure Roy invite les autorités à limiter les dégâts dans les zones orange. Il est possible, selon elle, d'autoriser les activités de groupe dans un contexte de sport organisé, ce qui facilite entre autres le traçage des contacts en cas d'infection.

« Libérer les jeunes »

Le pédiatre Gilles Julien s'est réjoui du retour en classe des élèves du primaire et du secondaire en janvier. Ça a été un baume, dit-il. Malgré cela, il juge la situation de plus en plus inquiétante. Il continue de recevoir de nombreux jeunes ayant des troubles anxieux ou en perte de motivation. Il y a quelque chose qui ne marche pas.

Les populations plus vulnérables en particulier continuent de vivre des difficultés en lien avec la pandémie, dit-il. Ce qui reste problématique, c'est l'idée d'aller jouer dehors, sur la patinoire entre amis, de prendre l'air pratiquement, note-t-il.

Il faut leur laisser la capacité de respirer, d'aller dehors voir quelques amis tout en prenant des distances. Il y a moyen de le faire.

Une citation de :Le docteur Gilles Julien, pédiatre social et fondateur de la Fondation du Dr Julien

Ce n'est pas seulement qu'une affaire de sports, précise-t-il, mais aussi d'arts, de loisirs et de socialisation. S'il est possible de se regrouper sur Zoom pour faire de la musique, il manque la partie sociale, la partie bien-être, donne-t-il en exemple. Je pense qu'après presque un an de restrictions importantes, on ne peut plus laisser nos enfants arrêter de vivre.

Au gouvernement, la question des nouveaux variants de la COVID-19 a créé de nouvelles inquiétudes. Le premier ministre François Legault a aussi évoqué la semaine dernière l'idée de prolonger les zones rouges en prévision de la relâche scolaire, même dans les régions où les indicateurs pointent vers l'orange.

Au cabinet de la ministre déléguée à l'Éducation, Isabelle Charest, on assure que des discussions sont en cours avec les fédérations sportives afin de préparer le retour à la pratique des activités organisées. Aucune échéance n'est cependant avancée.

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