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Les dons de plasma rémunérés arrivent en Alberta

Une technicienne vérifie des sacs contenant des échantillons de plasma sanguin dans un laboratoire de l'Établissement français du sang, à Marseille, le 1er avril 2009.

Le plasma sanguin ainsi recueilli pourra notamment être utilisé dans la fabrication de médicaments, soutient l'entreprise. (Archives)

Photo : Reuters / Jean-Paul Pelissier

Une entreprise canadienne qui rémunère les personnes qui donnent du plasma sanguin aura pignon sur rue à Edmonton et à Calgary à compter de l’automne. Cela lui permettra, espère-t-elle, de doubler sa capacité de cueillette.

Canadian Plasma Resources n’est actuellement établie qu’à Saskatoon, en Saskatchewan, et à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Le but de l’entreprise est de recueillir du plasma sanguin, un liquide jaunâtre dans lequel flottent des cellules sanguines, qui est notamment utilisé pour fabriquer des traitements contre divers problèmes de santé.

Si Canadian Plasma Resources peut s’établir en Alberta, c’est grâce à la promulgation, en décembre 2020, de la Loi abrogeant la Loi sur les dons volontaires de sang, le fruit d’un projet de loi privé déposé par le député conservateur uni de Fort McMurray-Wood Buffalo, Tany Yao.

Abrogée moins de 3 ans après son adoption

La Loi sur les dons volontaires de sang avait été proposée et adoptée par le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley en mars 2017.

La loi stipulait notamment que personne ne peut, directement ou indirectement, payer quelqu’un en échange de son sang ou offrir un tel paiement, à l’exception de la Société canadienne du sang et des laboratoires qui prélèvent du sang uniquement à des fins de recherche.

Source : Assemblée législative de l’Alberta

Un renversement attendu

Le président-directeur général de l’entreprise, Barzin Bahardoust, explique qu’il n’attendait que la promulgation de la loi pour lancer le projet.

On avait déjà commencé la préparation initiale, comme la sélection des locaux, précise-t-il. Quand la loi a été adoptée, on a agi rapidement et maintenant, on attend les permis pour Edmonton et Calgary.

Alors que les installations de Saskatoon et de Moncton peuvent recueillir annuellement 40 000 litres de plasma chacune, les centres de Calgary et d’Edmonton pourront recueillir un total de 100 000 litres de plasma, ce qui équivaut à deux fois et demie la capacité actuelle de l’entreprise.

Canadian Plasma Resources ne souhaite pas limiter ses activités à la capitale et à la métropole albertaine, mais compte également s’installer ailleurs en province d’ici 2022 et lorgne déjà du côté de Red Deer et de Lethbridge, confie son PDG.

Un modèle controversé

Les dons de plasma rémunérés prônés par Canadian Plasma Resources ne font pas l’unanimité.

Santé Canada, qui réglemente les dons de sang au pays, permet aux donneurs d’offrir leur plasma deux fois par semaine. De son côté, l’entreprise offre 30 $ pour le premier don et jusqu’à 60 $ lorsqu’un donneur offre son plasma pour une deuxième fois en moins de 7 jours.

Canadian Plasma Resources soutient que ce modèle incite les Canadiens à donner plus de plasma, ce qui, en retour, permet d’augmenter la disponibilité de médicaments qui en utilisent dans leur processus de fabrication.

Des voix s’élèvent, toutefois, pour dire que le plasma ainsi recueilli est exporté vers des pays qui ont les instruments nécessaires pour l’utiliser sans réelle assurance que le produit fini reviendra au Canada.

La Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario ont déjà interdit les dons rémunérés de plasma.

Des sacs de plasma congelé reposent dans des bacs dans un centre de prélèvement de dons de sang de Transfusion CRS (Croix-Rouge Suisse) à Bern, en Suisse, le 15 juin 2017.

Selon les détracteurs du modèle, le sang ainsi recueilli pourrait être vendu à des pharmaceutiques étrangères sans assurance qu'un produit fini reviendrait au Canada.

Photo : Reuters / DENIS BALIBOUSE

Peu surprenant, dit l’opposition

L’abrogation de la loi qui permet à l’entreprise de s’installer en Alberta n’a rien d’étonnant, soutient la députée néo-démocrate d’Edmonton-Glenora, Sarah Hoffman.

C’est elle qui, comme ministre de la Santé, avait présenté le projet de loi 3, qui deviendrait la Loi sur les dons volontaires de sang, en mars 2017.

Le sang est simplement trop précieux pour être vendu au plus offrant, avait-elle dit à l’époque.

Elle affirme aujourd’hui que des entreprises comme Canadian Plasma Resources profitent de la générosité des Albertains qui donnent leur sang.

Cette générosité ne devrait pas être exploitée et transformée en une entreprise à but lucratif, estime-t-elle.

Des effets incertains

Les demandes d’abrogation de la loi ne datent pas d’hier, puisque tant Canadian Plasma Resources que l’Association des producteurs de médicaments aux protéines de plasma ont entamé une campagne de lobbying peu après l’accession des conservateurs unis au pouvoir.

M. Bahardoust précise que son entreprise a contacté le nouveau gouvernement peu après les élections d’avril 2019 pour voir s’il était favorable à son modèle d’affaires.

Pour justifier son projet de loi en ce sens, le député Yao a soutenu, lors des débats en chambre, que le Canada a besoin d’un plus grand apport en plasma et que les dons volontaires ne pourront jamais y pourvoir.

En commission parlementaire, le chef de la direction de la Société canadienne du Sang, le Dr Graham Sher, avait toutefois exprimé ses réserves quant à l’effet de ce genre de commercialisation du don de plasma sur les dons réguliers.

Je suis inquiet à cette idée. Mes collègues américains voient un grand impact et se disent inquiets, avait-il affirmé. Il se dit également inquiet devant la possibilité d’une industrialisation de la collecte de plasma qui laisserait sa société exsangue.

Le PDG de Canadian Plasma Resourses se défend de tout risque de provoquer une saignée parmi les donneurs volontaires, soulignant que, jusqu’ici, les donneurs accueillis par son entreprise n’avaient jamais offert leur plasma.

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Avec les informations de Michelle Bellefontaine

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