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Aide médicale à mourir : les maisons de soins palliatifs invitées à « s'adapter »

L'aide médicale à mourir devrait être offerte directement dans les centres de soins palliatifs, selon le Conseil pour la protection des malades.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une médecin au chevet d'un patient âgé.

Le reportage de Camille Carpentier

Photo : iStock

Bien que saluée, la décision d'offrir l'aide médicale à mourir à la Maison Michel-Sarrazin, un réputé centre de soins palliatifs de Québec, « arrive un peu tard » selon des défenseurs de cette pratique. Ils invitent maintenant les autres établissements de la province à emboîter le pas et à « s'adapter » à la société.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, s'est réjoui samedi pour les patients en fin de vie de la Maison Michel-Sarrazin. La veille, la direction confirmait que l'établissement allait désormais offrir l'aide médical à mourir sur place.

C'est une bonne nouvelle pour celles et ceux qui sont rendus à cette étape-là de leur vie. De pouvoir obtenir l'aide médicale à mourir à l'intérieur même de ces maisons qui sont réputées, a commenté M. Brunet.

Paul Bruent en entrevue dans le centre de l'information de Radio-Canada.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Photo : Radio-Canada

Jusqu'ici, les patients qui la réclamaient devaient être transférés vers un centre hospitalier pour qu'elle leur soit administrée. Or, selon M. Brunet, il est beaucoup plus logique d'accompagner une personne jusqu'à la fin, qu'elle se prévale de l'aide médicale à mourir ou non.

Je trouve ça logique qu'après avoir été si bien encadré dans un endroit calme, serein, on n'ait pas à transférer un patient en fin de vie vers l'hôpital. [...] C'est ça qu'on devrait faire, tout le temps, partout.

Paul Brunet, président, Conseil pour la protection des malades

« On est rendus là »

Sans rien enlever à la Maison Michel-Sarrazin, une pionnière en matière de soins palliatifs à son avis, M. Brunet estime cependant que les dirigeants de ces établissements ont pris du temps avant d'ajouter l'aide médicale à mourir parmi leurs services. D'autant plus que la pratique est légale au Québec depuis décembre 2015.

À ce jour, des 35 établissements de la province, 18 n'offrent pas l'aide médicale à mourir en leurs murs, selon l'Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec. De ce nombre, 6 sont en réflexion actuellement. C'est trop peu, selon Paul Brunet. On est rendus là. [...] Il faut que nos administrateurs aillent aussi vite que la société.

Un homme portant des lunettes assis sur une chaise.

Dr Alain Naud, médecin de famille et en soins palliatifs au CHU de Québec

Photo : Radio-Canada

Le son de cloche est similaire du côté du Dr Alain Naud, médecin de famille et en soins palliatifs au CHU de Québec. Grand défenseur de l'aide médicale à mourir, le Dr Naud pense qu'elle aurait dû faire son entrée dans les centres de soins palliatifs bien avant, y compris à Michel-Sarrazin.

Je trouve que la réflexion a été longue, a-t-il admis en entrevue. Je me désole pour tous ces malades qui n'ont pas pu y avoir accès la Maison Michel-Sarrazin.

Le Dr Naud rappelle que l'aide médicale à mourir est entrée dans les débats de société au Québec, en 2009, avec la commission mourir dans la dignité. Aujourd'hui, la grande majorité de la population est favorable à ce que ce soin soit offert partout, croit-il.

Il y a un adage qui dit "mieux vaut tard que jamais". On doit se réjouir. Je ne peux pas m'empêcher, par contre, d'avoir une pensée pour tous les malades qui auraient pu avoir accès à ce soin légitime et légal.

Dr Alain Naud, médecin de famille et en soins palliatifs

Comme Paul Brunet, il souligne que les maisons comme Michel-Sarrazin sont des lieux extraordinaires pour les personnes en fin de vie, en plus d'être chaleureux et accueillants. Être forcé de se rendre à l'hôpital est pour lui un non-sens. Ça se fait parfois sur un étage de chirurgie, sur un étage de médecine, entouré de personnel qui n'était pas leur choix, bien que compatissant.

Blocage « idéologique » ?

Selon le Dr Naud, la lente progression de l'aide médicale à mourir dans les centres de soins palliatifs s'explique notamment par des causes philosophiques ou financières. À certains endroits, c'est probablement une obstruction de nature idéologique, où on continue encore de défendre faussement que l'aide médicale à mourir est incompatible avec les soins palliatifs, a-t-il affirmé.

Sur le plan financier, il soutient que certaines congrégations religieuses pourraient être moins généreuses envers certaines maisons de soins palliatifs si elles autorisaient l'aide médicale à mourir. Il y a certainement une question de financement qu'on ne veut pas perdre.

À la Maison Michel-Sarrazin, on expliquait vendredi que les employés ainsi que la direction ont cheminé ces dernières années. Après de longues consultations, il a été voté à l'unanimité par le conseil d'administration d'ajouter la pratique dans l'offre de services.

Avec les informations de Camille Carpentier

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