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Sans surprise, Trump a de nouveau été acquitté; sept républicains l'ont jugé coupable

Donald Trump a le poing fermé ganté de noir levé en l'air.

L'ancien président des États-Unis Donald Trump.

Photo : Reuters / JIM BOURG

À l'issue d'une journée riche en rebondissements, la procédure de destitution a ultimement connu son dénouement prévu : accusé cette fois d'« incitation à l'insurrection », Donald Trump a obtenu un deuxième acquittement en à peine plus d'un an. Des défections dans les rangs républicains ont malgré tout fait du verdict un précédent bipartisan.

Au terme d'un procès d'à peine cinq jours, le Sénat a jugé l'ancien président américain coupable à 57 voix contre 43, un seuil insuffisant pour un verdict de culpabilité.

Une destitution aurait nécessité l'appui des deux tiers des 100 sénateurs, soit 67.

La fin du scénario était écrite d’avance dans ce deuxième procès de l’ancienne vedette de téléréalité, qui a une fois de plus bénéficié de la clémence du Sénat et de la majeure partie du camp républicain, resté soudé derrière l'ancien président.

Pendant quelques heures, un revirement a fait croire qu'il y aurait des témoins, mais l'accusation et la défense ont fini par s'entendre pour exclure cette possibilité, fermant ainsi la porte à des procédures qui auraient pu s'étirer pendant des semaines.

Le seul suspense qui subsistait résidait dans le nombre de républicains qui rompraient la ligne de parti – s'il y en avait – et, si oui, lesquels.

Les républicains Mitt Romney – seul élu de son parti à avoir voté pour destituer Donald Trump l'an dernier –, Susan Collins, Lisa Murkowski, Ben Sasse et Pat Toomey étaient les plus susceptibles de le faire.

Le politicien arrive au Capitole, à Washington, devant des journalistes.

Seul élu républicain à avoir voté pour destituer Donald Trump l'an dernier, Mitt Romney n'a cette fois-ci pas été le seul de son camp à le faire.

Photo : Getty Images / AFP / STEFANI REYNOLDS

Bill Cassidy et Richard Burr se sont joints à leurs 5 collègues et aux 50 démocrates, qui, eux, ont tous jugé l'ancien occupant de la Maison-Blanche coupable.

Faisant écho aux arguments des procureurs, le sénateur de l'Utah Mitt Romney a énuméré dans un communiqué les raisons de sa décision, invoquant entre autres l'invitation lancée par Donald Trump à ses partisans de se diriger vers le Capitole malgré les menaces évidentes de violence, mais aussi les pressions exercées sur les responsables de la Géorgie pour corrompre l'élection.

Notre Constitution et notre pays sont plus importants que n'importe quelle personne, a pour sa part soutenu le sénateur Cassidy. Après avoir jugé le procès inconstitutionnel, il y a environ trois semaines, il a voté différemment après le débat sur cette question en début de semaine.

À la suite des actions du président Trump, pour la première fois dans l'histoire américaine, le transfert du pouvoir présidentiel n'a pas été pacifique.

Une citation de :Pat Toomey, sénateur de la Pennsylvanie

Interrogée par le site Politico sur les risques de représailles que pouvait attirer sa décision, la sénatrice Murkowski a estimé que le véritable problème était ailleurs.

Il ne s'agit pas de moi, de ma vie et de mon travail. ll s'agit vraiment de ce en quoi nous croyons. Si je ne peux pas dire ce que notre président devrait selon moi défendre, alors comment pourrais-je demander aux habitants de l'Alaska de me soutenir? a répondu l'élue de l'Alaska.

Dans une déclaration, Ben Sasse, du Nebraska, a de façon similaire, expliqué qu'il avait exprimé un vote de conscience.

Toute la semaine, plusieurs républicains avaient vanté la solidité de la performance des responsables de la mise en accusation, qui ne faisaient toutefois pas le poids à côté d'un ex-président qui continue de régner en roi et maître sur la base électorale républicaine.

Les livres d’histoire réserveront néanmoins une place particulière à Donald Trump, premier président américain mis deux fois en accusation pour crimes et délits majeurs. Il a aussi été le premier à subir un procès en destitution une fois parti du pouvoir.

Malgré l'acquittement, le verdict constitue un précédent notable : c'est la première fois qu'autant de sénateurs votent pour condamner un président – ancien dans ce cas-ci – issu de leurs propres rangs.

Jamais un élu n'avait voté pour destituer un président de sa formation avant que Mitt Romney le fasse, lors du procès en destitution lié au dossier ukrainien, l'an dernier.

Hauts cris, condamnations et récriminations

Mitch McConnell marche vers son bureau après l'acquittement de Donald Trump.

Le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, le 13 février 2021, au Capitole, à Washington

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Étrangement, après le verdict, peu d'élus ont été aussi cinglants à l'endroit de Donald Trump que le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell. Il l'a pourtant acquitté, avançant que le Sénat n'avait pas le pouvoir constitutionnel de destituer un ancien président républicain devenu simple citoyen.

Il ne fait aucun doute – aucun – que le président Trump est concrètement et moralement responsable d'avoir provoqué les événements [du 6 janvier]. Il n'y a aucun doute à ce sujet. Les personnes qui ont pris d'assaut ce bâtiment pensaient qu'elles agissaient selon les souhaits et les instructions de leur président.

Une citation de :Mitch McConnell, leader de la minorité républicaine au Sénat

Ces criminels portaient ses bannières, suspendaient son drapeau et criaient leur loyauté envers lui. Il était si évident que seul le président Trump pouvait y mettre un terme. Il était le seul, a-t-il déclaré lorsqu'il a pris la parole dans l'enceinte du Sénat après le vote.

Après qu'il eut blâmé Donald Trump pour l'assaut du Capitole par des centaines de ses partisans, son nom a semblé un temps figurer sur la liste des sénateurs susceptibles de se retourner contre lui. S'il restait un doute, il a été dissipé en matinée, quand les médias ont fait état d'une lettre qu'il avait envoyée à son caucus pour annoncer sa décision.

Selon des médias américains, il n'aurait pas voulu aller à l'encontre de la majorité de son caucus.

Mitch McConnell a cependant laissé entendre que Donald Trump pouvait toujours être sanctionné pour ses actions.

Il ne s'en est pas encore tiré. Pas encore, a-t-il soutenu. Nous avons un système de justice pénale dans ce pays. Nous avons des procès civils. Et les anciens présidents ne sont pas à l'abri d'une responsabilité de l'un ou de l'autre.

Piquée au vif par l'argument constitutionnel évoqué par Mitch McConnell, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a accompagné les procureurs lorsque ceux-ci se sont présentés devant les journalistes à l’issue du procès, critiquant son discours très peu sincère.

C'est si pathétique que le sénateur McConnell ait empêché le Sénat de reprendre ses travaux pour qu'il ne puisse pas recevoir l'article de destitution et qu'il ait utilisé cela comme excuse pour ne pas condamner Donald Trump.

Une citation de :Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Elle a rejeté l'idée lancée par des sénateurs des deux partis d'adopter une motion de censure à l'endroit de Donald Trump.

Tous ces sénateurs lâches qui n'ont pas pu faire face à ce que le président a fait, et à ce qui était en jeu pour notre pays vont maintenant avoir une chance de lui donner une petite tape sur la main. Nous censurons les gens qui utilisent du papier à lettre à mauvais escient, a-t-elle dit, évoquant un incident déjà survenu. Nous ne censurons pas les gens qui incitent à l'insurrection et qui tuent des gens au Capitole.

Le leader de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a pour sa part vilipendé les républicains, qui ont à jamais signé leur nom à côté de celui [de Donald Trump] dans les annales de l'histoire.

Il s'agissait de choisir le pays plutôt que Donald Trump. Et 43 républicains ont choisi Trump [...] Cela devrait être un poids sur leur conscience aujourd'hui [...] et à l'avenir.

Une citation de :Chuck Schumer, leader de la majorité démocrate au Sénat

Dans un communiqué publié samedi soir, le président Joe Biden a déclaré que tous les Américains, en particulier les dirigeants du pays, ont le devoir et la responsabilité de défendre la vérité et de combattre les mensonges.

Ce triste chapitre de notre histoire nous rappelle combien la démocratie est fragile, qu'elle doit toujours être défendue, que nous devons être vigilants.

Une citation de :Joe Biden, président des États-Unis

La violence et l'extrémisme n'ont pas leur place en Amérique, a-t-il ajouté.

Se posant en victime d'une chasse aux sorcières et en champion de la règle de droit inébranlable, Donald Trump a pourfendu les démocrates dans un communiqué truffé de griefs.

Il a ainsi déploré qu'un parti politique se voie accorder un laissez-passer pour dénigrer la règle de droit, diffamer les forces de l'ordre, acclamer et excuser les hordes d'émeutiers, transformer la justice en un instrument de vengeance politique et persécuter [...] toutes les personnes [...] avec lesquelles ils sont en désaccord.

Sans préciser ses plans exacts, il a laissé entendre qu'il n'entendait pas s'effacer de l'espace public.

Notre mouvement historique, patriotique et magnifique pour rendre à l'Amérique sa grandeur ne fait que commencer.

Une citation de :Donald Trump, ancien président des États-Unis

Dans les mois à venir, j'aurai beaucoup à vous raconter et je me réjouis de poursuivre notre incroyable périple ensemble pour réaliser la grandeur américaine pour tout notre peuple, disait le communiqué.

Plusieurs républicains avaient indiqué que les présentations des deux camps n'infléchiraient pas leur position. À l'instar de Mitch McConnell, ils affirmaient que le procès était inconstitutionnel, puisque Donald Trump n'est plus président.

Tout laissait présager que plusieurs d'entre eux se contenteraient de s'en remettre à des arguments procéduraux sans avoir à se prononcer sur le chef d'accusation.

Un pavé dans la mare

Samedi matin, il semblait qu'un revirement complètement inattendu allait bouleverser le déroulement et la durée du procès.

Contre toute attente, les responsables de la mise en accusation ont d'abord indiqué qu'ils voulaient entendre au moins un témoin, ce qui a entraîné un vote des sénateurs sur la question. Leur requête a été acceptée à 55 voix contre 45.

Ce développement imprévu a notamment été attribuable à la sortie publique d'une représentante républicaine, Jaime Herrera Beutler, qui avait accordé la veille une entrevue au réseau CNN.

Jaime Herrera Beutler, devant un micro, un bras levé

Jaime Herrera Beutler a jeté un pavé dans la mare.

Photo : Associated Press / Al Drago

Elle a fait part d'un appel tendu fait à Donald Trump par le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, qui implorait son interlocuteur d'intervenir au moment de l'assaut du Capitole.

Eh bien, Kevin, je suppose que ces gens sont plus contrariés que toi par l'élection, aurait répondu l'ancien président.

Vendredi soir, Jaime Herrera Beutler, qui avait appuyé la mise en accusation de Donald Trump il y a quelques semaines, a pressé les collaborateurs de l'ancien président de sortir de leur mutisme.

Aux patriotes qui étaient avec l'ancien président pendant ces appels, ou même avec l'ancien vice-président : si vous avez quelque chose à ajouter, il est temps de le faire.

Une citation de :Jaime Herrera Beutler, représentante de l'État de Washington

L'issue du vote sur les témoignages a semé la consternation chez les avocats de Donald Trump en plus de provoquer un branle-bas de combat et la confusion chez les sénateurs, l'un d'eux demandant même si le Sénat venait d'approuver la déposition d'un seul témoin ou de plusieurs.

Après une interruption de quelques heures, l'équipe de mise en accusation, qui s'est entendue avec la défense, mais qui a aussi reçu la visite de sénateurs démocrates, a accepté de retirer sa requête de faire venir des témoins. En échange, elle a pu faire porter au dossier les déclarations de Jaime Herrera Beutler.

Jamie Raskin (au centre) et ses collègues de la mise en accusation, Joaquin Castro, Ted Lieu, David Cicilline, Diana DeGette, Eric Swalwell, Joe Neguse, Madeleine Dean et Stacey Plaskett, se sont adressés à la presse à la fin du procès, devant des drapeaux américains.

Jamie Raskin (au centre) et ses collègues de la mise en accusation, Joaquin Castro, Ted Lieu, David Cicilline, Diana DeGette, Eric Swalwell, Joe Neguse, Madeleine Dean et Stacey Plaskett, se sont adressés à la presse à la fin du procès.

Photo : Reuters / ALEXANDER DRAGO

Après le verdict, qui a semé chez de nombreux partisans démocrates une déception palpable sur les réseaux sociaux, le responsable en chef de la mise en accusation, Jamie Raskin, a justifié le recul de son équipe au cours d'une conférence de presse.

Nous aurions pu avoir 500 témoins, et cela n'aurait pas permis de surmonter le genre d'arguments auxquels s'accrochaient Mitch McConnell et d'autres républicains, selon lesquels il était inconstitutionnel de juger un ancien président.

Une citation de :Jamie Raskin, responsable en chef de la mise en accusation

La déclaration de Mitch McConnell prouve qu'ils savent que nous avons prouvé notre cause, a-t-il soutenu.

Selon le Washington Post, la question des témoins a été débattue par les procureurs jusqu'aux petites heures, et la décision n'a été prise officiellement que cinq minutes avant le début des travaux.

Avant le vote, l'un des avocats de l'ancien président, Michael van der Veen, avait dit bruyamment que la demande des procureurs était injustifiée, parce que les propos attribués à Donald Trump n'étaient pas liés à l'accusation d'incitation à la violence.

Menaçant de sommer à comparaître une centaine de témoins, il a même mentionné Nancy Pelosi, et la vice-présidente, Kamala Harris, qui n'ont pourtant rien à voir avec les événements au centre du procès.

Tant les sénateurs démocrates que républicains étaient réfractaires à des témoignages, qui auraient prolongé la durée du procès, potentiellement de plusieurs semaines.

Si les seconds étaient impatients de tourner la page, les premiers voulaient rapidement se consacrer aux priorités de Joe Biden, notamment la gestion de la pandémie de coronavirus et la reprise de l'économie, ainsi qu'à la confirmation de la nomination des membres de son Cabinet.

Lors du procès en destitution précédent, la minorité démocrate du Sénat, qui voulait entendre des témoins, s'était heurtée à la fin de non-recevoir de la majorité républicaine.

Après l'acquittement, l'heure était, chez les avocats de Donald Trump, aux célébrations et à l'autocongratulation.

Michael van der Veen, s'adressant aux sénateurs, les mains levées, tenant un stylo

Michael van der Veen a adopté un son vindicatif pendant les plaidoiries de la défense.

Photo : Associated Press / Télévision du Sénat

Fidèle à ses plaidoiries de cette semaine, Michael van der Veen a affirmé que les procureurs étaient comme un animal mourant que la défense avait piégé dans un coin. Et ce matin, ils ont lancé un dernier soupir en essayant de sauver leur cause, et cela n'a pas marché, a-t-il affirmé.

Des constitutionnalistes avaient toutefois signalé la faiblesse de leur argumentaire, fondé entre autres sur la contestation de la constitutionnalité des procédures et la liberté d'expression garantie par le premier amendement.

Les laconiques plaidoiries d'ouverture des avocats de Donald Trump, au cours desquelles ils ont nié toute responsabilité de leur client dans les événements du 6 janvier, ont fait le procès des démocrates et comporté de nombreux mensonges.

Mercredi, les procureurs avaient pour leur part posé les assises de leur argumentation : pendant des mois, Donald Trump, à coups de mensonges et de déclarations incendiaires, a amené ses partisans à rejeter la légitimité de l'élection, une contestation qui a culminé par l'assaut du Capitole.

Le lendemain, ils ont lancé une mise en garde : l' absence de remords  dont il a fait preuve fait craindre la possibilité, bien réelle, que des événements comme ceux du 6 janvier se répètent s'il n'est pas sanctionné pour ses actions.

Peu importe ce que vous êtes venus accomplir à Washington [...], [votre vote d'aujourd'hui] est presque certainement ce que l'histoire retiendra de vous, a conclu Jamie Raskin dans les plaidoiries de clôture de l'accusation. Nos réputations et notre héritage seront inextricablement liés à ce que nous aurons fait ici.

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