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Un spécialiste soutient que les évasions comme celle d'Edith Blais sont très rares

Edith Blais se confie à Chantal Rivest, cheffe d'antenne à Radio-Canada Estrie.

Edith Blais sort de son silence pour raconter son expérience, qu’elle relate dans un livre.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Enlevés en 2018 au Burkina Faso par un groupe terroriste, la Sherbrookoise Edith Blais et son ami italien Luca Tacchetto ont été retrouvés le 13 mars 2020 dans le nord-est du Mali. Alors que la Sherbrookoise sort de son silence pour raconter son expérience, le spécialiste en radicalisation et en extrémisme violent, David Morin, explique que des otages qui réussissent à fuir sont « extrêmement rares ».

Edith Blais et Luca Tachetto ont été enlevés, puis remis aux mains du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Un groupe bien organisé, bien préparé, que connaît bien David Morin, professeur à l’Université de Sherbrooke et cotitulaire de la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Quand on a eu la confirmation que c'était ce groupe-là qui la détenait, on se disait que ça pouvait durer longtemps. Parce que les autres otages qu'il détenait, quand Edith a été capturée, étaient tous là depuis au moins deux ans, souligne-t-il.

Edith Blais et Luca Tachetto, quant à eux, ont été otages 450 jours. Ils ont réussi à échapper à leurs ravisseurs, dans les environs de Kidal, avant de parvenir auprès des Casques bleus de la mission de l'ONU.

Je n’ai pas d’autres précédents en tête, notamment avec cette organisation. Il y a eu des tentatives d’évasion, mais, souvent, ça s’est soldé que les gens étaient récupérés. On a un Canadien [Kirk Woodman] qui a tenté de s’échapper au nord du Burkina Faso, pendant qu’Edith était détenue en otage, et qui a été exécuté, souligne David Morin.

De la même manière où ça a été une malchance lorsqu’Edith et Luca ont été attrapés, le fait qu’ils aient réussi à s’enfuir est quelque chose d’exceptionnel. Ils étaient en forme et courageux.

Une citation de :David Morin, cotitulaire de la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, et professeur à l’Université de Sherbrooke

Un lien particulier avec les proches d’Edith Blais

Le professeur de l’Université de Sherbrooke a d’ailleurs entretenu un lien particulier avec les proches d’Edith Blais pendant la captivité de cette dernière. Il entre en contact avec eux quelques jours après son enlèvement. J’ai fait commander une carte de l’Afrique de l’Ouest à Montréal, j’ai regardé mes statistiques, et je suis arrivé devant toute la famille d’Edith au grand complet. Je pense que c’est la présentation la plus difficile que j’aie eu à préparer, relate-t-il.

David Morin en compagnie d'Edith Blais lors d'une entrevue.

David Morin en compagnie d'Edith Blais

Photo : Radio-Canada

Durant cette présentation, il parle notamment des groupes terroristes présents dans la région où Edith Blais a été enlevée. Il présente également des statistiques à propos des prises d’otages et de leur durée. Dans le contexte, qui était difficile, c’était une belle rencontre, dit-il.

Un lien de confiance durable s’instaure par la suite entre la famille d’Edith Blais et lui. De notre côté, on voulait s’assurer que le gouvernement du Canada était actif au dossier, ajoute David Morin. L’implication du spécialiste auprès de la famille est accueillie comme un véritable soulagement. Ça a beaucoup soulagé [ma soeur Mélanie]. Elle a pu comprendre beaucoup plus de choses, indique Edith Blais en entrevue avec Radio-Canada Estrie.

Aucune rançon payée, martèle Ottawa

La ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire et députée de Compton Stanstead, Marie-Claude Bibeau, a elle aussi gardé un lien privilégié avec les proches d’Edith Blais durant sa captivité. Elle assure qu’aucune rançon n’a été payée par Ottawa. Le Canada ne peut pas payer de rançon, parce que ça mettrait la vie des Canadiens à l’étranger en danger. À partir du moment où on aurait des preneurs d’otage quelconque, s’ils comprenaient que le Canada était prêt à payer une rançon, dès qu’on est en voyage, on deviendrait des cibles. On ne peut pas commencer à entrer dans ce jeu-là, fait-elle valoir.

Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse.

La ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire et députée de Compton Stanstead, Marie-Claude Bibeau, a elle aussi gardé un lien privilégié avec les proches d’Edith Blais durant sa captivité.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Pour sa part, David Morin dit s'être inquiété lors de l’enlèvement d’Edith Blais en raison de l’expérience un peu réduite du Canada en matière de négociations lors de prises d’otages. Les dernières ne s’étaient pas très bien terminées avec l’exécution en 2016 de deux otages canadiens aux Philippines, parce que le gouvernement canadien avait dit qu’il ne paierait pas de rançon, précise-t-il.

La présence du Canada en Afrique était aussi plutôt réduite depuis près d’une décennie, notamment sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, où on était moins présent politiquement sur le plan de la sécurité, ajoute-t-il. Finalement, on a quand même constaté que le Canada a rapidement essayé de mettre en place un dispositif. Le cas d’Edith a été médiatisé dès le départ, alors ils ont mis un dispositif en place. Mais c’est extrêmement complexe, reconnaît-il.

Une prise d’otage, pour un gouvernement, c’est comme un jeu de Mikado. Si vous bougez une tige, tout le reste est déstabilisé.

Une citation de :David Morin, cotitulaire de la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, et professeur à l’Université de Sherbrooke

Marie-Claude Bibeau impressionnée par les proches d’Edith Blais

La députée et ministre fédérale Marie-Claude Bibeau confie avoir été impressionnée par les proches de la Sherbrookoise, qui ont su garder la tête froide durant cette période difficile. J’ai été très impressionnée par sa mère et sa sœur, qui n’ont jamais perdu espoir. Elles sont souvent venues me voir, et elles me parlaient d’Edith avec tant d’admiration, explique-t-elle.

C’est l’espoir de sa mère et de sa sœur qui a fait en sorte que j’y croyais encore.

Une citation de :Marie-Claude Bibeau, ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, et députée de Compton Stanstead

J’avoue que je m’imaginais le pire, mais on l’a retrouvée saine et sauve, et c’est un grand soulagement. [...] C’était un tel soulagement. J’avais presque de la difficulté à y croire. C’était trop beau pour être vrai. Mais c’était vrai, conclut-elle.

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