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Des militants déçus par l’augmentation des budgets de la police dans le Nord de l’Ontario

Un homme tient un porte-voix.

En 2020, Black Lives Matter Sudbury a interpellé plusieurs fois les autorités municipales pour demander des changements au sein du service de police.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Quelques mois après des manifestations et des pétitions pour réduire le financement de la police, les services de police municipaux des cinq plus grandes villes du Nord de l’Ontario ont obtenu - ou sont sur le point d'obtenir - une augmentation de leur budget pour 2021.

Par exemple, la majorité des conseillers municipaux de la Ville de North Bay a approuvé le 9 février son budget pour 2021, lequel comprend une hausse d’un million de dollars pour la police municipale.

L’adoption du budget ne s’est pas faite sans opposition. Trois conseillers ont voté contre.

Le conseiller municipal Scott Robertson a notamment exprimé ses doutes quant à l’incidence de l’embauche de plus de policiers.

Je pense que les gens doivent comprendre que cela ne va pas résoudre le problème de la pauvreté, de la santé mentale et de la toxicomanie, a-t-il affirmé en entrevue avec CBC News.

Et il n’y a aucun moyen d’aborder cette question dans ce budget de manière significative, déplore-t-il.

Sa collègue Johanne Brousseau, qui a approuvé le budget, admet qu’à moyen terme les policiers ne sont pas les mieux placés pour répondre aux crises de santé mentale.

[Avec les embauches d’agents], on ne règle pas les problèmes de drogues et tout ce qui se passe au centre-ville, mais il faut quand même réagir quand il y a des vols et de la bataille en ville.

Une citation de Johanne Brousseau, conseillère municipale

Elle lance la balle au gouvernement pour ce qui est des problèmes sociaux sous-jacents à la criminalité. Les problèmes de dépendance, la santé mentale, ce sont des problèmes qui devraient être réglés par la province.

Une femme avec un manteau et des cheveux blancs.

Johanne Brousseau siège à la Commission des services policiers de North Bay, en tant que représentante du conseil municipal.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Elle avance que l’ajout d’agents patrouillant à pied dans les rues du centre-ville de North Bay l’été dernier semble avoir porté ses fruits. Les résidents ont dit : "Wow, je marche en ville, je vois un policier et je me sens plus en sécurité".

C’est ça qui a encouragé le Service de police à embaucher les nouveaux agents, précise Mme Brousseau.

Peut-être que dans deux, trois ans, peut-être cinq, on pourra remplacer des policiers par des services sociaux, ajoute Mme Brousseau.

L’opinion de Mme Brousseau rejoint en grande partie ce que le Service de police du Grand Sudbury (SPGS) et son chef, Paul Pedersen, mentionnent dans une déclaration écrite envoyée à Radio-Canada.

Nous appuyons une capacité accrue pour les services sociaux en vue de composer avec les situations enracinées dans des problèmes sociaux complexes, y compris l’itinérance, les problèmes de santé mentale et les dépendances.

Une citation de Déclaration du Service de police du Grand Sudbury

Cela dit, à l’heure actuelle, les services policiers continuent d’être le seul service disponible tous les jours, 24 heures sur 24, ajoute le SPGS.

Photo du chef de police de Sudbury, Paul Pedersen.

Le chef de police de Sudbury Paul Pedersen

Photo : CBC

En décembre 2020, le Service de police du Grand Sudbury a demandé une augmentation du budget de 4,8 % pour l’année fiscale 2021.

Black Lives Matter (BLM) Sudbury, qui n’a pas accepté d’accorder une entrevue, a toutefois fourni une déclaration écrite en réaction à la motion.

Black Lives Matter Sudbury condamne fermement cette motion [...] et continue de demander que le Service de police du Grand Sudbury soit définancé de 10 %.

Une citation de Black Lives Matter Sudbury

Une telle compression du budget aurait de graves conséquences, affirme le SPGS.

Couper le financement des Services policiers du Grand Sudbury, même de 10 % seulement, nous obligerait de réduire notre personnel de 50 agents ou de 20 % de notre effectif assermenté.

Une telle coupure aurait de graves répercussions sur notre capacité à répondre aux urgences [...], ou encore à remplir une multitude d’autres fonctions que notre communauté et notre gouvernement s’attendent à ce que nous exercions, peut-on lire dans la déclaration du SPGS.

BLM Sudbury souligne que 80 à 85 % des appels au Service de police du Grand Sudbury concernent des questions non criminelles et que les appels liés à la santé mentale et à la toxicomanie sont en augmentation.

Des gens marchent dans la rue.

Black Lives Matter Sudbury a organisé plusieurs manifestations en 2020.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

La menace de violence exacerbe la détresse, de sorte que la présence policière dans une situation de crise a un effet d’escalade, ajoute BLM Sudbury. La police le sait. Ils sont conscients du fait que les gens ont du mal à leur faire confiance et qu’ils ont souvent peur.

En 2020, nous avons vu davantage d’appels à l’aide se terminant par la mort. Nous nous souvenons de leurs noms : Regis Korchinski-Paquet, Chantel Moore, D’Andre Campbell, Ejaz Choudry.

Une citation de Black Lives Matter Sudbury

Bien faire comprendre le message

Janette Wallace, une des organisatrices du mouvement Black Lives Matter à Sault-Sainte-Marie, estime que les demandes de définancement de la police sont mal comprises.

Je pense qu’il y a un manque général de soutien de la part des conseillers municipaux et des personnes en situation d’autorité qui pourraient apporter des changements, avance-t-elle.

Les gens entendent le terme "définancer", et ils s’en offusquent. Ils pensent que cela signifie démanteler la police au sein de leur communauté.

D’après mon interprétation et celle de mes collègues, cela signifie qu’il faut examiner les services et la manière dont la police est gérée, et envisager la réallocation des fonds ainsi que l’introduction de changements dans les types de tactiques.

Une citation de Janette Wallace, membre du groupe Black Lives Matter Sault-Sainte-Marie

Le candidat au doctorat en sociologie à l’Université de Montréal Philippe Néméh-Nombré explique que les demandes d’abolition ou de réduction du financement de la police tirent leur origine de l’abolition de l’esclavage.

À partir du moment où l’esclavage est aboli, son héritage survit dans énormément d’institutions et de pratiques sociales. En même temps, l’abolitionnisme survit comme cette volonté de mettre fin à ces pratiques-là.

Photo de Philippe Néméh-Nombré, il porte la barbe et des lunettes rondes.

Selon Philippe Néméh-Nombré, les demandes de définancement s’inscrivent dans le mouvement plus général qu’est l’abolitionnisme.

Photo : Avec l'aimable autorisation de Philippe Némeh-Nombré

L’idée générale de l’abolitionnisme, c’est que réformer la police, ça ne fonctionne pas, explique M. Néméh-Nombré.

Il explique que le problème, selon les militants, n’est pas les techniques utilisées par la police, mais plutôt le rôle donné aux forces de l’ordre dans la société.

Si on veut vraiment régler les problèmes que la police ne règle pas, mais punit, si on veut mettre fin au danger que la police pose pour certaines communautés, l’argent doit nécessairement être investi ailleurs.

Une citation de Philippe Néméh-Nombré, candidat au doctorat en sociologie à l’Université de Montréal

Lorsque les policiers sont les premiers répondants, cela peut entraîner de la violence, notamment lorsqu’il y a des personnes racialisées ou des personnes avec des problèmes de santé mentale, souligne Janette Wallace.

Elle note que la police de Sault-Sainte-Marie semble prendre des mesures pour mieux former ses agents pour les interactions avec les personnes issues des minorités et les Autochtones.

Cependant, je ne pense pas que cela suffise. Nous voulons l’examen de toutes les tactiques.

Une citation de Janette Wallace, membre du groupe Black Lives Matter Sault-Sainte-Marie

Mme Wallace ne croit pas que d’autres manifestations soient une bonne idée. Je pense que cela donne une mauvaise perception de ce que nous essayons d’accomplir.

Ce que je recommande, c’est qu’il y ait davantage de discussions, poursuit-elle. Le mouvement prône entre autres l’obligation de rendre compte et la transparence de la part des forces de police.

Mme Wallace soutient que la police doit compiler et partager plus de statistiques sur les interventions, surtout si elles mènent à des blessures ou à la mort.

Il y a beaucoup de rumeurs, mais on ne sait pas exactement ce qui se passe, dit-elle.

Les opinions divergent sur les caméras corporelles

Janette Wallace estime que les caméras corporelles sont un bon outil pour responsabiliser les policiers.

Le chef de police Stevenson n’est pas ouvert à cette option, et nous ne savons pas pourquoi.

Une citation de Janette Wallace, membre du groupe Black Lives Matter Sault-Sainte-Marie

La situation est renversée dans le Grand Sudbury, alors que Black Lives Matter Sudbury a fait volte-face au sujet de l’adoption des caméras corporelles par le SPGS.

Il s’agissait en juin 2020 d’une des premières demandes de l’organisation, et le SPGS a inclus l’achat de tels appareils dans son budget de 2021.

À première vue, les caméras portatives semblent être une solution attrayante au problème de responsabilité dans une culture de malhonnêteté policière, écrit BLM Sudbury

L’organisation militante croit maintenant que ces caméras constituent une distraction coûteuse et inefficace au besoin de décolonisation et à d’autres problèmes fondamentaux auxquels sont confrontées nos communautés aujourd’hui.

Nous avons modifié nos demandes pour demander explicitement le remboursement et la réallocation des fonds du budget de la police, indique l'organisation.

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