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Des étudiants diplômés de la Laurentienne craignent d’être freinés dans leurs recherches

Une chercheur à l'oeuvre dans son laboratoire

Les étudiants aux deuxième et troisième cycles doivent obtenir des autorisations pour l'achat de matériel essentiel à leurs recherches.

Photo : Radio-Canada / Olivier Mercure

Le processus de restructuration de l’Université Laurentienne, qui s’est déclarée insolvable au début du mois, inquiète les étudiants-chercheurs. L’accès à leurs fonds de recherche est maintenant limité par l’administration.

Adam Kirkwood, candidat au doctorat en écologie, affirme que la nouvelle de l’insolvabilité a été une grande surprise pour les étudiants.

Je n’étais pas sûr de l’impact que cela aurait sur moi, donc je n’étais pas trop inquiet, raconte-t-il.

Lors de l’annonce de la restructuration, l’administration a assuré que les étudiants actuels ne seraient pas touchés.

Malgré cela, M. Kirkwood a remarqué que ses activités quotidiennes étaient touchées lorsqu’il a voulu envoyer des échantillons à un laboratoire du sud de la province.

Le paiement [de l'envoi] a été refusé, explique-t-il.

Les cartes de crédit, utilisées entre autres pour payer les dépenses comme l’envoi de colis, ont été suspendues en date du 2 février.

Un panneau à l'entrée du campus de l'Université Laurentienne.

Dans le cadre de la restructuration de l'Université Laurentienne, les dépenses de plus 500 $ nécessitent maintenant des autorisations spéciales de la part de l’administration.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

À ce stade, il est devenu très clair que les activités quotidiennes deviennent très difficiles. Il y a aura des effets, même si on nous dit le contraire, martèle M. Kirkwood.

Lianne Girard, étudiante à la maîtrise en biologie, a été choquée d’apprendre que les fonds de recherche des dernières années ont été utilisés par l’administration pour payer ses factures.

Dans un temps où la recherche scientifique est vraiment importante, c’est insultant que l’Université ait fait ça, et qu’on n’ait pas été mis au courant [plus tôt].

Une citation de :Lianne Girard, étudiante à la maîtrise en biologie à l'Université Laurentienne

Les fonds de recherches actuels sont bloqués, souligne Mme Girard. Nous n’y avons pas accès [sans l’approbation des services financiers]. Nos superviseurs, les professeurs, n’ont pas accès à leur fonds non plus.

Essentiellement, ça freine nos activités quotidiennes, qui sont déjà difficiles à cause de la pandémie, déplore-t-elle.

Incertitudes pour les travaux pendant l'été

M. Kirkwood se déplace régulièrement dans le Grand Nord de l’Ontario dans le cadre de ses recherches sur le pergélisol.

Au jour le jour, c’est plus compliqué de planifier le travail de terrain, explique-t-il. Il faut se rendre en avion. Ça prend des hélicoptères pour se déplacer.

Je suis censé faire ça cet été, et maintenant je ne sais pas comment je peux planifier tout ça. Je ne sais pas si j’aurai les fonds pour le faire.

Une citation de :Adam Kirkwood, candidat au doctorat en écologie à l'Université Laurentienne

Meghan Ward, étudiante à la maîtrise en biologie, doit commencer dans les prochains jours des travaux en laboratoire qui doivent se poursuivre jusqu’en juillet ou août.

Les trousses d’analyses dont elle aura besoin peuvent coûter jusqu’à 800 $ chacune.

Cette dépense doit donc recevoir l'approbation des services financiers de l’Université, qui doit juger si la dépense est essentielle.

J’ai de la chance, car un autre étudiant a fait un travail similaire l’année dernière, nous avons donc le stock initial, raconte Mme Ward.

Elle ignore pour l’instant si elle pourra engager un technicien pour l’appuyer.

L’étudiant qu’elle aurait embauché a fait une demande pour une bourse, qui serait normalement bonifiée grâce aux subventions de recherche du professeur.

Définir les dépenses essentielles

Une professeure en science sociale de l'Université Laurentienne, qui a accepté de se confier au sujet de la situation, dit avoir reçu environ 50 000 $ de fonds de recherche pour différents projets.

Radio-Canada a accepté de préserver son anonymat, car elle craint des répercussions professionnelles.

Elle confie n'avoir même pas essayé de faire des demandes pour dépenser une partie des fonds.

Elle croit que ses travaux ne seront pas considérés comme essentiels, comparativement aux travaux en laboratoire avec des bactéries ou des animaux qui sont plus difficiles à interrompre.

La professeure risque de devoir revoir son calendrier et l’ampleur des travaux. Elle a déjà mis sur pause l'embauche d'une étudiante pour la session.

Mais le plus difficile pour elle, c'est de ne pas avoir accès à ses fonds durement gagnés. C’est comme se faire voler.

Des revenus incertains après avril

M. Kirkwood et Mme Girard soulignent que les subventions de projets sont approuvées pour une période de temps prédéterminée.

On est déjà en retard à cause de la pandémie, rappelle Mme Girard.

Il y aura des retards importants dans la progression des étudiants diplômés, ajoute de son côté M. Kirkwood.

Si on doit rester plus longtemps, est-ce qu’on devra payer des frais de scolarité de plus?

Une citation de :Adam Kirkwood, candidat au doctorat en écologie à l'Université Laurentienne

Les étudiants diplômés ne savent pas non plus s’ils seront payés après le 30 avril, la date limite fixée par la cour pour la fin de la restructuration.

Les étudiants des cycles supérieurs peuvent recevoir un salaire directement de l’Université s’ils sont assistants de laboratoire.

Ils sont aussi payés à même les subventions de recherche de leur superviseur, et certains font leur propre demande de subventions.

Meghan Ward craint que la restructuration de l’Université Laurentienne se termine plus tard.

Il se pourrait que nous n'ayons pas d’information avant la fin de mai ou de juin, note-t-elle.

C’est un problème, car il se pourrait qu’on travaille en mai sans être payés.

Une citation de :Meghan Ward, étudiante à la maîtrise en biologie à l'Université Laurentienne

Elle espère que les prochaines demandes de financement qu’elle fera ne seront pas refusées ou retardées à l’an prochain en raison de la restructuration de l'Université.

Pas de réponses de l’Université

M. Kirkwood a tenté d’obtenir des réponses aux inquiétudes des étudiants diplômés lors d’une rencontre du conseil des gouverneurs de l’Université.

Il a été interrompu, car il n’avait pas droit de parole lors de cette réunion.

Adam Kirkwood pose pour une photo dans une salle de nouvelles.

Adam Kirkwood, candidat au doctorat en écologie à l'Université Laurentienne. (archives)

Photo : CBC/Angela Gemmill

Le recteur Robert Haché a affirmé qu’il n’était pas possible de répondre aux questions de l’étudiant, car l'administration ne connaît pas les réponses.

C’était très irrespectueux, a réagi M. Kirkwood en entrevue à la suite de cette réunion.

Ils disent que la restructuration n’aura pas d’impact sur nous, mais lorsqu’on lève la main pour dire "ça a un impact sur nous", ils nous obligent à nous taire. C’est vraiment troublant.

Une citation de :Adam Kirkwood, candidat au doctorat en écologie à l'Université Laurentienne

C’est dommage, car la recherche à Laurentienne est très bonne, dit de son côté Mme Girard.

Le monde vient parce qu’il y a de bons professeurs et de bons centres de recherches, pas nécessairement pour l’Université comme telle, croit-elle.

On a une voix et on n’a pas peur de se défendre, conclut l'étudiante.

L’Université n’a pas donné suite aux demandes d’entrevues de Radio-Canada.

Avec les informations de Zacharie Routhier et de Bienvenu Senga

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