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Une main tendue aux aînés isolés

Alors que la pandémie s'éternise et que le confinement se prolonge, les aînés seuls ont plus que jamais besoin de soutien. Heureusement, Les Petits Frères sont là.

Une femme âgée assise à côté de son déambulateur.

Plus de 2000 bénévoles de l’organisme Les Petits Frères œuvrent dans les régions du Québec.

Photo : iStock

Depuis mars 2020, les aînés subissent de plein fouet l'impact de la COVID-19 et des mesures de confinement. Ceux qui sont seuls ou démunis sont particulièrement vulnérables. Entrevue avec la directrice générale des Petits Frères, un organisme qui offre un soutien crucial aux aînés isolés.

Quels sont les besoins des gens que vous aidez actuellement? Que vous disent-ils?

Caroline Sauriol. On offre un service de soutien téléphonique aux personnes de 75 ans et plus qui sont seules. Certaines sont à domicile, d’autres en résidence ou en CHSLD. On est en quelque sorte leur confident, alors on sait comment elles se sentent.

Les aînés nous disent à quel point ils sont fatigués. Les gens se sentent seuls et confinés. Il y a beaucoup de lassitude, de tristesse, de déception. Certains disent : On ne voit pas la lumière au bout du tunnel. Ça ne vaut pas la peine de continuer. Les années qu’il me reste à vivre, je n’ai pas envie que ce soit comme ça. Donc, beaucoup de découragement.

Et la fin de janvier, février, ce sont les pires mois de l’année pour la santé mentale. Donc, tout ça, ce sont des couches qui s’additionnent : il y a peu de lumière, on sort moins, on est confinés par la neige, mais en plus, il y a le confinement sanitaire.

Alors, nous, on épaule nos bénévoles à bien répondre ou être une présence soutenante pour les personnes aînées. On essaie de donner de l’espoir. Notre travail, c’est de leur montrer que le printemps s’en vient! La lumière, les beaux jours, mais aussi la capacité d’aller prendre une marche en compagnie de quelqu’un, de pouvoir recommencer à avoir certains contacts. On essaie d’apporter cette espérance-là dans leur vie.

Comment intervenez-vous plus précisément?

C.S. Pour minimiser les risques de contamination, nos bénévoles ne font plus de visite à domicile à moins que ce soit vraiment nécessaire pour la santé mentale.

La moyenne d'âge des gens qu’on accompagne est de 85 ans. Ce sont majoritairement des femmes. Plusieurs sont veuves. Certaines personnes n’ont jamais eu de conjoint ou d’enfant. Pour d’autres, les enfants vivent ailleurs ou sont décédés. Donc, ce sont des gens qui sont objectivement seuls. C’est notre clientèle traditionnelle, depuis près de 60 ans.

« Si nous, on ne fait rien pour ces gens-là, il n'y a rien. Parce qu'ils n'ont personne d'autre. »

— Une citation de  Caroline Sauriol, directrice générale de l'organisme Les Petits Frères

Au début de la pandémie, on s'est dit : Bien là, est-ce qu’ils ont à manger? C'est aussi simple que ça. Parce qu'eux, ils n'ont pas d'enfant, de neveu ou de voisin qui va leur apporter l'épicerie. Donc, il fallait s'assurer que tout le monde était en sécurité. Pendant les chaleurs de l'été, il fallait s’assurer que tout le monde avait la climatisation, des ventilateurs.

Caroline Sauriol.

Caroline Sauriol, directrice générale des Petits Frères, devant le quartier général de l'organisme à Montréal

Photo : Radio-Canada

On a maintenu tous nos programmes téléphoniques. Les aînés reçoivent deux appels de socialisation par semaine, de la part des bénévoles, pour jaser. Notre accompagnement est vraiment adapté aux personnes du grand âge.

« Mais il y a 20 % de nos aînés qui n’ont pas de téléphone. Alors, quand on parle de la frontière numérique, nous, on est face à une frontière téléphonique. »

— Une citation de  Caroline Sauriol

Certaines personnes n’ont pas de téléphone, parce qu’elles sont en résidence collective; des fois, elles ont des atteintes cognitives. D’autres disent ne pas en avoir besoin. Parfois, c’est à cause de moyens financiers; à ce moment, on leur a fourni un téléphone.

On a aussi mis sur pied une escouade postale. Toutes les deux semaines, les aînés reçoivent une lettre contenant des images agréables, des textes qui font réfléchir à la joie, à la beauté, à la lumière, pour que ce soit réjouissant à recevoir entre deux factures et quatre circulaires. On a aussi envoyé des petites douceurs à domicile, comme de la confiture et un calendrier de l’Avent. On distribue de l’espoir et du bonheur.

Un homme offre un sac-cadeau à une ainée dans le portique de sa porte.

Dans le temps des Fêtes, des bénévoles des Petits Frères ont rendu visite à des aînés pour leur donner un sac-cadeau personnalisé rempli de douceurs, préparé par l'organisme.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Dans le contexte de la pandémie, on a offert un service additionnel, la ligne Au bout du fil pour les aînés de 75 ans et plus qui se sentent seuls, même s’ils vivent avec d’autres ou entretiennent des liens. Ce service-là est devenu permanent. On a décidé qu'on n'allait plus jamais lâcher ça, il y a trop de besoins.

Avez-vous des craintes particulières par rapport à ce confinement prolongé?

C.S. Une chose qu'on note, c'est vraiment le dépérissement de la santé physique des personnes.

D’abord, les gens ne bougent plus. Il y a beaucoup de personnes aînées qui faisaient une marche tous les jours. Et là, ils ne le font plus. Beaucoup faisaient leurs commissions, ils allaient à l'épicerie s'acheter une pinte de lait et un pain tranché. Mais là, ils n'y vont plus, ils se font livrer. Il y en a qui ne sortent plus depuis le mois d'avril. Alors les jambes, le tonus, le cardio, la capacité des bras de lever des sacs et de les transporter, tout ça, ça s'est affaibli de manière dramatique.

Aussi, il y a beaucoup de monde qui ne mange plus, juste un bol de céréales, ou disent je n’ai pas faim, etc. Donc, ils perdent des vitamines, du tonus.

Certains [intervenants] se demandent s'il ne devrait pas y avoir une émission quotidienne d'activité physique pour aînés à Télé-Québec, ou quelque chose du genre.

Ou comment on pourrait faire pour que le monde puisse manger ensemble, malgré les barrières physiques, pour redonner un intérêt pour la nourriture.

« Plusieurs médecins actuellement sont très préoccupés par ça : la capacité, le tonus physique et la dénutrition des personnes aînées, au-delà de la sécurité alimentaire. Les liens, le goût de manger, le goût de bouger et la capacité de le faire. »

— Une citation de  Caroline Sauriol

Ce sont des préoccupations pour le « maintenant », mais aussi pour l'« après »-confinement.

Les mesures de confinement sont-elles trop strictes?

C.S. Le gouvernement avait le devoir de protéger la population en général et de limiter la contagion. Il n'avait pas le choix de viser les personnes aînées. La science, les faits le démontrent.

Alors, on évalue les inconvénients : il faut protéger les gens, mais en même temps, s'ils dépriment trop, ça ne sera pas mieux. Donc, il faut quand même qu'il y ait des allègements. Je pense que dans la deuxième vague, en corrigeant la question des proches aidants et en rendant possibles les visites aux personnes seules, c'était une nette amélioration par rapport à la première vague.

Mais avec le couvre-feu, certains proches aidants ont reçu des contraventions. Alors, il y a eu des manquements de ce côté.

C'est sûr que, pour une personne en RPA à qui on dit qu'elle ne peut plus aller dans la salle à manger et qu’elle devra passer son temps confinée dans son appartement, c'est tough. Mais l'autre option, c'est d'aller à la salle à manger et de risquer que 300-400 personnes aînées se contaminent.

Ce sont des choix difficiles qui causent beaucoup de souffrance aux personnes. Mais en même temps, ça reste nécessaire d'un point de vue sociétal et de santé publique.

Quels sont les défis pour les prochains mois?

C.S. Nos équipes sont fatiguées. Elles ont souffert de deuils, beaucoup de deuils. Je pense à mon équipe de Sherbrooke : il y a eu une douzaine de décès pendant la période des Fêtes chez les personnes qu’on accompagnait.

Donc, pour nos équipes, il y a une fatigue, ce qu'on appelle la souffrance de compassion. Cette souffrance où on dit : J'aurais tellement pu et voulu faire plus, mais c'était impossible, vu les circonstances. Mais on la porte quand même, cette souffrance-là.

Toutefois, on a beaucoup de nouveaux bénévoles, ce qui est très encourageant. Les gens nous appellent et veulent aider.

Aussi, il faut créer de la confiance chez les personnes aînées. Il faut surmonter les obstacles importants pour que les gens sortent de leur isolement et passent à l'action pour demander de l'aide.

Les mains d'une femme âgée sur un téléphone cellulaire.

Les gens seuls ne doivent pas hésiter à appeler pour demander de l'aide.

Photo : Getty Images / EoNaYa

Il faut donc dédramatiser ou déstigmatiser l'isolement [et pas seulement en pandémie]. Il peut y avoir une honte ou un sentiment d’échec chez certaines personnes qui est associé à ça. Mais les gens doivent réaliser que ce n’est pas leur faute, c’est arrivé comme ça dans la vie. Et aussi le fait qu'on a allongé la vie de 20 ans : ça fait qu'il y a plus de risques que les gens que vous avez aimés soient partis avant vous, quand vous êtes rendu au grand âge.

Il y a des gens qui ont été tout seuls toute leur vie. Certains nous disent : C'est la première fois qu'on souligne mon anniversaire! Je n'ai pas eu de gâteau d'anniversaire depuis que ma mère est décédée. Ce sont des histoires comme ça où on se dit, mon Dieu, on change leur vie! Alors, pour nous, c'est extrêmement valorisant.

Pour contacter Les Petits Frères : 1 866 627-8653

Les propos recueillis ont été édités pour des raisons de concision et de clarté.

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