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La pandémie a tué la libido

Comment les désirs s'essoufflent en temps de pandémie

Un couple est assis sur un lit.

De nombreux travaux publiés partout dans le monde le prouvent : les libidos s'essoufflent depuis le début de la pandémie.

Photo : iStock / Torwai

Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

En confinement à la maison avec tout le temps au monde pour faire l’amour, beaucoup ont cru qu’on verrait naître une flambée des libidos, même une forte augmentation des naissances, grâce à la pandémie. Toutefois, les règles sanitaires, le stress constant et l’isolement ont eu raison du désir. Portrait d’une année sans sexe ni coups sûrs. 

C’était le scénario parfait. À l’image de la brise du printemps après des mois d’hiver, le célibataire Marco allait reprendre son souffle de vie avec l’assouplissement estival des règles sanitaires et vivre sa sexualité. Plein d’espoir, il a décidé d’utiliser son outil de choix : les applications de rencontre. 

Quelques profils plus tard, il avait trouvé son partenaire idéal pour une rencontre d’un soir. Puis, plus rien. Le désir qu’il croyait retrouver chez son amant s’était envolé une fois dans l’action. 

On dit que l’appétit vient en mangeant, mais que fait-on lorsque la faim ne revient tout simplement pas? 

Honnêtement, c’est plus le désir absent qui m’empêche de rencontrer des gens que les règles entourant la COVID-19. J’ai quelques connaissances que je pourrais rencontrer si j’avais le goût. Un petit coup de téléphone, et hop! Mais non, je n’ai pas le goût. J’aime mieux écouter Netflix tout seul ou faire autre chose.

Une citation de :Marco a préféré taire son nom de famille pour s'exprimer plus librement, comme toutes les personnes interrogées

De nombreux travaux publiés partout dans le monde le prouvent : les libidos s'essoufflent depuis le début de la pandémie. C’est une personne sur deux qui affirme observer une baisse importante de son désir sexuel aux États-Unis. 

L’étude « La sexualité pendant la pandémie de COVID-19 : de l’importance d’Internet (Nouvelle fenêtre) », publiée dans la revue scientifique Sexologies en janvier, rassemble les recherches récentes menées partout sur la planète. Le constat est le même : La pandémie a eu des répercussions sur la sexualité dans le monde entier, car elle a modifié et compliqué les relations sociales.  

Sara Mathieu-C sourit à la caméra.

Sara Mathieu C. est chercheuse en santé sexuelle et chargée de cours à l'Université de Montréal.

Photo : Julie Artacho

Même si la sexualité est quelque chose de très intime, elle reste très sensible au contexte, qu'il soit personnel ou politique et social. La pandémie révèle à quel point la sexualité est fragile, ce qui fait en sorte qu’on ne peut pas la vivre en vase clos et que c’est impossible de la protéger de toutes les intempéries.

Une citation de :Sara Mathieu-C., chercheuse en santé sexuelle et chargée de cours à l’Université de Montréal

Elle précise d’ailleurs que la santé sexuelle est intimement liée à la santé mentale. La principale zone érogène… c’est le cerveau!

La sexualité prise au cœur des intempéries 

Que ce soit la présence constante des enfants, les inquiétudes en lien avec la perte d’un emploi ou encore l’angoisse associée à la montée des cas d’infection, la pandémie a fourni toutes les raisons au désir de s’effriter. 

Cette tendance, la sexologue et psychothérapeute Annabel McLaughlin l’a rapidement constatée chez sa patientèle en consultation. 

Beaucoup de personnes ont plus de temps pour s’adonner à des activités sexuelles, mais ça ne veut pas dire qu’elles possèdent la disponibilité mentale et émotionnelle pour en profiter.

Une citation de :Annabel McLaughlin, sexologue et psychothérapeute

La crise actuelle a généré des sentiments de stress importants et de détresse psychologique. Selon Léa Séguin, chercheuse en sexologie, le stress est l’ultime ennemi du désir, ce qui explique en partie la baisse de la libido observée. 

La libido et le désir sexuel sont davantage influencés par le contexte que par des facteurs biologiques. - Léa Séguin 

Des 15 personnes questionnées dans le contexte de ce reportage, seulement deux vivent une hausse de leur libido depuis le début de la pandémie. 

La vie, l’ultime aphrodisiaque

Des regards volés à une personne inconnue à une main effleurée au bar jusqu’à un effluve d’un parfum enivrant dans la rue, le désir naît de petites choses, mais s’éteint en l’absence d’un environnement qui le nourrit. 

J’aimais sortir, danser, boire avec mon amoureux… puis arriver à la maison et faire l’amour. Se séduire tout au long de la soirée, ce sentiment enivrant a disparu.

Une citation de :Catherine

En couple depuis près de 10 ans, Catherine a toujours eu une vie sexuelle épanouie avec son partenaire. Malgré la baisse de désir, le couple continue à avoir des relations sexuelles régulièrement, seulement la passion n’y est plus.

On est dans un cercle, donc on fait l’amour parce qu’on s’aime et c’est bon, mais j’ai remarqué que pour que ça soit plus intense, on doit se planifier un souper en amoureux avec du vin! - Catherine

La jeune femme a toujours entretenu une relation positive et sans tabou avec sa sexualité. Pourtant, elle note qu’elle a l’impression d’avoir vieilli de 10 ans depuis le début de la pandémie et qu’elle se sent moins sensuelle. 

Même scénario du côté de Florence. Son copain et elle avaient l’habitude de pratiquer des loisirs dans lesquels le couple se sentait épanoui et heureux, ce qui contribuait à éveiller le désir.

Ce qu'on pense qui nous arrive, en plus de la baisse de moral et d'énergie, c'est que comme on se voit tout le temps, ce n'est plus jamais "spécial", on ne passe plus la semaine à être occupés et à avoir hâte de se voir. – Florence 

Annabel McLaughlin explique que la distance est nécessaire à la séduction et qu’elle est inexistante chez beaucoup de couples confinés ensemble. Le contexte les force à avoir moins de nouvelles expériences, de sujets à aborder et même de vrai temps de qualité en couple ou en solo. 

La masturbation sur pause 

Les plaisirs solitaires ne sont pas à l’abri de l’effritement des désirs. Certaines personnes s’y adonnent pour apaiser leurs symptômes anxieux, d’autres ont fait une croix sur la pratique. Chose certaine : la masturbation sert aux célibataires sans partenaire durant le confinement. 

La masturbation est l’activité sexuelle la moins risquée pendant la pandémie. C’est ce qu’ont déclaré les autorités canadiennes de santé publique à l’automne dernier dans une série de recommandations pour encadrer la santé sexuelle en minimisant les risques de propagation de la COVID-19. 

Partout au pays, la vente de jouets sexuels a bondi depuis le début de la pandémie. 

Je ne pensais pas que l’isolement serait aussi déprimant. Je n’ai même pas le goût d’aller sur des sites pornos! Les plaisirs solos, qui étaient quotidiens avant, sont maintenant rares, style de 2 à 3 fois par mois.

Une citation de :Marco, célibataire

Selon Sara Mathieu-C., la fonction première de la masturbation reste le plaisir. En ce moment, elle note que le soulagement du stress devient aussi un motif important ainsi qu’une forme de compensation pour les personnes qui n’ont plus accès à une sexualité avec des partenaires.

Pour Catherine, en couple, les habitudes de plaisirs solos survivent au stress de la pandémie. La jeune femme dit se masturber toutes les semaines. Par contre, elle précise qu’elle le fait parfois pour se changer les idées de sa routine monotone découlant du confinement. 

Si on ne se masturbe pas pendant un certain temps, ce n’est pas grave. Il faut être attentif à ses besoins et se demander : est-ce que c’est parce que je ne m'accorde plus de temps de qualité avec moi-même ou est-ce parce que le besoin a disparu. - Sara Mathieu-C. 

Entre stagnation et fluctuation : la complexe sexualité humaine

Toutes les personnes interrogées se sont dites plutôt inquiètes des fluctuations de désir qu’elles ressentent depuis le début de la pandémie. Qu’elles aient envie ou non de s’adonner à des activités sexuelles, une chose est certaine : rien n’est plus comme avant. 

Il faut normaliser que notre sexualité fluctue. Elle n’a pas à être tout le temps en hausse, toujours linéaire, à la même fréquence. Elle est influencée par les stresseurs dans notre vie.

Une citation de :Annabel McLaughlin

La sexologue tient à déstigmatiser ces fluctuations du désir. Elle invite d’ailleurs les gens à s’interroger sur la fonction de la sexualité. 

À quoi répond la sexualité en ce moment? Le fait qu’elle soit inexistante ou absente, ça répond à un besoin aussi. - Annabel McLaughlin

Que l’on soit célibataire ou en couple, la pression d’avoir une sexualité active à tout prix persiste et il faut s’en éloigner, selon les expertes interrogées. 

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