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Une plaidoirie laconique de la défense, un procès en destitution qui s'achève

Michael van der Veen, la main levée, s'adressant aux sénateurs et semblant s'emporter

Michael van der Veen n'avait pas encore pris la parole depuis le début du procès.

Photo : Associated Press / Télévision du Sénat

Les plaidoiries de la défense, au ton résolument vindicatif, ont été si brèves que le deuxième procès en destitution de l'ancien président Donald Trump pourrait se terminer samedi.

Chasse aux sorcières, vengeance politique, culture du bannissement : dès les premières minutes de leur plaidoyer, les avocats de l'ex-président américain ont défendu leur client en faisant le procès des démocrates.

Comme toutes les chasses aux sorcières politiquement motivées auxquelles la gauche s'est livrée au cours des quatre dernières années, cette mise en accusation est complètement dissociée des faits, des preuves et des intérêts du peuple américain, a d'emblée tonné Michael van der Veen, l'avocat qui a eu le temps de parole le plus long.

Le temps devrait être à l'unité et à la guérison, a-t-il soutenu, reprochant aux démocrates d'être motivés par leur haine de Donald Trump. Celui-ci a été accusé par la Chambre des représentants d'« incitation à l'insurrection » dans la foulée de l'assaut du Capitole par des centaines de ses partisans, le 6 janvier.

Son équipe juridique ne s'est pas montrée avare dans ses attaques à l'égard des démocrates. David Schoen est même allé jusqu'à accuser les procureurs d'avoir manipulé des preuves et les mots de Donald Trump, et chaque membre du trio d'avocats a remis en question leur intégrité.

L'histoire se souviendra de cet effort honteux comme une tentative délibérée du Parti démocrate pour salir, censurer et bannir non seulement le président Trump, mais aussi les 75 millions d'Américains qui ont voté pour lui.

Une citation de :Michael van der Veen, avocat de Donald Trump

Le ton de ces plaidoiries, qui s'annonçaient partisanes et qui ont été très brèves, était donné. La défense n'a utilisé que trois des 16 heures qui lui étaient allouées.

Les sénateurs ont donc pu passer à la période de questions, qui ne se serait déroulée que la semaine prochaine si les avocats de l'ex-président avaient utilisé tout leur temps.

Les avocats de Donald Trump ont offert une défense de leur client tous azimuts : il n'est pas responsable de ce qui lui est reproché; son discours était de toute façon protégé par le premier amendement; les démocrates ont proféré des paroles aussi vives, sinon plus; quoi qu'il en soit, il est trop tard pour intenter un procès au 45e président américain, puisque celui-ci n'est plus au pouvoir; mais les démocrates ont agi trop rapidement.

La haine que les responsables de la mise en accusation et d'autres personnes de la gauche éprouvent à l'égard du président Trump les a poussés à passer outre les éléments de base d'une procédure équitable et juste, et à précipiter une mise en accusation par la Chambre, a déclaré Me Schoen.

David Schoen, s'adressant aux sénateurs, gesticulant

Procès Trump : la défense passe à l'attaque

Photo : Associated Press

Sur la question du chef d'accusation comme tel, les défenseurs de Donald Trump ont affirmé que tous les faits disculpaient leur client.

Des manifestants avaient déjà commencé à se rassembler près du Capitole avant le discours du président, a argué Bruce Castor.

Le président n'a pas provoqué les émeutes, a-t-il soutenu. Il n'a ni explicitement ni implicitement encouragé le recours à la violence ou à des actions illégales, mais a en fait appelé à l'exercice pacifique du droit de chaque Américain, en vertu du premier amendement, de se réunir pacifiquement et demander à son gouvernement de répondre à ses doléances.

Leur but est d'éliminer un adversaire politique, de substituer leur jugement à la volonté des électeurs.

Une citation de :Bruce Castor, avocat de Donald Trump

Ironiquement, le même argument avait été invoqué lors de la première procédure en destitution, l'an dernier, les alliés de Donald Trump disant alors qu'il appartenait aux électeurs de trancher.

Cela ne l'a pas empêché ensuite de contester la légitimité de l'élection et de nier la volonté populaire.

Dix républicains se sont par ailleurs joints aux démocrates.

Me Castor a par ailleurs nié que les événements survenus le 6 janvier constituaient une insurrection, un fait que le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, avait pourtant reconnu.

Une insurrection consiste à prendre le contrôle d'un pays, à instaurer un gouvernement fantôme, à s'emparer des chaînes de télévision et à avoir un plan de ce qu'on va faire quand on prendra enfin le pouvoir. Il est clair que ce n'était pas ça, a argué l'avocat.

Il est en outre revenu sur l'appel de Donald Trump au secrétaire d'État de la Georgie, Brad Raffensperger, à qui il a demandé de trouver des voix. C'était uniquement lié à ses préoccupations concernant le taux élevé de bulletins de vote rejetés dans cet État, a-t-il assuré.

L'argument lui a valu une réplique d'un des responsables du processus électoral en Georgie, Gabriel Sterling – qui est républicain. Le taux évoqué par les avocats de l'ex-président est faux, a-t-il soutenu : la désinformation continue, a-t-il écrit sur Twitter.

M. Sterling est ce responsable qui, en décembre 2020, a supplié Donald Trump d'intervenir pour que puissent être évités des actes de violence potentiels. Quelqu'un va être blessé, quelqu'un va se faire tirer dessus, quelqu'un va se faire tuer, craignait-il.

L'assaut du Capitole a fait cinq victimes en plus de faire une centaine de blessés chez les policiers. Deux policiers se sont en outre suicidés depuis.

Des propos qui accréditent l'accusation

En soirée vendredi, CNN a cité des représentants républicains informés du contenu de l'appel tendu fait à Donald Trump par le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, qui implorait son interlocuteur d'intervenir pendant l'assaut du Capitole.

Eh bien, Kevin, je suppose que ces gens sont plus contrariés que toi par l'élection, aurait répondu l'ancien président.

S'il arrive souvent que des républicains parlent sous le couvert de l'anonymat, les élus interviewés, dont Herrera Beutler, l'ont cette fois-ci fait à visage découvert. Sur Twitter, la représentante, qui a appuyé la mise en accusation de l'ancien président, a même appelé ceux qui étaient avec lui pendant les appels (il y en a eu avec d'autres élus), à sortir de leur mutisme.

Après avoir critiqué publiquement Donald Trump, M. McCarthy, a changé de discours, puis voté contre la mise en accusation, rencontrant même par la suite l'ex-président dans sa demeure de Mar-a-Lago, en Floride.

Le premier amendement au cœur du plaidoyer

Les avocats de l'ex-occupant de la Maison-Blanche ont notamment opposé leur propre interprétation à l'une des citations de Donald Trump martelées par les procureurs au cours des derniers jours : Si vous ne vous battez pas farouchement, vous n'aurez plus de pays.

Il ne faisait qu'utiliser cette expression au sens figuré, ont-ils affirmé. Épargnez-nous votre hypocrisie et votre indignation feinte, a lancé Michael van der Veen, inscrivant la liberté d'expression garantie par le premier amendement au centre du procès.

Les avocats de Donald Trump ont fait jouer à répétition un montage, sur fond musical, mettant en scène des démocrates, de Joe Biden à Kamala Harris en passant par Hillary Clinton, qui parlaient de se battre dans divers contextes, le plus souvent sans pour autant que ceux-ci soient précisés.

L'extrait sur Elizabeth Warren, l'une des cibles préférées de l'ancien président, a été particulièrement long. Celle-ci disait notamment qu'elle allait se battre, mais, en fait, pour les soins de santé.

Le montage incluait aussi des extraits d'allocution de démocrates disant qu'il fallait se battre pour, dans la mesure où on aurait fait jouer des extraits suffisamment longs, juguler la pandémie de coronavirus ou le réchauffement climatique. Il incorporait même une rhétorique violente de la chanteuse Madonna et de l'acteur Johnny Depp.

Sans surprise, la défense a aussi présenté, encore avec une trame sonore, des extraits des émeutes de l'an dernier, juxtaposés avec des propos de démocrates. Ces derniers parlaient des manifestations pacifiques en faveur de la justice après la mort de l'Afro-Américain George Floyd, mais semblaient prendre cause pour la violence.

Je vous ai montré cette vidéo parce que dans un forum politique, tout discours musclé doit être protégé. Quand vous voyez des discours comme ceux-ci, vous devez appliquer le premier amendement de manière égale. Aveuglement.

Une citation de :Michael van der Veen, avocat de Donald Trump

Par opposition, Donald Trump, lui, a été présenté comme le président de la loi et de l'ordre, avec de multiples citations du principal intéressé.

Les avocats de Donald Trump ont balayé du revers de la main une lettre signée par 150 constitutionnalistes ayant jugé l'argument du premier amendement juridiquement frivole et qui avait été mentionnée par les procureurs.

C'est une tactique d'intimidation contre nous, a lancé Michael van Der Veen.

Les plaidoiries étaient de nature à plaire à l'ancien président, avec des thèmes qui lui sont chers, comme les antifas ou même la remise en question de l'ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016.

L'ensemble du Parti démocrate et les médias nationaux ont passé les quatre dernières années à répéter sans aucune preuve que l'élection de 2016 avait été piratée, a glissé Michael van der Veen.

Questions convenues, réponses prévisibles

Devant un micro, Jamie Raskin, gesticulant, répond à la question d'un sénateur au Sénat

Jamie Raskin a dirigé l'équipe de la mise en accusation de façon efficace.

Photo : Associated Press / Télévision du Sénat

La deuxième partie de cette quatrième journée de procès, qui a pris fin avant 18 h 24, a ensuite été consacrée aux questions des sénateurs, qui pouvaient demander des précisions par écrit aux procureurs ou aux avocats de la défense.

Les avocats de la défense ont fourni des réponses étonnantes aux questions posées par des élus républicains faisant partie des rares membres de leur caucus susceptibles de conclure à leur culpabilité de l'ancien président.

Demandant une réponse la plus précise possible, Susan Collins et Lisa Murkowski voulaient par exemple savoir à quel moment Donald Trump avait pris connaissance de l'assaut du Capitole, quelles actions il avait prises pour mettre fin à l'émeute, et quand il les avaient posées.

Avec ce processus précipité, il n'y a eu absolument aucune enquête, et c'est le problème, a répondu Michael van der Veen, blâmant les démocrates.

À Mitt Romney et Susan Collins, qui demandaient si Donald Trump était déjà au courant du fait que son vice-président Mike Pence avait été évacué pour sa sécurité lorsqu'il a envoyé un tweet pour dénoncer son manque de courage, à 2 h 24, il a offert plusieurs réponses.

Le sénateur républicain Tommy Tuberville, un allié de Donald Trump, avait déclaré en avoir informé l'ex-président lors d'un appel téléphonique.

La réponse est non, a pourtant répondu catégoriquement Me van der Veen, avant d'ajouter qu'il n'y avait rien dans le dossier à ce sujet, parce que les démocrates avaient précipité la procédure de destitution. Ce n'est pas vraiment pertinent, parce que le chef d'accusation est incitation à l'insurrection, a-t-il ajouté.

Lors de sa réplique, le chef de l'équipe de mise en accusation, Jamie Raskin, a pris le temps de revenir sur l'une des réponses de l'avocat, qui avait qualifié ce procès d'expérience la plus misérable qu'il avait vécue à Washington en raison de l'attitude des procureurs.

Nous en sommes désolés, mon vieux, mais une chance que vous n'étiez pas là le 6 janvier.

Une citation de :Jamie Raskin, responsable en chef de la mise en accusation

La défense ne cesse de blâmer la Chambre des représentants pour les informations que possède pourtant son client, a ensuite rétorqué Jamie Raskin.

À part ces questions précises, l'exercice des questions s'est, dans les faits, surtout avéré pour les sénateurs l'occasion de faire répéter des arguments qui avaient déjà été présentés, ou même de marquer des points politiques.

Le républicain Bill Hagerty a par exemple demandé si ce procès n'était pas simplement un spectacle politique pour discréditer Donald Trump et faire honte aux 74 millions d'Américains qui ont voté pour lui.

Son collègue Marco Rubio a pour sa part évoqué, sans la nommer, l'ancienne candidate à la présidence démocrate Hillary Clinton : faire le procès d'un ex-président ne crée-t-il pas un précédent qui ouvre la porte à la mise en accusation d'une ex-secrétaire d'État faisant face à un mouvement visant à la faire emprisonner?

L'allusion au cri de ralliement des partisans de Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 était claire.

Vers une fin rapide du procès

Le procès reprendra samedi à 10 h. Les responsables de la mise en accusation préciseront alors s'ils réclament la comparution de témoins, ce qui entraînerait un vote des sénateurs sur la question.

En l'absence de témoins, le procès pourrait se terminer le jour même, après les plaidoiries de clôture.

Un verdict de culpabilité requiert l'appui des deux tiers des 100 sénateurs, soit 67. Il faudrait donc que 17 républicains se joignent aux 50 démocrates pour que se concrétise le scénario, hautement improbable, d’une destitution.

Il est prévisible que de nombreux républicains rejettent le chef d'accusation retenu en invoquant des arguments procéduraux sans avoir à se prononcer sur le fond.

Jeudi, au deuxième et dernier jour de leurs plaidoiries, les responsables de la mise en accusation ont plaidé que l'absence de remords dont a fait preuve Donald Trump après l'assaut du Capitole fait craindre la possibilité, bien réelle, que des événements comme ceux du 6 janvier se répètent s'il n'est pas sanctionné pour ses actions.

La veille, les procureurs avaient posé les assises de leur argumentation : pendant des mois, il a, à coups de mensonges et de déclarations incendiaires, amené ses partisans à rejeter la légitimité de l'élection, une contestation qui a culminé par l'émeute au centre du procès.

Après l'exposé des procureurs jeudi, les avocats de Donald Trump ont rencontré trois sénateurs, soit Lindsey Graham, Mike Lee et Ted Cruz, qui sont tous avocats. Ted Cruz a admis qu'ils avaient discuté de stratégie. Les sénateurs font pourtant le serment de rendre une justice impartiale conformément à la Constitution et aux lois.

Mardi, à l'issue du débat sur la constitutionnalité du procès, l'équipe juridique de l'ancien président s'était attiré des critiques du camp républicain pour son manque de préparation.

Selon CNN, il y avait davantage de sénateurs républicains à leurs bureaux dans cette dernière journée de plaidoiries que lors de celles des démocrates.

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