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Suggestions à la carte : célébrer le Mois de l’histoire des Noirs

L’équipe culturelle présente ses suggestions en tout genre autour d’un thème précis. Cette semaine : la diversité est à l'honneur à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

Illustration d'une femme avec les yeux fermés. Des haut-parleurs et des poings fermés se trouvent au-dessus d'elle.

Des acteurs de la scène socioculturelle et des membres de l’équipe culturelle de Radio-Canada Ottawa-Gatineau présentent leurs suggestions en tout genre pour célébrer la diversité à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

Photo : Radio-Canada / Laury Dubé

Radio-Canada

Le Mois de l’histoire des Noirs est une occasion de créer des ponts entre les communautés. Plus que jamais, les voix se lèvent et s’entremêlent pour célébrer l’héritage des communautés d’ascendance africaine. Des acteurs et actrices de la scène culturelle de la grande région de la capitale nationale se joignent à la discussion en proposant leurs artistes incontournables à découvrir.

L’actualité autrement

Peggy Civil sourit à la caméra.

Peggy Civil, l'animatrice de la balado Com Podcast.

Photo : Radio-Canada

Aïcha Koné, la coordonnatrice de la programmation du Mois de l’histoire des Noirs à Gatineau, ne manque pas un seul épisode de la baladodiffusion Com Podcast, animée par la conférencière et entrepreneure en communication Peggy Civil. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont elle interagit avec le public : ça donne envie de regarder, fait valoir Mme Koné.

Dans son émission diffusée sur Facebook (Nouvelle fenêtre), Peggy Civil reçoit des invités qui commentent ou discutent d’enjeux allant des nouvelles internationales à la politique municipale, en passant par la pandémie et le divertissement.

Aïcha Koné admire également la volonté de l’animatrice de faire découvrir des entrepreneurs de la communauté noire régionale. Bien qu’elle soit elle-même déjà très renseignée de par ses fonctions professionnelles, la coordonnatrice de la programmation du Mois de l’histoire des Noirs à Gatineau soutient qu’elle apprend toujours quelque chose de nouveau en écoutant les balados de Peggy Civil.

Elle va toujours aborder l’actualité avec une perspective différente. C’est court et on ne s’ennuie pas, ajoute Aïcha Koné. Ça dure un petit 15 minutes et ça donne un punch dans la journée !

Héros méconnus

Pour moi, le Mois de l’histoire des Noirs se raconte à longueur d’année grâce au journaliste et auteur Serge Bilé, déclare le reporter météo du Téléjournal Ottawa-Gatineau, Alain Jean-Mary.

Ce dernier cite en exemple le documentaire Noirs dans les camps nazis, proposé en 2005 par le Franco-Ivoirien. Nous connaissons tous les atrocités qu’ont vécues les Juifs dans les camps nazis, mais on ne connaît pas l’autre pan de l’histoire où des milliers de Noirs ont été humiliés, capturés, martyrisés et tués, énumère-t-il. Serge Bilé nous le fait découvrir.

À travers le travail de M. Bilé, Alain Jean-Mary explique avoir découvert des histoires fascinantes comme celle de Saint Maurice, le saint noir (documentaire réalisé en 1998) (Nouvelle fenêtre) ou encore l’épopée d’un esclave déporté au Japon et devenu le premier samouraï noir dans le livre Yasuké (Babelio, 2018).

L’invitation de John Akomfrah

Un homme en habits d'époque dans un paysage nuageux.

John Akomfrah, image fixe tirée de Vertigo Sea, 2015, Vidéo haute définition à 3 canaux, 48 min 30 s.

Photo : Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Smoking Dogs Films; avec l’autorisation de Smoking Dogs Films et de la Lisson Gallery.

Angela Cassie, récemment nommée vice-présidente à la transformation stratégique et à l'inclusion au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), voit le travail de John Akomfrah comme un appel à la réflexion sur les histoires de la communauté noire. Il joue avec les esthétiques et il explore souvent les expériences des diasporas de migrants, alors je pense qu’il utilise ses expériences de vie, mais aussi une technique superbe pour démonter une beauté incroyable dans ses œuvres, estime-t-elle.

Vertigo Sea touche particulièrement Angela Cassie pour ses espaces gris, le thème de la mer Noire (qui revient souvent dans le travail de John Akomfrah, selon elle), ainsi que le mélange entre la douceur et la perturbation.

Dans l’art romantique, on ne trouve pas souvent de corps noirs représentés. Et quand on les voit, ils sont subjugués ou déshumanisés. Je trouvais cette œuvre curieuse et ça remet aussi en question le récit d’esclavage, qui est souvent le point de départ de l’histoire des Noirs, ajoute-t-elle.

En racontant ses histoires différemment, John Akomfrah contribue à mettre en valeur une fierté, une richesse et l’esprit innovateur des peuples noirs, souligne la passionnée d’art.

Angela Cassie tient à préciser que l’installation vidéo Vertigo Sea est actuellement prêtée par le MBAC au Musée d’art contemporain de Montréal où elle pourra être vue jusqu'en avril. Cependant, d’autres œuvres de la collection du MBAC résonnent avec le travail de John Akomfrah, selon elle. Mme Cassie propose notamment de découvrir Middle Passages de l’artiste guyanais Frank Bowling, une autre toile influencée par la mer et le soleil, à Ottawa.

Correctif : 

Une version précédente de ce texte mentionnait que l'installation vidéo Vertigo Sea était prêtée au Musée d’art contemporain de Montréal jusqu'en juin. En réalité, l'œuvre pourra être admirée à Montréal jusqu'au 4 avril 2021.

Représentation féminine

Anykrystel Coppet, agente de développement chez Culture Outaouais, encourage le public à découvrir le travail de l’illustratrice franco-gabonaise Nicholle Kobi établie à New York depuis 2018. Elle a décidé de mettre son talent de dessinatrice au service de la femme noire, déclare la Gatinoise, admirative.

En lançant son entreprise, l’artiste visuelle Nicholle Kobi a créé un moyen de faire voyager ses images sur des objets tels des chandails, des cadres ou encore des coussins. Le site web de l’artiste précise que l’intention est de faire vivre la femme noire, longtemps déshumanisée, pour la faire briller sous toutes ses facettes, indépendamment de la taille et des différences physiques. L’illustratrice espère ainsi démontrer aux jeunes filles que tous les types de beauté devraient être représentés dans le monde, peut-on lire sur le site de Mme Kobi. Et c’est justement ce qui a séduit Mme Coppet.

C’est vraiment fantastique de voir l’univers de Nicholle Kobi. Elle montre différentes facettes de la femme noire, de la famille noire. On se sent fiers !, lance Anykrystel Coppet. Ça, transporte, on voyage, mais c’est concret... C’est super !

Aya de Yopougon : souvenirs d’enfance ivoirienne

Six bandes dessinées de la série Aya de Yopougon.

La série de bande dessinée Aya de Yopougon signée par Marguerite Abouet et illustrée par Clément Oubrerie.

Photo : Radio-Canada

Aya de Yopougon, c’est d’abord une série de bande dessinée en six tomes publiée entre 2005 et 2010, mais aussi un film d’animation sorti en 2013.

Yopougon est un quartier d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. C’est là qu’Aya grandit parmi les siens. L’action de la BD signée par Marguerite Abouet et illustrée par Clément Oubrerie se déroule dans les années 1970. Ce n’est pas pour rien : cette décennie correspond à l’enfance de l’autrice d’origine ivoirienne, que ses parents ont envoyée chez un grand-oncle établi en France, au début des années 1980, afin qu’elle y poursuive ses études. Marguerite Abouet avait alors 12 ans.

Cette dernière a voulu en quelque sorte incarner une Côte d’Ivoire vivante, vibrante, joyeuse, à partir de ses souvenirs d’enfant, dont celui de la cousine et ses amies lui ayant inspiré Aya, Bintou et Adjoua, entre autres. L’autrice a délibérément laissé de côté les grands enjeux sociopolitiques (sida, conflits armés) pour plonger avec une suave dose d'humour dans le quotidien de son héroïne, aspirant à devenir médecin, et d’une smala ressemblant à la sienne.

Cela ne l’empêche pas d’aborder des questions contemporaines comme l’accessibilité pour les filles et les jeunes femmes à l’éducation, les mariages forcés, l’homosexualité ou encore l’attrait que Paris représente, par exemple, détaille la réalisatrice à l’affectation culturelle, Valérie Lessard.

Marguerite Abouet avait prononcé cette phrase, qui m’avait marquée quand je l’ai interviewée à propos de sa BD, il y a une dizaine d’années : "Quand les médias montrent le continent africain, ils montrent comment on y meurt, rarement comment on y vit." C’est ce qu’elle a voulu mettre de l’avant, sans misérabilisme, mais sans complaisance non plus, et c’est qu’on ressent à lire Aya de Yopougon : on y palabre, on y danse, on y chante, on y rêve, on y drague, on y tombe enceinte sans l’avoir voulu, on y pleure, on s’y dépatouille comme on peut. C’est la vie, dans tous ses éclats, de voix, oui, mais de rire, aussi ! Et c’est beau !, conclut la réalisatrice.

« L’homme derrière la plume »

Portrait en noir et blanc de l'écrivain Émile Ollivier, qui appuie sa tête contre sa main en regardant la caméra.

L'écrivain d'origine haïtienne Émile Ollivier est né à Port-au-Prince en 1940 et est décédé en 2002, à Montréal.

Photo : Division de la gestion de documents et des archives, Université de Montréal. Fonds Émile Ollivier (P0349)1FP07432. Émile Ollivier.

Pour l’auteur gatinois originaire d'Haïti Guy Bélizaire (À l’ombre des érables et des palmiers, Rue des rêves brisés), l'œuvre entière de l’écrivain Émile Ollivier s’avère un pont entre les cultures haïtienne et québécoise. Selon lui, l’homme de mots a laissé un héritage d’essais, nouvelles et romans, dont Mère-Solitude (Prix Jacques-Roumain, 1985) ou Passages (Grand prix du livre de Montréal, 1991).

Il a une écriture fluide, poétique, imagée et descriptive. C’est une écriture très personnelle, mais qui débouche sur l’universel, avance Guy Bélizaire. Ce dernier dit apprécier particulièrement les thèmes abordés dans les écrits de celui qui l’a inspiré : l’exil, les races, la quête identitaire, le déracinement et l’enracinement.

Lire Émile Ollivier, c’est mieux comprendre le drame du peuple haïtien, la difficulté ou la complexité de l’exil et aussi la beauté de la pluralité. À mon avis, c’est l’un des pionniers de la littérature afro-canadienne contemporaine, conclut M. Bélizaire.

Émile Ollivier est décédé en 2002 alors qu’il terminait son roman La Brûlerie, publié de manière posthume en 2004 aux Éditions Boréal.

Réflexions sur le privilège blanc

Le documentaire Hey privilege, it’s me Chelsea a profondément changé ma perspective sur le racisme systémique ainsi que la représentativité et l’intégration des communautés multiculturelles dans toutes les sphères de la société, indique le journaliste culturel du Téléjournal Ottawa-Gatineau Kevin Sweet.

On y présente l’humoriste américaine Chelsea Hander partant à la recherche de réponses pour comprendre ce qu’est le privilège blanc afin de devenir une meilleure alliée pour les communautés noires. Sa quête est de comprendre quelles sont les racines des inégalités et des injustices. Par la bande, elle nous invite à faire un examen de conscience, ajoute le reporter.

Selon lui, le documentaire disponible sur Netflix pousse les téléspectateurs à se questionner : Est-ce que je suis privilégié ?, Si oui, quels sont les facteurs qui ont contribué à ce que je le sois ?, Et, surtout, comment j’utilise ce privilège pour aider ceux qui en ont moins ?

Ce sont des questions importantes à se poser à une époque où le racisme et les tensions raciales divisent plus que jamais. Pour nous, les blancs, s’interroger sur nos privilèges sous-tend toutefois de l’inconfort et de fragiliser des croyances profondément ancrées, soutient Kevin Sweet. Et si, au lieu de toujours se tourner vers la communauté noire, on se parlait entre blancs pour trouver des solutions à des problèmes qu’on a créés ?

Briser le code

Marika Bellavance confie avoir beaucoup réfléchi en visionnant Briser le code de Fabrice Vil, qui vaut définitivement une écoute attentive, à son avis.

Le projet, disponible sur le site web de Télé-Québec, rassemble un documentaire, des balados ainsi qu’une série de capsules vidéo portant notamment sur l’identité, l’appropriation culturelle, la représentativité dans les médias et le privilège blanc. Fabrice Vil y raconte une enfance à chercher à correspondre au moule, à vouloir dissimuler son accent ou même à changer son alimentation pour ressembler à ses camarades.

C’est un peu ça, quand on parle de code : changer des comportements, des attitudes pour se fondre dans la majorité. Un peu comme un code à suivre pour éviter d’être discriminé, de déranger, et ça, ça veut dire cacher son identité, fait valoir la reporter culturelle Marika Bellavance. Cette dernière insiste notamment sur la pertinence des témoignages illustrés dans le documentaire qui, selon elle, ouvrent sur un dialogue.

On pose des questions, on donne des pistes de solutions. Ne serait-ce que d’en parler à travers ce documentaire-là et de prendre la peine de se demander : "Comment est-ce qu’on peut briser ce code ?", soulève-t-elle.

Les figures de l’ombre

Le film porte tellement bien son titre : le travail de ces femmes noires, pionnières dans le monde scientifique des années 1960, doit non seulement être connu davantage, mais célébré aussi. On devrait tous savoir qui sont Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson, avance la journaliste culturelle Christelle D’Amours.

Mmes Johnson, Vaughn et Jackson sont ingénieures et mathématiciennes. C’est autour d’elles que s’articule le film réalisé par Theodore Melfi, qui nous plonge dans les bureaux de la NASA, en 1962, alors que les équipes s’affairent à construire une fusée qui permettra d’envoyer des hommes dans l’espace.

Les figures de l’ombre, basé sur le livre Hidden Figures de Margot Lee Shetterly, est inspiré par les histoires vraies de ces trois femmes qui ont dû se battre pour se tailler une place dans une armée de scientifiques majoritairement masculins, et surtout blancs.

Le personnage de Katherine Johnson (Taraji P. Henson), celle qui a calculé la trajectoire de Mercury, le premier programme à avoir envoyé un Américain dans l’espace, puis celui d’Apollo 11 (Nouvelle fenêtre), a particulièrement touché la journaliste. En plus de devoir constamment prouver la valeur de son travail, la mathématicienne devait même changer de bâtiment pour utiliser des toilettes différentes à cause de la couleur de sa peau ! Je sais que c’était comme ça à l’époque, mais ce n’en est pas moins aberrant. Je devenais frustrée de la voir encaisser les remarques de ses collègues sans dire un mot. Sans oublier les défis qu’elle surmontait à la maison, comme mère veuve, mentionne Christelle D’Amours.

Selon cette dernière, Octavia Spencer, dans le rôle de Dorothy Vaughn, et Janelle Monae, dans celui de Mary Jackson, rendent aussi compte de la force de caractère de ces femmes qui se sont battues pour avoir la reconnaissance qu’elles méritaient. Le film Les figures de l’ombre est disponible sur la chaîne Disney+.

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