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La mairesse de Cornwall Bernadette Clement décortiquée

Québécoise d’origine métissée à Franco-Ontarienne, le parcours de Bernadette Clement est loin d’être simple.

Le parcours de la mairesse de Cornwall, Bernadette Clement, est loin d'être simple.

La mairesse de Cornwall, Bernadette Clement.

Photo : Radio-Canada / CAMILE GAUTHIER

Radio-Canada

Depuis son élection à la mairie de Cornwall, en 2018, Bernadette Clement personnifie aux yeux de plusieurs le changement. Les médias aiment rappeler qu’en tant que mairesse noire et francophone, elle est le résultat d’une lente évolution des mœurs.

Bernadette Clement reconnaît que son élection a marqué un jalon important dans l’histoire, mais curieusement ça lui a pris un certain temps avant d’assumer pleinement son rôle de pionnière.

C'est compliqué, a-t-elle confié au micro de l'animatrice Jhade Montpetit, à propos de ses tiraillements intérieurs. D'un côté, elle est cette femme accomplie, fière de ses origines. Mais en même temps, elle admet s'être laissé convaincre de taire cette partie d'elle-même.

C’est drôle que même à mon âge, j’écoute encore ces genres de messages, a-t-elle dit, reconnaissant qu'elle aurait dû, au cours de la dernière campagne électorale, parler plus ouvertement de ses origines métissées.

C'est une maladresse qu'elle se promet de ne plus commettre.

La mairesse revient sur cet épisode au cours de ce reportage.

Bernadette Clement en quelques dates :
En 1965, Bernadette Clement naît à Montréal;
En 19914, elle est engagée à la clinique d'aide juridique de Stormont, Dundas et Glengarry;
En 2006, elle est élue conseillère municipale à Cornwall;
En 2011, elle est candidate du Parti libéral du Canada dans Stormont-Dundas-South Glengarry;
Et en 2018, elle est élue mairesse de Cornwall.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bernadette Clement en quelques dates.

Photo : Radio-Canada / Yosri Mimouna

Des origines mixtes

Bernadette Clement voit le jour à Montréal, en 1965, à une époque où les personnes noires vivant au Canada étaient fortement victimes de racisme et de discrimination.

Elle est née un an après le mariage mixte de ses parents. Son père, Hubert Clement, est un immigrant originaire de Trinité-et-Tobago, et sa mère, Euphrasie LeSann, est une Franco-Manitobaine.

À cette époque, les relations mixtes étaient sujettes à controverse. Lorsque le couple choisit de se marier, en 1964, les parents de la mariée n’assistent pas à la cérémonie, en guise de protestation.

C’était une période de l’histoire où ce genre de mariage était mal vu. Mes grands-parents trouvaient que ma mère avait choisi une route tellement difficile. Ils étaient inquiets pour elle, relate Mme Clement.

Le mariage mixte était encore illégal aux États-Unis, rappelle-t-elle. Donc, on était dans une période où ce n’était pas souvent vu. Maintenant, ça change, mais ç’a pris du temps.

Mes parents étaient très courageux.

Une citation de :Bernadette Clement

Heureusement pour le couple, les grands-parents maternels ne sont pas restés insensibles aux charmes de leurs petits-enfants et ont fini, quelques années plus tard, par accepter l’union de leur fille avec cet homme noir aux valeurs exemplaires.

Cela ne voulait pas dire pour autant que le couple Clement-LeSann était au bout de leur peine. Le racisme ne s’est pas envolé du jour au lendemain. Les jeunes parents ont toutefois choisi d’encourager leurs trois enfants à faire face à l’adversité et à utiliser leur différence comme une richesse.

À l’extérieur de la maison, on avait des défis, mais on ne se sentait pas seuls, raconte la mairesse. Dès qu’on rentrait à la maison, on avait des parents qui nous disaient que nous étions beaux, intelligents, et que nous allions faire tout ce que l’on voulait faire dans la vie. On avait un noyau familial très important et très solide.

Des expériences douloureuses

C’est avec ces précieuses leçons en tête que Bernadette Clement s’installe à Ottawa pour entreprendre des études en droit et, plus tard, qu’elle déménage à Cornwall pour travailler au sein de la clinique d’aide juridique.

À l'université, elle apprend très tôt que la vie ne lui fera pas de cadeaux.

J’avais appliqué pour un programme et j'ai gagné une bourse d’études. Par après, une personne qui ne l’avait pas eue m’a dit que probablement je l’avais eue parce que je représentais une minorité raciale et que le programme avait probablement des quotas à remplir, se rappelle-t-elle.

Le pire, c'est que je l’ai cru! J’avais 21-22 ans.

Petite, je ne comprenais pas ce feeling d’être différente. Pourquoi, je n’avais pas l’air comme les autres. Ma sœur, mon frère et moi, on était souvent les seuls noirs dans un groupe. Parfois, c’était un fardeau, poursuit la mairesse.

Ma sœur s’est fait appeler Aunt Jemima [la cuisinière noire sur les boîtes de crêpe de la société Quaker Oats Company, filiale de PepsiCo] au secondaire.

Une citation de :Bernadette Clement

Son premier réflexe, a-t-elle expliqué, a toujours été d’ignorer ces situations désagréables, faire comme si cela ne s’était pas passé. Mais avec le temps, alors que des histoires de racisme surgissent de partout, elle a réalisé qu’il faut parler de ces situations pour que les plus jeunes n’aient pas à porter ce genre de douleurs-là.

À ce chapitre, dit-elle, le mouvement Black Lives Matters lui a fait du bien. Cela lui a rappelé l’importance d’avoir des conversations franches sur les douleurs avec les gens de son entourage… et de les avoir à longueur d’année, pas juste au mois de février.

Un regret

Bernadette Clement ne semble pas avoir beaucoup de regrets dans la vie, mais s’il y en a un qu’elle nourrit depuis son élection, c’est celui d’avoir fait abstraction de ses origines lors de sa campagne électorale.

J’ai été conseillée de ne pas le faire, se défend-elle. Les gens dans les camps adversaires et autour de moi me disaient que c’était mieux de ne pas en faire [un enjeu].

À l’époque, ce conseil lui semblait plein de bon sens, poursuit la mairesse, car après 12 années passées au conseil, elle a voulu faire campagne sur la base de ses idées. Elle ne voulait pas jouer la carte identitaire.

J’ai suivi ces conseils et je n’en ai pas parlé. On a fait une campagne très traditionnelle, raconte-t-elle, même si sur le terrain, elle voyait bien que pour certains électeurs son héritage était source de fierté et de motivation.

J’ai un petit regret. J’aurais peut-être dû plus en parler pendant cette campagne.

Une citation de :Bernadette Clement

Notez bien, Bernadette Clement est fière de son héritage culturel. Elle n’a nullement cherché à cacher qui elle est, au contraire, elle en a fait largement mention dans son discours, le jour de sa victoire électorale. Elle a juste sous-estimé son rôle de pionnière dans une société qui a encore beaucoup de chemin à faire vers l’inclusion.

Lorsqu’on fait campagne, on se doit d’être transparent, concède-t-elle. Évidemment, dans une prochaine campagne, ça va faire partie de mon identité et ça va faire partie de la conversation.

Bernadette Clément, la mairesse de Cornwall signe des papiers assise à une table.

Bernadette Clément est devenue la première femme noire est élue à la tête d’une ville en Ontario

Photo : Radio-Canada

Première femme à la mairie de Cornwall

Bernadette Clement a hésité à se lancer en politique.

Je ne me voyais pas dans ces rôles-là. Je n’avais jamais vu de femmes noires dans un conseil municipal. Je n'avais pas cette expérience-là. Je n’avais pas de mentor, explique-t-elle. Quand on ne se reconnaît pas dans une place, quand on ne voit pas de gens comme nous, c’est plus difficile de s’imaginer qu’on peut être là nous aussi.

Il lui a fallu beaucoup d’encouragements, dit-elle. En 2006, lorsqu’elle a fait son entrée en politique, il n’y avait aucune femme à la table du conseil. La dernière en poste était l'ex-journaliste Huguette Burroughs qui est décédée en poste.

Les femmes, remarque-t-elle, ont « souvent besoin d’être convaincues d’aller en politique ». Elles manquent d'assurance, contrairement aux hommes qui n'entretiennent pas ce genre de doutes.

Une partie de ma vocation, c'est d'essayer de convaincre les jeunes femmes qu'elles ne doivent pas avoir ces doutes-là, affirme-t-elle. Je veux faire du mentorat [et] voir plus de femmes noires en politique.

Avec la collaboration de Stéphanie Rhéaume

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