•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Edith Blais raconte ses 450 jours aux mains des djihadistes

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Edith Blais se confie à Chantal Rivest, cheffe d'antenne à Radio-Canada Estrie

Edith Blais se confie à Chantal Rivest, cheffe d'antenne à Radio-Canada Estrie

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

« C'était une très grosse erreur. » Elle l'admet sans détour. Une décision de dernière minute, qui l'a menée entre les mains de djihadistes pendant 450 jours. Mais aujourd'hui, c'est avec sérénité qu'Edith Blais se confie à ICI Estrie.

Son livre Le sablier, otage au Sahara pendant 450 jours sera sur les tablettes des librairies à partir du 17 février. Elle y raconte son interminable captivité au coeur du Sahara. Mais maintenant, elle va vraiment bien, mieux que je pensais même, dit-elle. Et elle ne s'en veut pas, se pardonne. Elle estime qu'elle a appris à faire plus attention, à être plus calme et confiante. On fait tous des bêtises. Oui, j'ai peut-être été trop téméraire, mais tout est bien qui finit bien.

Je suis partie cet été dans l'Ouest, me ressourcer. On dirait que, depuis ce temps-là, je me sens mieux. Même presque plus forte. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, je suis rendue là.

Un état d'esprit qui tranche avec celui qui l'habitait à peine quelques mois plus tôt, au moment de son évasion. À ce moment-là, Edith et son compagnon italien, Luca Tacchetto, décident qu'ils doivent tenter le tout pour le tout et s'échapper, au risque d'y perdre la vie. Ils estiment alors leurs chances de s'en sortir à 10 %. On a fait un calcul, moi et Luca. On s'est dit 80 % de chances qu'ils nous rattrapent, 10 % de chances qu'on meure dans le désert.

Edith Blais se confie à Chantal Rivest, cheffe d'antenne à Radio-Canada Estrie.

Edith Blais se confie à Chantal Rivest, cheffe d'antenne à Radio-Canada Estrie.

Photo : Radio-Canada

Une décision de dernière minute en raison d'un visa

La décision de se rendre au Bénin s'est prise sur un coup de tête. Initialement, ce 15 décembre 2018, le couple d'amis devait quitter le Burkina Faso pour se rendre au Togo. Mais on n'avait qu'un visa de trois jours. On a décidé à la dernière minute d'aller au Bénin.

Il était tard le soir, on a manqué de temps pour aller sur [Internet] et voir la sécurité de la frontière. Et finalement, le parc W était réputé pour être dangereux.

Edith Blais

Cela se révélera, de l'avis même d'Edith Blais, une très grosse erreur. Sur la route, ils sont attaqués par six hommes armés de kalachnikovs. Des hommes partent avec la voiture, les autres poussent Edith et Luca dans les bois pour les cacher.

Au début, on ne pensait pas qu'on était kidnappés, se rappelle Edith. On pensait qu'ils voulaient nous voler, puis nous tuer. Jusqu'à ce que l'on comprenne que c'était des djihadistes qui nous avaient enlevés, et qu'il allait y avoir une demande de rançon.

Moi et Luca, on se regardait, et on s'est dit : "C'est fait". On se tenait la main, on attendait de voir ce qui se passait.

Edith Blais
La Canadienne Edith Blais et son ami Lucas Tacchetto.

Edith Blais, à droite, avec son compagnon Luca Tacchetto

Photo : Facebook

Des mois et des mois cachés

Les kidnappeurs passent les journées suivantes à les déplacer. Une fois le fleuve Niger traversé, Edith et son compagnon atterrissent entre les mains des Arabes du désert et poursuivent leur route à travers le Sahara. C'était de rester cachés. Surtout dans le désert. Ils nous faisaient de petits abris, et on devait rester couchés.

La chaleur est agressante. Même les mouches, elles sont toujours dans tes yeux et tes muqueuses. 24 heures sur 24. Avec le bruit. Tu as des épines partout. Ce n'est pas tout doux, le désert.

Edith Blais

Edith et Luca ont tenté la grève de la faim pour mettre fin à leur calvaire, parce qu'ils ne se voyaient pas rester les bras croisés et que les options étaient plutôt limitées. À partir du 20e jour, ils ont décidé de nous enlever l'eau. Et cela a duré cinq jours. On a recommencé à manger, parce que moi, je n'allais vraiment pas bien. Soit tu recommences à manger, soit tu te laisses dépérir.

Après des semaines de déplacement, Edith se fait dire qu'elle rentre au Canada. Un mensonge pour la séparer de son compagnon. Elle se retrouve sous une tente blanche avec trois autres femmes, dont Sophie Pétronin, qui sont sur place depuis plusieurs années. Sophie Pétronin est d'un soutien inestimable pour Edith, surtout dans les moments de désespoir, nombreux. On a toujours été là l'une pour l'autre, on s'est toujours tenu la main.

Je ne me souvenais pas d'avoir entendu des histoires qu'il y avait eu des sauvetages, souligne-t-elle. Moi, tout ce que j'entendais, c'est que ces personnes-là étaient là depuis des années et des années. Tu gardes un petit espoir, mais tu te dis : "Je suis dans la merde. Je vais peut-être finir ici."

Si le quotidien est parfois tolérable, la détresse peut facilement prendre le dessus.

Ma séparation avec Luca, cela a été très, très dur. J'ai eu de la misère à m'en remettre [...] et quand j'étais seule. J'ai été six mois toute seule. Cela, c'était à virer folle.

Edith Blais
Edith Blais.

Edith Blais

Photo : Radio-Canada

L'évasion

Des mois s'écoulent avant qu'elle ne retrouve Luca. Dans l'espoir d'être réunie avec lui, elle annonce à ses ravisseurs qu'elle se convertit à l'islam. Mais elle tergiverse longtemps avant de prendre ce chemin. Au début, je ne voulais pas mentir, par respect pour la religion, je respecte ça. Mais j'ai été poussée au pied du mur.

La stratégie s'avère gagnante. Les ravisseurs, croyant qu'ils sont mariés, acceptent de les réunir. Je pense que c'est ça qui nous a sauvés. Grâce à ça, on s'est fait remettre ensemble et on s'est sauvés.

Dès leurs retrouvailles, ils échafaudent un plan d'évasion. Ils récupèrent de l'eau de douche, pour s'abreuver pendant leur fuite, et fabriquent une paire de souliers de fortune pour Luca. La nuit de leur évasion, ils décident de se diriger vers l'ouest, espérant ainsi gagner la route reliant Kidal et Tombouctou.

Tu le fais un peu en désespoir, parce qu'il n'y a pas beaucoup de chances de réussir [...] Je pense que je n'ai pas respiré pendant une heure. Après, tu as une adrénaline, tu sens la liberté déjà. Tu as décidé de reprendre ta vie en main. Même si je n'étais libre qu'une nuit, tu étais libre.

Edith Blais
Edith Blais et Luca Tacchetto, souriants, sont accueillis par le MINUSMA.

Edith Blais est accueillie par l'ambassadeur canadien au Mali, Michael Elliott, lors de leur arrivée à Bamako, après 450 jours de captivité.

Photo : MINUSMA, la mission de l'ONU au Mali

La chance est finalement de leur côté. Ils marchent pendant près de 10 heures avant de tomber sur une grande route. Un camion de marchandises, allant vers Kidal, accepte de les prendre à bord.

Une fois, il y a un camion de moudjahidines qui est arrivé derrière, qui a fait tasser le camion. Le camion est allé sur le côté et ils ont discuté ensemble. Je pense que [le conducteur] a menti, parce qu'il savait, c'était trop évident... c'était écrit partout qu'on se sauvait. Et il nous a sauvés, se rappelle-t-elle en souriant.

Savoir aller de l'avant

Edith affirme qu'elle n'a pas été agressée physiquement par ses ravisseurs. Ils ont quand même une ligne droite. Ils ne dérogent pas de ce qu'ils croient être vrai et de ce que les chefs disent. Ils ne m'ont jamais abusée, ils ne m'ont pas frappée.

Elle fait même preuve d'une certaine clémence envers ses bourreaux.

C'est dur de leur en vouloir. Eux, ils sont convaincus. J'ai découvert que les hommes qui sont convaincus sont dangereux. Il n'y a pas de réflexion là-dedans. Ce qui est dit, ils le font.

Edith Blais

Edith admet que Luca et elle ont beaucoup souffert, mais elle se fait philosophe. Personne n'a de séquelles graves de cela.

Edith Blais.

Edith Blais

Photo : Radio-Canada

L'expérience aura même eu un effet catalyseur pour Luca, soutient Edith. Il avait des rêves qu'il a réalisés en arrivant chez lui, affirme-t-elle. Architecte de profession, il est devenu professeur d'arts et vit désormais dans les montagnes italiennes.

Est-ce que cette expérience a mis un frein aux désirs d'aventure d'Edith Blais? Loin de là. L'Afrique n'est plus dans ses cartons, mais il y a encore toute une planète à explorer. Quand la pandémie sera terminée, c'est sûr que j'aimerais repartir en voyage. Un bon voyage, qui se passe bien [...] J'aimerais aller visiter l'Amérique du Sud. C'est comme un sentiment de liberté que je peux seulement vivre dans ce type de voyage là.

Il n'y a rien qui m'arrête [en voyage]. C'est vraiment enivrant.

Edith Blais

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !