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Pourquoi les cours des producteurs de cannabis ont-ils grimpé en flèche?

Des fleurs de cannabis croient sous des lampes dans une usine de production.

Les titres des producteurs canadiens de cannabis ont connu de fortes hausses ces dernières semaines, sans lien avec leurs résultats financiers.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

C’est comme deux mondes parallèles. D’un côté, congédiements, fermetures et pertes financières émaillent les annonces des producteurs canadiens de cannabis depuis plusieurs mois. De l'autre, sur les marchés, les valeurs de leurs actions ont doublé et même parfois triplé depuis le début de l’année.

Le producteur ontarien Canopy Growth, par exemple, a annoncé mardi une perte financière de 829 millions de dollars au troisième trimestre 2021. Malgré ces mauvais résultats, son action a atteint le même jour son plus haut niveau en un an et demi.

Deux jours plus tard, le titre a perdu plus de 22 % en 24 heures.

C’est un très bon exemple du fait que les marchés ne reflètent pas toujours les éléments fondamentaux d’une industrie. Le cours des actions augmente parce que les investisseurs croient que certaines choses vont se passer et non pas parce qu’elles se sont passées, explique le journaliste spécialisé en industrie du cannabis au Marijuana Business Daily Solomon Israel.

Il ajoute que les hausses lui rappellent la spéculation qui a accueilli les semaines précédant la légalisation de la marijuana à usage récréatif au Canada.

Le court enthousiasme des petits investisseurs

Selon l’analyste en chef du marché canadien du cannabis à Deloitte, Rishi Malkani, une partie de la hausse fulgurante peut être attribuée au même phénomène qui a propulsé la valeur du titre du détaillant de jeux vidéo Gamestop.

Rishi Malkani devant un fond vert.

Rishi Malkani, associé responsable du secteur du cannabis chez Deloitte Canada.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Les noms d’entreprises canadiennes de cannabis, notamment Aphria et Tilray, se sont retrouvés sur le forum WallStreetbets de Reddit, ce qui a encouragé de petits investisseurs à acheter l’action.

En 4 jours, le titre du petit producteur albertain Sundial est ainsi passé de 1,13 $ américain à 2,95 $.

Mais déjà jeudi, les cours commençaient à perdre de la valeur encore plus brutalement qu'ils n'en avaient gagné.

Pour les entreprises, c’est surtout l’occasion de consolider leur bilan financier. Mais, au final, ce sont surtout les petits investisseurs qui sont perdants plutôt que les entreprises, indique M. Malkani.

Le pari d’une légalisation aux États-Unis

En plus de cette croissance purement spéculative, l’analyste souligne que les titres ont commencé à prendre de la valeur après les élections américaines.

Selon Solomon Israel, les victoires démocrates à la présidence et à la tête du Sénat font espérer une légalisation fédérale du cannabis. Au début du mois, trois sénateurs démocrates ont publié un communiqué conjoint soulignant leur volonté d'en faire une priorité.

Cela ne signifie pas qu’ils vont le faire. Mais pour les investisseurs qui spéculent, c’est un signe positif, explique M. Israel.

Des barres chocolatées, des emballages de bonbons et de biscuits, et des boissons colorées affichent toutes la mention « Cannabis ».

En attendant une légalisation fédérale aux États-Unis, les entreprises canadiennes investissent dans des partenariats pour vendre des boissons au cannabis ou des produits avec du CBD.

Photo : La Presse canadienne / Ed Andrieski

Les compagnies canadiennes se positionnent dans la perspective de cette légalisation. Canopy Growth a ainsi une offre conditionnelle d’achat de l’entreprise américaine Acreage en cas d’ouverture du marché américain aux producteurs canadiens.

Lors de la conférence téléphonique sur ses résultats trimestriels, le PDG de la compagnie David Klein a estimé qu'une légalisation était possible d’ici la fin de l’année.

L’entreprise Hexo vient également de nommer un directeur pour ses activités au sud de la frontière. 

Nous n’allons pas nous positionner, nous sommes déjà en position aux États-Unis, explique le PDG, Sébastien St-Louis. 

C’est certain qu’on ne peut pas contourner ce marché. Il est énorme.

Une citation de :Sébastien St-Louis, PDG d'Hexo

Le cofondateur de l’entreprise vise plutôt les marchés étatiques et ne voit pas de légalisation fédérale avant trois à cinq ans.

Le PDG d'Hexo, Sébastien St-Louis.

Le PDG d'Hexo, Sébastien St-Louis, pense que son entreprise a fait les changements nécessaires pour renforcer sa position dans le marché du cannabis.

Photo : Radio-Canada

Des fondamentaux encore fragiles

Sébastien St-Louis ne s’inquiète toutefois pas des hausses rapides du titre de l’entreprise. Selon lui, Hexo est encore sous-évaluée par les investisseurs au vu de changements effectués par l’entreprise au cours de la dernière année. 

On n’accumule plus d’inventaire, on a nettoyé notre bilan, on a continué à faire des progrès sur l’intensité de nos produits, explique M. St-Louis.

Les analystes sont un peu plus nuancés sur l’industrie du cannabis en général. La consommation continue d’augmenter, mais les producteurs ont encore du mal à écouler les énormes quantités cultivées.

Les entreprises commencent à cerner les envies des consommateurs, quelles tranches elles veulent attirer et comment le faire. C’est une période intense et on commence à voir des résultats positifs. Mais c’est un processus lent, explique M. Malkani.

Il s’attend à encore plusieurs mois de restructuration et d’adaptation, ce qui promet encore une période en montagnes russes dans le domaine de la Bourse.

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