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Itinérance et Autochtones : l’espoir renaît à Fort McMurray

Russell Cardinal, un itinérant métis de Fort McMurray dans une pièce.

Les centres de désintoxication ne sont pas adaptés aux besoins des itinérants autochtones, selon Russell Cardinal.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Après 43 ans dans la rue, Russell Cardinal se sent prêt à écrire un nouveau chapitre de sa vie, sans alcool, grâce à un projet unique de la Municipalité de Wood Buffalo offrant une aide aux itinérants autochtones, qui sont surreprésentés dans la région.

Chapeau de trappeur en fourrure sur la tête, Russell Cardinal se fait déposer en voiture par une amie. C'est un adepte de la débrouillardise. Sans entraide, le quinquagénaire ne serait plus en vie aujourd'hui.

J’ai commencé à boire quand j’avais 13 ans, mais, au fond, je suis né avec. L’alcool a toujours été dans ma vie, raconte l'homme qui a grandi dans la région de Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta.

Très tôt, l'alcool a fait des dégâts dans sa vie. Ça détruit ton foyer familial, tes relations, tes projets professionnels… Je ne souhaite ça à personne, dit Russell Cardinal.

Itinérant depuis ses 14 ans, il ne dort plus autant dans les rues qu’auparavant. Surtout en hiver, il profite de l’hospitalité de plusieurs personnes. Lorsque c’est nécessaire, Russell Cardinal connaît des escaliers à l’intérieur d’immeubles du centre-ville où il peut passer la nuit.

Pour vaincre son ennemi juré, l’alcool, il est passé par plusieurs centres spécialisés, mais pas adaptés, selon lui. C’était trop blanc. Ils te regardent de haut. Ils utilisent des formules de mots compliquées. Le rythme était trop rapide pour moi.

Pour et par les Autochtones

En janvier, le conseil municipal de Wood Buffalo a approuvé un financement de 1,1 million de dollars pour un nouveau projet de centre destiné aux Autochtones. 

Appelée Partenariat Priorité Logement Tawâw, bienvenue en cri, cette initiative sera le fruit d’un travail groupé entre trois associations à but non lucratif : Wood Buffalo Housing, Métis de McMurray et Wood Buffalo Wellness.

Le centre comprendra une partie logement, avec 14 appartements et 22 lits, ainsi que des bureaux consacrés à l’accompagnement des bénéficiaires. La prise en charge durera entre un et deux ans.

Le projet veut en finir avec la surreprésentation des Autochtones dans la population itinérante de la région de Wood Buffalo.

Selon le recensement de 2018, la Ville a estimé le nombre d'Autochtones à 7,1 %. Or, 59 % des itinérants sont Autochtones, dit Brian Fayant, responsable du futur programme auprès des Métis de Fort McMurray.

Brian Fayant, des Métis de Fort McMurray.

Les Autochtones itinérants sont une minorité dans la communauté, dit Brian Fayant, des Métis de Fort McMurray.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Une raison historique

Les membres de Premières Nations ont des communautés où ils peuvent aller pour trouver un logement, au besoin. Les Métis n’en ont pas, explique Bill Loutitt, directeur général des Métis de Fort McMurray. 

Quand le gouvernement a étudié la question de l'allocation de terres dans la région, en 1899, les Métis d'ici n’ont rien eu. C’est pour ça que nous avons des gens dans la rue. Ajoutez à cela que Fort McMurray est l'un des endroits les plus chers où vivre.

Brian Fayant apporte une précision : La majorité des lignes de piégeage ici étaient métisses. L’industrie [du pétrole et du gaz] a pris possession de ces terres. Beaucoup d’itinérants aujourd’hui sont d’anciens trappeurs qui, par le passé, vivaient dans leurs cabanes sur ces parcours.

Une statue d'autochtone dans une vitrine.

Les Métis ont vécu de la chasse et de la pêche pendant des siècles.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Pour sortir les itinérants autochtones de la rue, l’organisation Métis de Fort McMurray ne compte pas seulement offrir un logis. Il y aura un programme pour les aider à lâcher l’alcool et les drogues, pour les pousser à reprendre l’école, à trouver un travail, explique Brian Fayant.

C’est un moyen de lutter contre les stéréotypes tout en créant des occasions et de l'espoir.

Bill Loutitt, directeur général des Métis de Fort McMurray

La lumière au bout du tunnel

Près de 51 personnes, dont la moitié sont Autochtones, sont actuellement sur la liste d’attente pour un logement dans le nouveau centre, qui doit ouvrir au mois d'avril.

Cette nouvelle remplit Russell Cardinal d’espoir. Avec des Métis aux commandes, je me sentirai plus en confiance. Ce sera comme être en famille, dit-il.

Dans ces conditions, l’homme de 57 ans se sent prêt à arrêter l’alcool pour de bon et à enfin retrouver la magie à l’intérieur de lui.

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