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L’Histoire se répétera si Trump reste impuni, plaident les procureurs

Ted Lieu, debout, devant un micro, s'adressant aux sénateurs.

Ted Lieu est l'un des responsables de la mise en accusation qui ont pris la parole jeudi.

Photo : Associated Press / Télévision du Sénat

L'« absence de remords » dont a fait preuve Donald Trump après l'assaut du Capitole fait craindre la possibilité, bien réelle, que des événements comme ceux du 6 janvier se répètent s'il n'est pas sanctionné pour ses actions, ont averti les procureurs au deuxième et dernier jour de leurs plaidoiries d'ouverture, jeudi.

Citant tant l'ex-président Trump lui-même que ses partisans et même, accessoirement, Justin Trudeau et Voltaire, les responsables de la mise en accusation ont continué leurs efforts initiés la veille pour relier les points entre l'invasion du Capitole par des centaines de partisans de Donald Trump et la responsabilité directe du 45e président américain, accusé d'« incitation à l'insurrection ».

Un président qui n'a pas tenté de faire cesser l'attaque dès qu'elle a commencé, qui a tardé à agir, qui n'a pas envoyé de renforts à des policiers du Capitole débordés : les procureurs ont notamment insisté sur ce que n'a pas fait ou dit le 45e président américain pour mettre un terme à la violence.

Il avait le pouvoir d'arrêter cela, et il ne l'a pas fait, a résumé Joe Neguse.

Et il risque de le refaire si le Congrès ne lui barre pas la route, ont argué les démocrates.

Y a-t-il quelqu'un ici qui croit que Donald Trump cesserait d'inciter à la violence pour parvenir à ses fins?, a demandé Jamie Raskin, qui dirige l'équipe de mise en accusation.

Parieriez-vous la vie de plus de policiers sur cette question? Parieriez-vous la sécurité de votre famille sur cette question? Parieriez-vous l'avenir de votre démocratie là-dessus?, a-t-il poursuivi.

S'il revient au pouvoir et que cela se reproduit, nous n'aurons personne d'autre à blâmer que nous-mêmes.

Une citation de :Jamie Raskin, responsable en chef de la mise en accusation

Il y a un risque que des événements similaires se reproduisent s'il n'est pas tenu responsable, ont soutenu M.  Raskin et ses collègues, appelant les sénateurs à disqualifier Donald Trump pour ses actions.

Un éventuel verdict de culpabilité serait suivi d'un deuxième vote, qui, lui, pourrait interdire à Donald Trump de briguer de nouveau un poste électif.

Ted Lieu a par ailleurs rejeté les affirmations des avocats de la défense, qui attribuent la tenue du procès à la peur des démocrates d'affronter à nouveau l'ancien président républicain.

Je n'ai pas peur que Donald Trump se présente à nouveau dans quatre ans. J'ai peur qu'il se présente à nouveau et qu'il perde, parce qu'il peut de nouveau [inciter à de nouvelles violences].

Une citation de :Ted Lieu, responsable de la mise en accusation

Pas une seule fois il n'a condamné la violence des événements le jour même de l'assaut, a souligné Ted Lieu. Près de 30 heures se sont écoulées avant qu'il ne le fasse, a-t-il martelé.

Entre 16 h 17 et 18 h 01, demandant à ses partisans de rentrer chez eux, Donald Trump leur avait pourtant dit sur Twitter qu'il les aimait, puis avait invité les patriotes à se souvenir de cette journée pour toujours!

Devant des sénateurs républicains peu enclins à condamner Donald Trump, ils ont brandi, vidéos et déclarations à l'appui, les paroles de plusieurs républicains, notamment son ancien chef de cabinet, Mick Mulvaney, et des gouverneurs dénonçant ses paroles ou son inaction.

Ils ont également fait part des appels lancés par des républicains pour qu'il condamne la violence. Il est le seul qui peut y mettre un terme, avait par exemple déclaré publiquement l'ex-gouverneur Chris Christie.

Le représentant républicain Adam Kinzinger, un anti-Trump notoire, avait pour sa part souligné que Donald Trump avait pourtant l'habitude de se précipiter sur Twitter.

Seize des personnes de son administration, dont l'ex-secrétaire au Travail Elaine Chao (la femme de leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell), ont démissionné dans la foulée de l'assaut du Capitole, ont rappelé les responsables de la mise en accusation.

Il s'est par ailleurs passé trois jours après la mort d'un policier du Capitole avant que la Maison-Blanche ne mette en berne le drapeau américain, a aussi rappelé Ted Lieu. Donald Trump n'est même pas allé à la rotonde du Capitole, où était exposé le policier tué, pour lui rendre hommage.

Le président Trump n'a exprimé aucun regret pour l'insurrection violente de la semaine précédente au Capitole américain, a déclaré M. Lieu. Il est temps de dire que c'est assez.

Les procureurs ont signalé que le déploiement subséquent des forces de l’ordre avait coûté aux contribuables 480 millions de dollars.

Un blason à redorer

Un partisan de Donald Trump à l'intérieur du Capitole.

Un partisan de Donald Trump à l'intérieur du Capitole, portant un drapeau confédéré.

Photo : Reuters / MIKE THEILER

Diffusant des extraits de témoignages, les procureurs ont aussi rendu compte des effets traumatiques chez les membres du personnel du Capitole, qu'il s'agisse des équipes des élus, des employés des services de restauration ou de l'entretien.

Un policier noir du Capitole qui avait témoigné dans une entrevue qu'il avait été abreuvé d'insultes raciales avait terminé sa journée en pleurant.

David Cicilline a par ailleurs souligné que plusieurs des employés de l'entretien, qui ont été forcés de nettoyer les dégâts d'un assaut perpétré entre autres par des suprémacistes blancs, sont afro-américains et d'origine hispanique. Ils ont dû faire disparaître les traces de sang, de vitres brisées et même de merde sur les murs.

Donald Trump s'est choisi avant le peuple, avant nos institutions, avant notre démocratie, avant vous tous, a-t-il soutenu.

Les responsables de la mise en accusation ont d'ailleurs brandi la réputation des États-Unis, qui se présentent souvent au monde comme le modèle de la démocratie.

Un manifestant provoquant un policier.

Des centaines de manifestants pro-Trump avaient réussi à pénétrer dans le Capitole.

Photo : AP / Manuel Balce Ceneta

Un rapport commun des agences et des départements liés au renseignement, cité à plus d'une reprise par les procureurs, indique que des adversaires comme la Chine, la Russie et l'Iran se sont servis de l'assaut pour alimenter leur message critique à l'encontre des États-Unis.

Pour les adversaires de l'Amérique, il n'y a pas de plus grande preuve de la faillibilité de la démocratie occidentale que l'emplacement du Capitole américain enveloppé de fumée et assiégé par une foule fouettée par leur président qui ne veut pas partir.

Une citation de :Joaquin Castro, responsable de la mise en accusation

Nous ne pouvons pas les laisser utiliser ce qui s'est passé le 6 janvier pour définir ce que nous sommes et ce que nous défendons, a martelé M. Castro.

Il a aussi évoqué les réactions des alliés des États-Unis et a cité entre autres le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Nous avons assisté à une attaque contre la démocratie par de violents émeutiers, incités par le président [Trump] et d'autres politiciens, avait déploré M. Trudeau deux jours après l'assaut.

Les États-Unis sont la lumière qui donne de l'espoir aux personnes qui luttent pour la démocratie dans les régimes autocratiques, la lumière qui inspire les personnes qui se battent dans le monde entier pour les droits de la personne fondamentaux, a soutenu Joaquin Castro. Et ce procès est l'occasion de réagir et de renvoyer un message au monde.

Les émeutiers disaient agir sous l'ordre de Trump

Un homme barbu et un homme vêtu d'un costume Viking parlent à un policier.

Jacob Chansley, connu sous le nom de QAnon Shaman, fait partie des accusés.

Photo : Getty Images / Win McNamee

Les procureurs ont amorcé leur exposé en illustrant leurs arguments par les témoignages de partisans de l'ex-président qui ont participé à l'assaut du Capitole, disant se battre pour Trump.

Ils croyaient vraiment que toute cette intrusion se faisait sur ordre du président, et nous le savons parce qu'ils l'ont dit, a déclaré Diana DeGette.

Les procureurs ont diffusé des images filmées ce jour-là, notamment celles de plusieurs émeutiers qui se sont vantés de leur participation à l'assaut du Capitole sur les réseaux sociaux de droite.

On les entend dire, par exemple : Comme le président Trump a dit, montrez de la force ou Il ne réalise pas que c'est le président Trump qui nous a appelés?

Un autre crie à un policier : Nous avons été invités par le président des États-Unis!

Trump sera heureux, nous combattons pour lui.

Une citation de :L'un des manifestants

Les procureurs ont aussi fait référence à des documents déposés en cour par des procureurs et des avocats d'émeutiers qui font l'objet d'accusations.

Plusieurs avocats ont plaidé que leurs clients étaient là parce que Donald Trump le voulait.

L'un des accusés, Jacob Chansley, connu sous le nom de QAnon Shaman, était là à l'invitation du président, qui a dit de marcher sur l'avenue Pennsylvania avec lui, a ainsi affirmé son avocat.

Quatre ans de rhétorique sur le banc des accusés

Des nationalistes blancs participent à une marche aux flambeaux sur le terrain de l'Université de Virginie avant le rassemblement « Unir la droite » à Charlottesville, en Virginie.

Des nationalistes blancs participent à une marche aux flambeaux sur le terrain de l'Université de Virginie avant le rassemblement « Unir la droite » à Charlottesville, en Virginie.

Photo : Reuters / STEPHANIE KEITH

Puisant dans les archives, les procureurs ont aussi cherché à démontrer que la rhétorique utilisée par l'ancien président par le passé avait encouragé la violence.

Ils sont notamment revenus sur la marche de suprémacistes blancs à Charlottesville, en août 2017, qui avait mené à la mort d'une contre-manifestante. Vous aviez aussi des gens très bien des deux côtés, avait affirmé Donald Trump qui refusait de condamner spécifiquement les suprémacistes blancs.

L'équipe de mise en accusation a aussi exposé ses attaques contre la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, avant et après l'irruption dans le Capitole de l'État de manifestants armés opposés aux mesures de confinement mis en place pour juguler la pandémie de coronavirus, au printemps 2020.

Ils ont aussi rappelé ses commentaires après l'inculpation de miliciens de droite accusés d'avoir ourdi un complot d'enlèvement visant la gouverneure Whitmer.

Au lieu de me dire merci, elle me qualifie de suprémaciste blanc, s'était-il plaint sur Twitter.

Les procureurs ont ainsi montré des extraits d'allocution dans lesquels on entend Donald Trump applaudir ses partisans qui avaient réagi de façon musclée à des manifestants lors de rassemblements.

L'ex-président a même déjà retweeté une vidéo dans laquelle le fondateur d'un groupe appelé les Cowboys for Trump disait : Le seul bon démocrate est un démocrate mort, ont indiqué les procureurs. Il avait aussi écrit : Merci, Cowboys. Je vous verrai au Nouveau-Mexique!, puis l'avait subséquemment convié à la Maison-Blanche.

La présentation des procureurs, qui a commencé vers midi pour prendre fin peu avant 16 h 30, a mis un terme à leurs plaidoiries d'ouverture. Ils ont donc pris beaucoup moins de temps que les 16 heures qui leur étaient allouées sur deux jours.

Selon le Washington Post, il y a un moment, jeudi, où au moins 18 sénateurs républicains sur 50 n'étaient pas à leur bureau pendant les plaidoiries des procureurs.

Mercredi, vidéos et tweets à l'appui, ces derniers avaient posé les assises de leur argumentation : pendant des mois, Donald Trump, à coups de mensonges et de déclarations incendiaires, a amené ses partisans à rejeter la légitimité de l'élection, une contestation qui a culminé par l'assaut du Capitole.

Argumentation préventive et élus républicains à la rescousse

Les procureurs ont aussi abordé les arguments qu'entend avancer la défense dès vendredi, notamment celui de la liberté d'expression garantie par le premier amendement.

Les démocrates ont fait valoir que près de 150 constitutionnalistes avaient estimé cet argument juridiquement frivole.

Le président Trump n'était pas un homme quelconque exprimant des opinions politiques qui s'est présenté à un rassemblement le 6 janvier et a tenu des propos controversés. Il est le président des États-Unis, a déclaré Joe Neguse. Ce n'est avancé que pour éviter d'aborder le fond de la question, a-t-il dit.

Ted Lieu a pour sa part rejeté l'allégation de la défense sur un processus précipité : ce n'était pas un dossier complexe nécessitant une longue enquête, le vote de mise en accusation a été bipartisan et la Constitution confère à la Chambre le droit de décider comment procéder, a-t-il argué.

Les avocats de l'ex-président, qui se sont montrés peu préparés lors du débat de mardi sur la constitutionnalité de la procédure, présenteront à leur tour, vendredi, leurs plaidoiries d'ouverture devant une masse critique de jurés déjà acquis à leur cause.

Visiblement soucieux de la défense qu'ils offriront cette fois, trois sénateurs républicains, Ted Cruz, Mike Lee et Lindsey Graham – tous avocats – les ont rencontrés après les plaidoiries des démocrates. Ted Cruz a même admis qu'il avait été question de stratégie.

Il n'y a là rien d'inapproprié, a affirmé l'un des avocats à CNN.

Les sénateurs font pourtant le serment de rendre une justice impartiale conformément à la Constitution et aux lois.

David Schoen, brandissant une copie du Petit Livre rouge de Mao devant les sénateurs.

David Schoen, brandissant une copie du Petit Livre rouge de Mao devant les sénateurs.

Photo : Reuters / Télévision du Sénat

La défense ne devrait utiliser qu'une seule des journées qui lui sont imparties, d'après le Washington Post. Le quotidien avance même que le procès pourrait se terminer dès dimanche, une pause étant prévue samedi.

Un verdict de culpabilité, hautement improbable, requerrait l'appui des deux tiers des 100 sénateurs, soit 67. Il faudrait donc que 17 républicains se joignent aux 50 démocrates pour que se concrétise le scénario d’une destitution.

Or, avant même que ne débute le procès, bon nombre de républicains ont annoncé leurs couleurs.

Mardi, les sénateurs ont jugé le procès constitutionnel à 56 voix contre 44 après avoir entendu l'exposé des procureurs et des avocats de l'ex-président; seuls six républicains se sont joints aux démocrates.

Tout cela laisse présager que bon nombre de républicains rejetteront le chef d'accusation retenu en invoquant des arguments procéduraux sans avoir à se prononcer sur la culpabilité de celui auquel ils sont restés soudés pendant plus de quatre ans.

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