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L'Afrique, un terreau fertile pour les églises du Nord de l'Ontario

À l'occasion du mois de l'histoire des Noirs, Ici Radio-Canada Ontario se penche sur l'arrivée massive de prêtres étrangers venus pallier la pénurie de curés en sol canadien.

Quatre prêtres dans un dessin animé

L'abbé Richard Ngoy et l'abbé Henri Touaboy sont venus en renfort de l'Afrique pour évangéliser notre Église. Un soupir de soulagent pour Monseigneur Poitras qui compte du sang neuf.L'abbé Jean-Chrysostome Zoloshi, prêtre de Montréal, originaire d’Afrique, est coresponsable de la formation donnée, à Ottawa, pour aider à l’intégration des prêtres venant d’ailleurs.

Photo : Radio-Canada

Le diocèse de Timmins, dans le Nord de l’Ontario, compte 7 prêtres d’origine africaine, soit la moitié de ses effectifs. À travers les témoignages de ceux qui sont aux premières loges de ce virage, voyez comment ils ont pris leur place dans leur terre d'accueil.

Quatre membres du clergé ont accepté de répondre aux questions de notre fureteur nord-ontarien:

  • Monseigneur Serge Poitras : originaire de Jonquière au Québec, il a travaillé avec le cardinal Marc Ouellet à la Congrégation des évêques au Vatican entre 2010 et 2012. Depuis 2012, il est l’évêque responsable du diocèse de Timmins, en Ontario.
  • L’abbé Jean-Chrysostome Zoloshi : après avoir obtenu sa citoyenneté canadienne, il devient en 2001 le premier prêtre africain ordonné à Montréal.

    Le prêtre congolais est aussi coresponsable du programme Embarquer dans l’Église du Québec, une formation offerte par le Collège universitaire dominicain aux prêtres et agents de pastorale venus d’ailleurs.
  • L’Abbé Richard Ngoy : débarqué au Canada en juin 2001 pour étudier en théologie au Collège universitaire dominicain à Ottawa. Il est prêtre à la paroisse Notre-Dame de la paix à Timmins et un fier citoyen canadien depuis 2019.
  • L’Abbé Henri Touaboy : tout droit arrivé de la République centrafricaine il y a 20 ans, il est aujourd’hui prêtre à la paroisse Saint-Joachim à Porcupine, une banlieue de Timmins.

Ordonné en 1973, Monseigneur Poitras a vu de très près l’évolution du clergé au fil des ans. Il se souvient encore des premiers pas du virage noir au sein de l’église au Canada.

Mgr Serge Poitras : Je peux me souvenir quand j’étais un jeune servant de messe. Il y avait une entente entre les évêques africains et les évêques du Canada. On demandait que des séminaristes africains soient formés au Canada.

Une chose qu’ont faite l’abbé Henri Ngoy et l’abbé Henri Touaboy. Ils ont fait leurs études ensemble sur les bancs d’école du Collège universitaire dominicain à Ottawa. Un juste retour du balancier pour eux.

L’abbé Henri Touaboy : Il y a un moment, c’était les missionnaires du Canada qui partaient nous évangéliser (en Afrique) . Il n’y avait pas de prêtre africain. Ils ont formé les prêtres africains.

Un prêtre donne un sermon.

Père Henri Touaboy s'inspire grandement des paroissiens de Porcupine. Plusieurs montent les marches de l'Église en marchette. C'est l'une des choses qui l'apporte à toujours offrir son meilleur pour ses fidèles.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Moi qui vous parle, j’ai été formé par des Canadiens. C’est à notre tour de faire de cet acte de générosité au moment où les diocèses canadiens ont des difficultés à former des prêtres.

Ils ont une très bonne formation intellectuelle ces prêtres-là. Ils ont fait de hautes études, ils parlent un excellent français et leur théologie est très bonne. C'est un enrichissement pour nous. C'est loin d'être des prêtres à rabais.

Une citation de :Mgr Serge Poitras, évêque du diocèse de Timmins

L’abbé Jean-Chrysostome Zoloshi : Le sacerdoce est un don reçu. Un appel au service des autres et de l’Évangile. Le prêtre ne s’invite pas lui-même au sacerdoce. C’est Jésus qui appelle et c’est l’évêque qui ratifie cet appel et l’authentifie.

Père Richard Ngoy est l'un des premiers prêtres d'outre-mer à être arrivé dans le Nord de l'Ontario.

Celui qui exerce ses fonctions à la paroisse Notre-Dame de la Paix de Timmins nous raconte comment il a reçu cet appel.

L’Abbé Richard Ngoy : En République démocratique du Congo, la plupart des prêtres vont suivre la formation en Europe pour se spécialiser davantage en théologie. Il y a un prêtre qui est venu ici au Canada et il a trouvé que c’était une bonne façon d’étudier.

C’est ainsi qu’il a proposé à mon évêque [de me faire] venir au Canada, vivre une autre expérience, non seulement une expérience pastorale, mais aussi sociétale. Je suis arrivé en 2001 pour finir mes études que j'ai poursuivies jusqu'en 2004.

Mgr Paul Marchand, [le prédécesseur de Mgr Poitras] m’a offert un ministère à New Liskeard comme je me cherchais un ministère à temps plein.

Comme je suis religieux, ça prend la permission de mon supérieur au Congo. Et finalement, je me suis dirigé dans le Nord de l’Ontario.

Le successeur de Mgr Marchard fait son recrutement en allant directement à la source.

Mgr Serge Poitras: Comme Mgr Marchand a défriché le terrain, c’est plus facile. J’ai une entente avec les Pères franciscains du Congo. Quand on a besoin d’un prêtre, je demande au supérieur.

Quatre prêtres.

Monseigneur Poitras estime que les prêtres africains apportent un souffle nouveau. Comme ils sont jeunes, ils ont l'énergie pour jouer au ballon avec les écoliers dans les paroisses.

Photo : Radio-Canada / Montage: Camile Gauthier

C’est extrêmement compliqué maintenant avec la bureaucratie de faire venir quelqu’un alors [...] ils doivent rester deux ou trois ans.


Ajouter sa couleur pendant les messes

Un monde sépare la célébration eucharistique en Afrique et au Canada. Les églises nord-ontariennes sont bondées de baby-boomers, alors que la moyenne d’âge en sol africain est de 20 ans.

Les messes africaines sont aussi beaucoup plus longues et le rythme ressemble plus à un concert.

L’abbé Richard Ngoy: C’est ce qu’on appelle le choc culturel. Le rythme et l’ambiance au Canada sont beaucoup plus tranquilles. Chez nous, on a mis notre propre culture; la joie de célébrer, la danse liturgique et des chants plus « pépés ».

Une messe, comme on dit c’est une Action de grâce; un merci à Dieu, c’est une fête. Lorsqu’on est à la fête, on doit danser.

Un curé derrière l'autel de son église.

Père Richard aimerait ajouter plus de musique pour faire danser les paroissiens, mais il n'a pas les compétences musicales pour le faire.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Les évêques donnent-ils leurs avals pour que les prêtres apportent leur signature? Une question que nous avons posée au responsable du diocèse pour lequel le père Richard œuvre.

Mgr Serge Poitras: Dans les dernières célébrations diocésaines, je leur ai demandé de chanter un chant dans la langue de leur pays; le lingala.

On ne comprend pas un mot, mais ils disent les paroles avant pour savoir de quoi il est question. Les gens sont émerveillés par la beauté du chant qu’ils font. Ce sont de belles mélodies qui aident la prière.

L’abbé Jean-Chrysostome Zoloshi est en contact avec des diocèses aux quatre coins de l’Afrique afin de faciliter l'arrivée des prêtres sur le continent nord-américain.

Le père Jean-Chrysostome, qui a animé le Jour du Seigneur à Radio-Canada, s'assure que les prêtres ne seront pas dénaturés en faisant la traversée de l'Atlantique, mais qu'ils auront besoin d’une formation pour faciliter leur intégration dans la culture d’accueil.

L’abbé Jean-Chrysostome Zoloshi: C’est sûr qu’ils viennent avec leur culture et leur identité. On ne va pas extraire cela même si on leur dit voici le peuple que vous venez retrouver.

Ici à Montréal, j’ai été curé de paroisse avant de travailler dans l’administration. On a introduit les messes jeunesse. On faisait des messes à l’extérieur avec guitare, tam-tam et une chorale bien organisée.

Pour arriver là, il a fallu un entraînement, doucement pour que les gens puissent embarquer. On a commencé par un petit chant, une seule chose, au début, on en a intégré une deuxième, pour finir par une célébration enjouée.


Gravir les échelons du clergé

Après la mort de Georges Floyd, l'inégalité envers les Noirs a refait surface dans notre société. Au sein de l’Église catholique, est-ce que les prêtres venus d’outre-mer peuvent eux aussi aspirer au poste plus important?

L’abbé Jean-Chrysostome Zoloshi: Pour le moment il y a quand même dans certains diocèses du Canada, des prêtres d’origine africaine qui sont vicaires généraux ou qui sont chanceliers.

Vicaire général, ça veut dire tout de suite après l’évêque. Dans le diocèse de Gatineau, le vicaire général est d’origine africaine tout comme à Saint-Jérôme au Québec.

Mgr Serge Poitras: Je viens de nommer le père Henri [Touaboy] comme chancelier du diocèse parce qu’on avait besoin de quelqu’un qui s’occupe de tous les dossiers canoniques du diocèse. C’est possible d’avoir de hautes fonctions.

Un évêque serre la main du pape.

Le 27 septembre 2015, le pape François serre la main de Monseigneur Poitras à la Rencontre mondiale des familles qui réunit à Philadelphie des évêques du monde entier.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Et quand sera nommé le premier évêque noir au Canada?

Deux facteurs font en sorte que cette course vers l'épiscopat est freinée par la bureaucratie.

L’abbé Jean-Chrysostome Zoloshi: D’abord, il faut être incardiné à ce diocèse. Il faut être citoyen canadien pour monter dans les échelons.

Je ne vois pas comment un non-citoyen canadien deviendrait gouverneur général ou qui deviendrait premier ministre au Canada. Aux États-Unis, il faut être né dans ce pays pour être président américain.

Père Richard répond à un seul des facteurs. Il ne lui manque plus que l’incardination.

Être nommé évêque de Timmins est une chose qui ne lui traverse même pas l’esprit. Il envisage peut-être de retourner au bercail à sa retraite.

Le Timminois d’adoption parle encore quotidiennement avec son évêque au Congo. Père Henri ne rêve pas non plus au plus haut de la hiérarchie de l’Église catholique.

Père Henri Touaboy: Quelles que soient les conditions, moi, je suis dans une congrégation missionnaire. Je ne suis pas un diocésain. Notre vocation, c’est la mission. Se rendre dans le monde entier.

Si je n’étais pas au Canada et que j’étais rentré au pays, je serais quelque part en Chine, en Afrique du Sud, quelque part dans le monde pour la mission de Jésus-Christ.

Au Vatican, plusieurs Noirs ont réussi à atteindre de très hautes marches. Avant que le cardinal Marc Ouellet soit nommé à la tête de la Congrégation les évêques, Bernardin Gantin du Bénin occupait ce siège. Robert Sarah, le préfet actuel pour les cultes divins, vient de la Guinée.

Ne manquez pas demain le deuxième reportage de cette série : s’intégrer à la culture canadienne comme prêtre noir.

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