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Myanmar : la mobilisation se poursuit contre le coup d'État, Biden annonce des sanctions

Joe Biden

Le président Joe Biden a annoncé des sanctions contre la junte militaire au Myanmar.

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Agence France-Presse

Les Birmans descendaient jeudi pour une sixième journée de suite dans les rues contre le coup d'État qui a renversé Aung San Suu Kyi, tandis que Washington a annoncé des sanctions contre la junte.

La peur des représailles est dans tous les esprits, deux jours après l'usage de la force par la police qui a fait plusieurs blessés, dont deux dans un état grave. Une jeune femme a reçu une balle dans la tête et sa situation est critique.

Plus de 200 personnes, dont des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, ont été interpellées depuis le putsch du 1er février, d'après une ONG d'aide aux prisonniers politiques.

Malgré cela, des manifestants commençaient à se rassembler jeudi matin pour exiger la libération des personnes détenues, la fin de la dictature et l'abolition de la constitution de 2008, très favorable à l'armée.

N'allez pas au bureau!, a scandé un groupe de protestataires devant la banque centrale du Myanmar à Rangoon, la capitale économique, répondant aux appels à la désobéissance civile lancés dès les premières heures qui ont suivi le coup d'État.

Nous manifesterons jusqu'à ce qu'Aung San Suu Kyi [ex-cheffe de facto du gouvernement civil] et Win Myint [ex-président de la République] soient libérés, a déclaré à l'AFP un employé de la banque. Des rassemblements se tenaient dans plusieurs autres villes du pays, comme à Mandalay.

L'escalade de la violence contre les manifestants a été condamnée à l'international.

Biden annonce des sanctions

Le président américain Joe Biden a dévoilé mercredi que son administration réduisait l'accès des généraux birmans à 1 milliard de dollars de fonds aux États-Unis et allait dévoiler de nouvelles sanctions dans la semaine. Un signal fort, pour l'analyste politique basé au Myanmar, Richard Horsey.

J'appelle une nouvelle fois l'armée à libérer immédiatement tous les dirigeants politiques élus démocratiquement et les activistes, a ajouté Joe Biden. Le Myanmar est son premier dossier diplomatique majeur depuis son élection.

L'Union européenne pourrait aussi prendre de nouvelles sanctions, a dit Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne.

Elles pourraient viser le chef de l'armée Min Aung Hlaing, auteur du putsch, et d'autres généraux. Ils font déjà l'objet de mesures de rétorsion depuis les exactions des militaires contre la minorité musulmane rohingya en 2017.

Les puissants conglomérats contrôlés par l'armée pourraient être également ciblés, les sanctions les visant ayant été levées pendant la fragile parenthèse démocratique de 10 ans, refermée brutalement par le coup d'État.

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU va tenir vendredi une session extraordinaire sur les événements. La position de Pékin et de Moscou, soutiens traditionnels de l'armée birmane aux Nations unies, sera scrutée de près.

Depuis le 6 février, les Birmans descendent par centaines de milliers dans les rues.

Ce vent de contestation est inédit depuis le soulèvement populaire de 2007, la Révolution de safran menée par les moines et violemment réprimée par les militaires.

Les foules étaient moins importantes ces derniers jours. Les autorités ont interdit depuis lundi soir les rassemblements de plus de cinq personnes à Rangoon, Napypidaw, la capitale administrative, et dans d'autres villes, et ont décrété un couvre-feu.

Le risque de répression est réel dans le pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Un manifestant portant un portrait.

Une manifestation à Yangon

Photo : Reuters / STRINGER

Poursuite des arrestations

De nouvelles arrestations ont eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi, dont celle du vice-président de la chambre basse du parlement et d'un proche d'Aung San Suu Kyi.

Les militaires avaient déjà porté un nouveau coup à la LND en menant un raid mardi soir contre les locaux de la formation à Rangoon.

Le rapporteur spécial des Nations unies pour le Myanmar, Tom Andrews, a condamné l'usage de la force. Ils ne peuvent pas voler l'espoir et la détermination d'un peuple, a-t-il écrit.

L'armée conteste la régularité des législatives de novembre, remportées massivement par la LND même si des observateurs internationaux n'ont pas constaté de problèmes majeurs.

En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d'Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution.

Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité lors des exactions contre les Rohingyas, la lauréate du prix Nobel de la paix, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays.

Elle serait en bonne santé, assignée à résidence à Naypyidaw, d'après son parti.

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