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Le développement des CPE « ne fonctionne plus », admet le ministre Lacombe

Sur les 15 000 nouvelles places annoncées il y a deux ans par Québec, près de 10 000 connaissent des retards dans la réalisation.

Une éducatrice leur parle.

Des enfants jouent dans un CPE.

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, admet qu'il est arrivé au bout de ses capacités à développer le réseau des centres de la petite enfance (CPE). Une réforme en profondeur s’impose, selon lui.

M. Lacombe fait cet aveu alors que la liste d’attente compte près de 50 000 enfants et que des directeurs de CPE abandonnent leur projet de créer de nouvelles places, car ils sont excédés par la bureaucratie au ministère.

Je vous le dis honnêtement, ça ne fonctionne plus! La façon dont on développe le réseau, ça ne fonctionne plus, nous confie le ministre.

J'ai fait tout ce que je pouvais, mais force est de constater que ce n’est pas assez. Il va falloir qu'on fasse des changements dans la façon dont on développe notre réseau.

Une citation de :Mathieu Lacombe, le ministre de la Famille

Des directeurs de CPE conviennent aussi que la création des places ne pourra pas se poursuivre dans des conditions aussi difficiles.

Isabelle Simard fait partie de ceux qui ont dû jeter l'éponge. On se perd dans la bureaucratie du début à la fin. C’est vraiment beaucoup d’efforts et de batailles avec notre propre ministère, qui devrait pourtant être un allié.

Après des années à essayer de concilier toutes les contraintes, son conseil d’administration a informé le ministère qu’il ne voulait plus développer les places qu’on lui avait garanties et a choisi de les redonner.

Ce cas est loin d’être unique. Radio-Canada a appris que 2127 places ont été retournées au ministère par des CPE découragés.

Pierre-Philippe Foucher, de son côté, a réussi à achever le processus pour agrandir son CPE à Trois-Rivières. Il se compte chanceux d’avoir pu surmonter les obstacles administratifs, comparativement à plusieurs de ses collègues qui ont répondu à des appels de projets en 2011 et qui font des pieds et des mains pour les mener à terme depuis 10 ans.

C'est des embûches par-dessus des embûches. Ils se font dire oui, se font dire non, avancent de deux pas, reculent de quatre, explique M. Foucher.

Le ministère de la Famille, une tour de Babel

Selon l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), il faut franchir 17 étapes pour ouvrir une garderie. Obtenir et envoyer tous les formulaires devient une épreuve, à l’image des Douze travaux d’Astérix.

La directrice générale de l'AQCPE, Geneviève Bélisle, cite en exemple un cas de Drummondville : La pépine était rendue sur le terrain pour creuser. Tous les papiers étaient signés. Il manquait une lettre seulement, mais les fonctionnaires n'étaient pas en mesure de l’envoyer avant deux mois. Souvent, les municipalités ont donné des terrains, mais on est pris dans les dédales administratifs.

En février 2019, le gouvernement annonçait des mesures pour accélérer le développement de places. Entre autres, la réalisation devait se faire en 24 mois et les règles budgétaires avaient été assouplies.

Les montants octroyés ne correspondent toujours pas à la réalité, selon Mme Bélisle.

Il faut toujours retourner à la table à dessin et couper. On est rendus qu'on coupe sur le nombre de toilettes, sur le nombre de lavabos, sur les vestiaires, on va clôturer seulement la moitié d’une cour. On a un intérêt à développer des places. Je sens que le ministre veut les développer, mais on a des enjeux très pratico-pratiques.

Une citation de :Geneviève Bélisle, la directrice générale de l'AQCPE

L’AQCPE est en train de mettre sur pied un bureau de projet pour aider ses membres à traverser toutes les étapes.

Seulement 2000 places achevées

Il s'adresse aux journalistes.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

Photo : Radio-Canada

Si le ministre considère qu’on ne peut pas faire de compromis sur les fonds publics, il admet tout de même que son ministère peut ressembler à une tour de Babel.

Sur le développement des 15 000 nouvelles places annoncées il y a deux ans, près de 10 000 connaissent des retards dans la réalisation. Mathieu Lacombe a bon espoir que les dossiers seront réglés cette année, même si seulement 2022 places ont été achevées à ce moment-ci.

Il faut se donner de nouveaux outils. Le véhicule est au maximum. On ne peut pas peser plus sur l'accélérateur. Peut-être que notre modèle 1997, qui date du début du réseau, est dû pour être changé, affirme le ministre Lacombe.

Il n’est cependant pas en mesure d’indiquer quelles solutions il envisage. D’autant plus que des centaines de milieux de garde familiaux ont fermé leurs portes durant la pandémie, accentuant encore plus la pression sur le réseau.

Selon moi, on doit faire une réforme complète du processus, conclut Isabelle Simard.

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