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Le malheur de son idole lui permet de réaliser son rêve d’enfance

Le chanteur Tabu Ley Rochereau a demandé à Jean-Pierre Busé de diriger son orchestre.

Jena-Pierre Busé, à droite, est monté sur scène avec son idole, Tabu Ley Rochereau, à Montréal en 1996.

Jena-Pierre Busé, à droite, est monté sur scène avec son idole, Tabu Ley Rochereau, à Montréal en 1996.

Photo : Luka Mambo

Jean-Pierre Busé Mosongela, dit J.P. Busé, est âgé de 10 ans lorsqu’il commence à interpréter les chansons de son idole, le chanteur congolais Tabu Ley Rochereau, premier Africain à jouer dans la salle mythique de l’Olympia de Paris.

Rochereau, de son vrai nom Pascal Emmanuel Sinamoyi Tabu, est présenté par J.P. Busé comme l’un de ceux qui ont révolutionné la musique congolaise et africaine.

C’est lui qui a [popularisé] la batterie dans la musique congolaise, explique l’artiste d'origine congolaise. Tabu Ley Rochereau a aussi développé le style soukous en République démocratique du Congo. Le soukous est une variante de la rumba congolaise caractérisée par une deuxième partie plus mouvementée de la chanson.

En septembre 1996, il affirmait à Radio-Canada que c’est la ville de Montréal qui l’a inspiré à développer ce style après son passage à l’Exposition universelle de 1967.

« C'est la ville de Montréal qui m’a inspiré à faire le soukous. Je devais jouer à la place de la jeunesse et c’est à ce moment-là que j’ai senti le besoin de faire bouger le public. (...) Au retour je suis allé à Abidjan et c’est là que j’ai développé mon style du soukous. »

— Une citation de  Tabu Ley Rochereau, chanteur congolais

L’artiste a rendu hommage aux deux villes dans sa chanson Bel Abidjan.

Jean-Pierre Busé, lunette aux yeux et casquette sur la tête.

Jean-Pierre Busé a habité à Toronto de 1998 à 2013.

Photo : Jean-Pierre Busé Mosongela

Comme plusieurs chanteurs de sa génération, c’est en écoutant et en jouant des chansons de Tabu Ley que M. Busé améliore sa façon de chanter. Avec mon frère aîné, un prêtre catholique qui était aussi le chef de notre chorale, on s’isolait dans un coin de la paroisse, lui jouait du piano pendant que moi j'interprétais Tabu Ley, confie-t-il.

Durant ses années au sein de Zaiko Langa Langa, l’un des groupes de musique les plus populaires de la République Démocratique du Congo et de l’Afrique, J.P. Busé n’a jamais eu l’opportunité d'échanger longuement avec son idole ni de jouer sur la même scène avec lui.

Mais son rêve de faire une vraie rencontre avec Tabu Ley Rochereau se concrétise en 1996 lorsque ce dernier arrive au Canada pour une série de spectacles à Montréal et à Ottawa. Lorsque Tabu Ley arrive à l'aéroport à Montréal, le visa d’entrée lui a été refusé pour certains de ces musiciens. Ce qui était un coup dur pour lui, car il avait voyagé avec un nombre restreint d’artistes, raconte Jean-Pierre Busé.

Pour combler le vide laissé par ses musiciens interdits de séjour au Canada, celui qu’on appelait aussi Seigneur Ley contacte J.P. Busé, qui a du mal à réaliser ce qui lui arrive.

« Il m’a appelé et m’a dit : JP, c’est moi le Seigneur Tabu Ley. Je croyais que c'était un de mes amis qui blaguait. Il a insisté et j’ai reconnu sa voix. Il m'a expliqué ce qui lui était arrivé et m’a dit que je devrais le rencontrer pour que l’on répète. C’était comme dans un rêve.  »

— Une citation de  Jean-Pierre Busé

C’est en rencontrant Tabu Ley à son hôtel que M. Busé confirme que celui avec qui il a parlé plus tôt était bel et bien Tabu Ley Rochereau : je suis allé à son hôtel, il m'a montré le répertoire et nous avons longuement discuté. J’ai réalisé alors que j’étais bien en face de l'icône Tabu Ley.

En plus de chanter aux côtés de Tabu Ley, J.P. Busé a également recruté d’autres musiciens africains et caribéens de Montréal qui ont accompagné Rochereau pendant ses deux performances.

Tabu Ley Rochereau tout sourire sur scène.

Tabu Ley Rochereau, icône de la musique africaine.

Photo :  Capture d’écran - Facebook / TABU LEY Forever / Page Facebook TABU LEY Forever

Après les deux spectacles, J.P. Busé confie que Tabu Ley Rochereau lui avait suggéré de prendre les destinées de son orchestre Afrisa International car il avait levé l’option de s’engager dans la politique après la chute de l’ancien président congolais Mobutu. Ayant refusé cette offre, JP.. Busé révèle qu’il a regretté sa décision après la mort de Tabu Ley Rochereau à Bruxelles à l’âge de 73 ans.

Lorsque j’ai vu les obsèques qui lui étaient rendues au Congo, j’ai réalisé que j’avais raté l’opportunité de reprendre le groupe d’un géant , dit-il.

Plus de mille chansons composées

La photo de Tabu Ley Rochereau sur une pochette d'un de ses albums.

Tabu Ley Rochereau a été vice-gouverneur de la ville de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.

Photo :  Capture d’écran - YouTube - Syllart Records / Capture écran YouTube-Syllart Record

D'après J.P. Busé, Tabu Ley a composé des milliers de chansons. Certaines sources avancent le chiffre 2000. Tabu Ley était une machine à chansons. C’est le musicien congolais qui a composé le plus de chansons. Il est inégalable jusqu’à maintenant, affirme J.P. Busé.

L’ancien de Zaiko Langa Langa s'étonne même de la capacité d’improvisation de Tabu Ley Rochereau. Il improvisait dans le studio. Tu parles à Tabu Ley d’un problème, il te crée une chanson du coup. Parfois lorsqu’il s’ennuyait, il s’enfermait au studio et demandait à son guitariste de jouer n’importe quoi. Dès qu’il commençait à chanter, tout coulait, selon M. Busé.

La femme et l’amour

Mbilia Bel avec le sourire.

La chanteuse Marie-Claire Mboyo Moseka connue sous le nom de Mbilia Bel.

Photo :  Capture d’écran - Facebook / Mbilia Bel / Page Facebook Mbilia Bel

La femme occupe une place importante à la fois dans le répertoire de Tabu Ley Rochereau ainsi que dans sa vie personnelle. Il aimait bien chanter l'amour, mais surtout la femme congolaise et africaine. Yamba Nga, embrasse-moi, une de ses chansons est jusqu’à présent une chanson culte pour célébrer les mariages en République démocratique du Congo, dit J.P. Busé. 

Le Canadien explique que Tabu Ley Rochereau a introduit des danseuses dans des groupes musicaux de rumba congolaise moderne. Il s’est inspiré des Claudettes du chanteur français Claude François et a créé un groupe de danseuses appelé Les rocherettes. En plus de donner la place aux danseuses, Tabu Ley Rochereau a permis aussi à plusieurs artistes femmes de se faire un nom au sein de la musique congolaise, c’est le cas notamment de la chanteuse Mbilia Bel, devenue l’une des vedettes de la musique africaine.

Parmi plusieurs dizaines de ces enfants, certains sont devenus aussi des vedettes de la chanson, c’est le cas du rappeur franco-congolais Youssoupha.

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