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Lutter contre le racisme selon l'athlète de rugby et militante Pamphinette Buisa

Des intervenants de la communauté noire en Colombie-Britannique partagent avec nous leur réalité dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs.

Pamphinette Buisa sourit lors d'une manifestation.

Pamphinette Buisa participe à une manifestation à Victoria en soutien au mouvement Black Lives Matter.

Photo : Mike Graeme

Camille Vernet
Marylène Têtu

Le décès de l’américain George Floyd et la dénonciation de divers cas de brutalité policière en Amérique du Nord, dont le cas de Jamiel Moore-Williams à Vancouver, ont entraîné un important mouvement d’appui à la communauté noire. Mais est-ce un éveil durable? L'athlète canadienne de rugby Pamphinette Buisa, établie à Victoria, nous dit comment elle entrevoit l'avenir et la mise en place d'une société plus inclusive et plus diverse.

Deux athlètes lors d'un match de rugby.

Buisa, à gauche, avait espéré participer aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020 avec l'équipe féminine de rugby du Canada.

Photo : RugbyCanada/Twitter

Comment peut-on améliorer les relations entre les diverses communautés en Colombie-Britannique pour être plus inclusifs?

Pamphinette Buisa (P. B.) : Le Dr Brian Weiss a utilisé le parallèle entre l'alcoolisme et le racisme. La plupart du temps, quand on pense à l'alcoolisme ou à quelqu'un qui était alcoolique [on réalise que] la personne est constamment en train d'améliorer sa relation avec l'alcool. Ce n'est pas tout d'un coup que tu n'es plus alcoolique et que c'est fini tu n’as plus de misère avec ça. Devenir antiraciste, ce n'est pas quelque chose qui se produit non plus tout d'un coup, tu lis un livre et c'est fini. [...] C'est quelque chose que tu dois constamment apprendre.

La première chose, je pense, c'est d'admettre qu'il y a un problème. Et que pour marcher vers la direction de l'antiracisme, il faut être dédié à apprendre à chaque fois, à écouter [...], il faut faire des choses qui sont réelles. Donc on veut dire qu'à chaque fois que tu mets sur Instagram le carré noir... à part le carré noir, à part montrer à tout le monde que tu es là, qu'est-ce que tu fais pour la communauté? Qu'est-ce que tu fais quand les portes sont fermées?

Pamphinette, surnommée « Pam », Buisa originaire de l'Outaouais au Québec, s'est établie à Victoria quand elle a joint l'équipe canadienne de Rugby à 7. La jeune femme dans la vingtaine a été l'une des principales organisatrices des rassemblements Black Lives Matter dans la capitale britanno-colombienne, à l'été 2020. Si la pandémie a mis un frein à l'aventure olympique de la jeune athlète, elle lui a également permis de prendre conscience de ses racines. Elle affirme maintenant avec conviction : « Je suis d'abord une femme noire. »

On parle beaucoup de l’importance de l’éducation pour lutter contre le racisme. Qu’est-ce qui devrait être mis de l’avant dans les écoles de la province, selon vous?

P. B. : Je dirais que la première chose importante, c'est la représentation. Ce n'est pas seulement quand on parle de l'histoire des Noirs, ce n'est pas simplement l'esclavagisme, mais c’est aussi dans les sciences, les mathématiques, le français, l'anglais. On est partout. C’est important que cela fasse partie de notre quotidien. Non seulement ça, mais aussi dans le système, les structures, dans l'institution même de l'éducation. On a besoin aussi d'avoir un shift, qu'on puisse avoir aussi une éducation qui vienne de la communauté noire directement.

Quel est l’avenir du mouvement Black Lives Matter?

P. B. : Je pense qu'il va y avoir plus de compréhension de la part des gens qui ne sont pas des Noirs, plus de conversations qui seront difficiles. Mais avec les conversations qui sont difficiles, il y a l'occasion d'apprendre et de s'unir. Je pense qu'avec le mouvement, il y a vraiment de plus en plus d'occasions d'être vulnérables, de montrer qu’on ne sait pas [de demander] où est-ce que je peux trouver des réponses?

On a de plus en plus ces conversations, on s’implique de plus en plus à chaque niveau dans le gouvernement municipal, provincial, dans les écoles, partout, ça devient la norme. Les choses vont changer. Et ça devrait arriver à un point qu'on n'aura plus besoin de parler de cela parce que les choses auront changé.

Pamphinette Buisa s'exprime dans un microphone devant une foule.

Pamphinette Buisa : ma réalité

Photo : Thorn McGowan

Les manifestations un peu partout en Amérique du Nord pour dénoncer le racisme et la brutalité policière envers la communauté noire ont-elles entraîné un changement des mentalités, un éveil?

P. B. : Quand on parle de justice, quand on parle d'unir des gens, ce n'est pas simplement pendant cinq ans, pas seulement dans le contexte politique, c'est partout. Je pense que les gens sont exposés, mais là, le problème, c'est maintenant que tu sais, qu'est ce que tu vas faire avec cette information? Ce qui ralentit la possibilité de changer les choses, c'est quand on hésite à faire et à démontrer que this is racist. Il faut parler, discuter, et il faut comprendre. Il faut aussi se regarder soi-même.

Pamphinette Buisa s'exprime dans un microphone devant une foule.

Pamphinette Buisa prend la parole lors d'un rassemblement de Black Lives Matter à Victoria le 7 juin 2020.

Photo : Thorn McGowan

La fin du racisme et de la discrimination, c’est envisageable? Et de quelle façon y arrive-t-on?

P. B. : Je pense que oui, si tout le monde fait partie du mouvement. La seule façon pour que cette réalité, ce rêve, puisse se réaliser, c'est si tout le monde fait sa part; pas seulement pour eux-mêmes, mais pour la société. Je pense qu’ici, au Canada, c'est différent de la réalité aux États-Unis, en France, ou en Angleterre. Si tout le monde essaie de comprendre les choses au-delà des frontières, on peut voir que les problèmes qui se passent aux États-Unis ne sont pas si différents de ce qui arrive ici aussi. Je pense que si tout le monde fait sa part et regarde ce qui se passe, ici chez nous, les choses vont changer.

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