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Une décision sur la monnaie numérique viendra « plus vite que prévu » au Canada

Le sous-gouverneur de la Banque du Canada, Timothy Lane, lors d'un discours sur les paiements dans l'après-pandémie.

Le sous-gouverneur de la Banque du Canada, Timothy Lane, a aussi lancé un avertissement aux investisseurs téméraires face à la flambée des cryptomonnaies.

Photo : Radio-Canada

La pandémie a accéléré le déclin des billets de banque au bénéfice du paiement numérique et sans contact. Et la décision quant à la création d’une monnaie numérique canadienne pourrait survenir « plus vite que prévu », a révélé mercredi l’un des sous-gouverneurs de la Banque du Canada.

Timothy Lane a aussi profité d'un discours pour lancer un avertissement aux investisseurs téméraires face à la flambée récente des prix du bitcoin et d’autres cryptomonnaies, qui ressemble plus à un mouvement spéculatif qu’à une tendance. Il suffit d’un tweet populaire pour que les prix explosent, a-t-il déclaré en référence aux messages envoyés sur le réseau social par le multimilliardaire Elon Musk.

Les cryptomonnaies comme le bitcoin ont peu de chances de devenir l’argent du futur. [...] Leurs méthodes de vérification coûtent cher et leur pouvoir d’achat est très instable.

Une citation de :Timothy Lane, sous-gouverneur, Banque du Canada

Une monnaie numérique canadienne serait beaucoup plus stable, mais serait-elle vraiment pertinente, étant donné le recours déjà important à des modes de paiement comme les cartes de crédit et de débit et le virement Interac? Une chose est claire, aux dires de Timothy Lane, elle ne s’impose pas obligatoirement.

Pour nous, il n’y a pas d’arguments très forts pour lancer une monnaie numérique, parce que nous avons déjà d’autres modes de paiement, a-t-il précisé en entrevue à Radio-Canada.

Mais que sera cette monnaie?

Il n’est pas clair, d'ailleurs, quelle forme prendrait cette nouvelle monnaie ni si elle reposerait sur la technologie de la chaîne de blocs, comme les cryptomonnaies décentralisées, ou transiterait par les grandes banques. Chose certaine, elle aurait la même valeur que la monnaie physique.

L’aspect négatif est qu’en cas de crise, les gens veulent retirer l’argent des banques, a rappelé le sous-gouverneur Lane. Ces fuites des banques pourraient être plus sévères avec l’existence d’une monnaie numérique de banque centrale.

Quelques avantages se présentent néanmoins à l’horizon, dont l’idée d’un règlement instantané comme les billets de banque et le respect de la vie privée. Une monnaie numérique serait aussi accessible à n’importe qui, des sans-abri aux gens issus de communautés éloignées.

L’économiste Pascal Bédard estime que cette monnaie virtuelle devra concurrencer notre système actuel, c’est-à-dire qu’elle représente une valeur ajoutée par rapport à la façon de fonctionner présentement. Sinon, pourquoi le faire?

Bien que la réflexion s’accélère, une monnaie numérique de la Banque du Canada prendra des années à voir le jour et nécessitera des changements législatifs, en plus d’un important débat public.

M. Bédard fait remarquer que la Banque du Canada est tout de même en avance sur la plupart des autres banques centrales dans le monde en ce qui a trait à la réflexion sur le sujet. La raison principale pour laquelle c’est très lent, explique-t-il, est que l’alternative que nous avons en ce moment est en effet extrêmement efficace.

Toutes les cryptomonnaies pourraient tomber demain matin et, franchement, les marchés mondiaux le ressentiraient à peine. C’est pour ça que les banques centrales ne s’en inquiètent pas trop.

Une citation de :Pascal Bédard, économiste et chargé de cours à HEC Montréal et à l’ESG-UQAM

D’autres changements à venir pour moderniser le système

À compter de 2022, un nouveau système de paiement verra le jour au Canada et permettra de réaliser des transactions beaucoup plus rapidement. Timothy Lane a donné quelques exemples dans cette innovation : On peut s’imaginer des scénarios où, par exemple, les entreprises peuvent payer leurs employés à temps partiel dès la fin de leur quart de travail et des gens achètent leur première propriété en faisant leur mise de fonds en un clic, au lieu d’avoir à déposer une traite bancaire au cabinet de leur avocat.

M. Lane a également déploré dans son discours que l’envoi d’argent à l’étranger soit notoirement lent et cher pour les particuliers comme pour les entreprises, à tel point que cela interfère avec la vie des gens et leurs moyens de subsistance.

Je crois que c’est un risque à long terme, a-t-il ajouté en entrevue. Si les banques ne deviennent pas assez efficaces pour transférer l’argent à travers les frontières, il y en a d’autres qui trouveront des moyens de faire voyager l’argent à moindre coût et avec plus de transparence.

Plusieurs entreprises technologiques, comme TransferWise, représentent déjà une source de concurrence en plein émergence. Les institutions financières traditionnelles sont appelées à s’adapter, ou à perdre du terrain.

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