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Brigade mixte : un modèle qui a fait ses preuves

L'intervenante Marie-Ève Barrière et la policière Annie Fortin.

En 2012, le service de police de la ville de Montréal a fondé l'ÉSUP; une brigade spécialisée qui répond exclusivement aux appels de santé mentale.

Photo : Radio-Canada

Chaque jour à Montréal, plus de 100 interventions policières sont directement liées à une problématique de santé mentale. Comme partout au Québec, cette donnée est en constante augmentation. La création d’une brigade spécialisée, en 2012, a permis de désengorger en partie les salles d’urgences de la métropole et rendre plus efficace le reste du travail policier. 

J’ai longtemps été affectée à la patrouille régulière, mais actuellement, je n’ai jamais eu autant l’impression de faire une différence avec mon travail. C’est facile de mettre les menottes à un criminel et l’amener en cellule. Mais est-ce qu’on aide vraiment cette personne? À l’ÉSUP j’ai la conviction que j’aide quelqu’un à se prendre en main; qu’avec ma partenaire, je lui donne un soutien important et qu’on aide encore plus la société, explique l’agente Annie Fortin.

L’équipe de soutien aux urgences psychosociales (ÉSUP) est une escouade mixte composée d’un policier et d’un intervenant du réseau de la santé qui prend place à bord de l’autopatrouille. Elle est appelée à prendre la relève des patrouilleurs lorsque vient le temps de désamorcer une crise.

Avant la création de l’ÉSUP, les patrouilleurs devaient automatiquement faire appel aux ambulanciers pour un transport à l’hôpital, du moment où une personne en détresse évoquait des propos suicidaires. Grâce à notre formation, nous sommes en mesure de bien évaluer si l’état d’esprit de la personne demande une hospitalisation immédiate ou si on peut proposer une solution alternative. Que ce soit un rendez-vous au CLSC, dans un centre de crise ou une autre ressource communautaire, explique Marie-Ève Barrière, criminologue et intervenante pour le CIUSSS Centre-Sud de Montréal.

Ses collègues intervenants à l’ÉSUP sont travailleurs sociaux, psychoéducateurs, psychologues ou criminologues; autant de métier où le port de la veste pare-balle est plutôt inhabituel.

C’est particulier, surtout au début. Avant chaque intervention, nous avons une discussion pour déterminer comment intervenir et où se placer. Les lieux ont déjà été sécurisés par les premiers patrouilleurs, mais on doit tout de même rester vigilants. Le policier qui m’accompagne va se positionner subtilement de façon stratégique pour me protéger en s’assurant, par exemple, que la personne en crise n’ait pas accès à des couteaux de cuisine. Il va aussi porter une attention particulière au non verbal de la personne pour bien cerner les signes agressifs avant-coureurs. Notre travail est vraiment complémentaire, ajoute-t-elle.

La criminologue Marie-Ève Barrière enfile sa veste pare-balle.

Le port de la veste pare-balle est plutôt inhabituel pour les travailleurs de la santé. Marie-Ève Barrière l'enfile désormais tous les jours.

Photo : Radio-Canada

Le temps nécessaire

La policière Annie Fortin a joint l’ÉSUP il y a plus de cinq ans. Ce fut sans le savoir le début d’une seconde carrière pour elle. Son arrivée sur place permet généralement à ses collègues patrouilleurs de retourner plus rapidement sur la route.

Les appels continuent d’entrer pendant une intervention. Il va toujours y avoir des vols qualifiés, des introductions par effraction et d’autres crimes qui nécessitent une présence policière immédiate. La santé mentale, ça peut être très long. Ce n’est pas en bousculant la personne qu’on peut obtenir le fond de sa pensée, connaître sa réelle condition et prendre la meilleure décision pour l’aider. S’il faut deux heures pour amoindrir au maximum l’effet négatif d’une intervention policière, on va le faire. Je préfère toujours voir quelqu’un reconnaître qu’il a besoin de soins et qui décide d’embarquer par lui-même dans l’ambulance que de devoir se chicaner ou le forcer à consulter.

Une vision transformée

Christophe (nom fictif) est un homme pour qui l’ÉSUP a eu une grande incidence dans sa vie. De son propre aveu, l’intervention de cette brigade a changé sa vision du milieu policier.

Je dois être honnête avec vous, je suis un consommateur de stupéfiants et je fais des choses qui ne sont pas toujours légales. J’ai donc tendance à avoir peur lorsque je vois la police arriver. Mais quand je vois que ce sont eux (l’ÉSUP), je sais qu’ils ne viennent pas me questionner pour ça. Ils essaient de m’aider et veulent mon bien. Ils ne cherchent pas à me nuire et j’ai confiance en eux. Ils me traitent comme un humain, pas comme un numéro. Avant, je ne faisais pas confiance aux policiers. Maintenant je sais qu’il en existe de vrais humains. C’est aidant, souligne-t-il.

Une policière et une intervenante marchent vers leur voiture de fonction.

L’équipe de soutien aux urgences psychosociales (ÉSUP) est une escouade mixte composée d’un policier et d’un intervenant du réseau de la santé.

Photo : Radio-Canada

L’ÉSUP fait d’ailleurs des petits. Le Service de police de Sherbrooke s’en est fortement inspiré pour créer leur brigade spécialisée. Depuis 2015, le nombre d’appels liés à la santé mentale y a bondi de 65%.

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