•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mettre des mots sur sa souffrance

L’autofiction favorise la prise de parole des personnes appartenant à une minorité.

Une personne tien un livre ouvert dans ces mains

Les écrits autofictionnels sont souvent revendicateurs et ont des valeurs de manifestes.

Photo : getty images/istockphoto / patpitchaya

Mylene Gagnon

La popularité de l’autofiction n’a cessé de croître ces 20 dernières années. Ces récits personnels sont souvent le témoignage d’une situation d’exclusion, de souffrance, dont le but est de la surmonter. C’est du moins le constat des écrivaines Mélikah Abdelmoumen, Catherine Mavrikakis et Karine Rosso, qui y observent la prépondérance des femmes, des victimes d’agressions sexuelles, des personnes homosexuelles ou migrantes.

Détentrice d’un doctorat portant sur Serge Doubrovsky et l’autofiction, Mélikah Abdelmoumen croit que la fiction sert à s’approcher un peu plus du réel, de la vérité. Ça paraît paradoxal qu’il faille parfois s’en éloigner pour s’en rapprocher, mais je pense que c’est ainsi que, parfois, on arrive à un autre type de vérité, plus profonde.

Elle prend justement pour exemple l’écrivain Serge Doubrovsky, l’inventeur du néologisme autofiction, juif, qui a dû se cacher durant des mois pour survivre au fascisme, ainsi qu’Emmanuel Carrère, qui dans son plus récent roman, Yoga, révèle sa bipolarité. Plus près d’ici, notons Fanie Demeule et son Déterrer les os, Lynda Dion et son Grosse, dont les narratrices entretiennent une obsession sur leur poids.

Catherine Mavrikakis, à qui l’on doit Le ciel de Bay City, y voit une démocratisation de la littérature, puisque les minorités peuvent y accéder. C’est un genre qui dit "J’existe, mais autrement".

Même son de cloche chez Karine Rosso, l’une des membres fondatrices de la librairie féministe L’Euguélionne, à Montréal. Ce sont des gens qui ne possèdent pas une grande place dans le grand monde de la littérature, composé d’une majorité d’hommes blancs.

Cette dernière compare l’autofiction et l’égoportrait, qui procéderaient d'une logique inverse.

C’est comme si on publiait une photo dans laquelle on est cerné, on n’a pas dormi de la nuit et on est angoissé.

Une citation de :Karine Rosso, écrivaine et chargée de cours à l'Université de Sherbrooke

Un genre féminin?

Les femmes ont massivement investi le genre de l’autofiction, mais l’autofiction n’est pas fondamentalement féminine. Je suis sûre que ce n’est pas naturellement plus féminin d’avoir ce réflexe d’écrire sur soi pour que ça bouscule quelque chose d’universel ou de commun, explique Mélikah Abdelmoumen, qui donne pour exemple Les essais de Montaigne et Les confessions de Saint-Augustin et de Rousseau.

Catherine Mavrikakis avance quant à elle l’hypothèse que les femmes avaient l’impression que leur voix, dans les romans dits classiques, était moins entendue, d’où cette ruée vers ce genre dit mineur.

Un genre mineur, encore aujourd’hui?

Selon Catherine Mavrikakis, s’il y a plusieurs années, l’autofiction était marginalisée, elle a depuis acquis ses lettres de noblesse.

Karine Rosso ne partage toutefois pas cet avis. Elle affirme plutôt que beaucoup de gens croient que ce n’est pas de la vraie littérature. Est-ce parce que ce sont des gens marginalisés qui investissent ce genre-là qu’il est discrédité, ou est-ce parce que l’on considère que c’est moins de la littérature, parce que ce n’est pas de l’invention [pure]?

Mais elle croit qu'il faut faire attention de ne pas, non plus, user de trop d’imagination, la science-fiction étant aussi un genre dédaigné par une partie du milieu littéraire…

En complément :

Vous écrivez des récits? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici le 28 février 2021!

Prix du récit : Inscrivez-vous du 1er janvier au 28 février.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !