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Fermeture de deux résidences : des familles découragées, d’autres soulagées

Des gens déménagent un meuble dehors devant la résidence.

À la résidence Saint-Pie X, à Trois-Rivières, une famille a commencé à déménager un résident.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Radio-Canada

Une vingtaine de familles sont sous le choc. Elles doivent déménager leurs proches d’ici vendredi midi parce que les autorités de la santé ont ordonné la fermeture de deux résidences pour aînés. Alors que des familles sont surprises, car elles trouvaient que leur proche était bien traité, d’autres parlent de mauvais traitements.

Les autorités régionales de la santé ont fermé d’urgence les résidences privées pour aînés Villa du Parc 2012 (15 résidents) et Saint-Pie X (8 résidents) et demandé aux résidents de quitter d’ici 48 h. 

Ces deux résidences hébergent des gens qui sont atteints de problèmes cognitifs, à différents stades, ou qui sont à risque d’errance. Leur santé et sécurité étaient compromises, selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Dans une lettre qu’elle a fait parvenir aux médias, la propriétaire des deux établissements, Nathalie Boisclair, a écrit que les actions posées actuellement par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québecsont complètement disproportionnées. Je trouve déplorable de délocaliser, en pleine pandémie, des gens qui sont bien, en sécurité, et disons-le, heureux!, ajoute-t-elle.

La propriétaire de la résidence, Nathalie Boisclair, n'a pas voulu accorder d'entrevue jusqu'à maintenant.

Les autorités régionales de la santé n’ont pas dévoilé la raison précise de ces fermetures, mais mercredi après-midi, elles ont précisé que des interventions étaient en cours depuis plusieurs mois dans les deux résidences et qu'il y a eu des rencontres et des échanges avec les propriétaires au cours des dernières semaines. 

C’est clairement à la lumière des nouvelles informations que les décisions ont été prises, affirme le directeur du programme de soutien à l'autonomie des personnes âgées au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, Sébastien Rouleau.

Notre préoccupation première est de s’assurer que les gens soient dans des endroits sécuritaires, dans des endroits qui répondent à leurs besoins, dit-il. Dans ce milieu-ci, à la lumière de certains témoignages qu’on a reçus dans les derniers jours, de certains éléments nouveaux qui ont été portés à notre attention, ça nous a amenés à prendre cette décision-là.

Façade de la résidence en hiver avec de la neige.

La résidence Villa du Parc 2012, à Trois-Rivières, héberge 15 résidents.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Incompréhension et stupeur

Le père de Nancy Galarneau habite à la résidence Villa du Parc 2012 depuis un mois. Elle affirme qu’il y était très bien.

Elle trouve déplorable de ne pas avoir beaucoup de temps pour organiser le déménagement. C’est épouvantable d’avoir 48 h pour se revirer de bord , dit-elle.

Nancy Galarneau ajoute ne pas avoir reçu de communication de la part du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. On n’a pas d’information légale. On ne sait pas s'il va falloir qu’on paye deux baux ou un seul? Si ça rouvre, est-ce qu’on demeure responsable du bail. On ne veut pas les changer de place plusieurs fois avec la quarantaine.

Les parents d'Alain Turgeon habitent dans l'une des deux résidences depuis un mois. Il affirme que ses parents s'y sentaient bien et aimaient le personnel.

Il trouve, lui aussi, que d'avoir 48 h pour trouver une autre résidence est déraisonnable et que le CIUSSS MCQ n'en fait pas assez pour les aider.

C’est inhumain de nous laisser si peu de temps pour trouver une autre résidence, dit-il. C’est nébuleux et on est laissés à nous-mêmes.

Jean Paul Huot, dont la femme habite dans la résidence Saint-Pie X, et sa fille Diane sont sous le choc. Ils soulignent qu’elle a toujours été bien traitée.

La vraie raison, on ne le sait pas, affirme Jean-Paul Huot.

« Je ne pense pas que les résidents étaient en danger, jamais. Ceux qui travaillaient là, c’étaient de bonnes personnes, on était habitués de les côtoyer. »

— Une citation de  Diane Huot, fille d'une résidente

Diane Huot affirme que sa mère a pleuré en apprenant la nouvelle de son déménagement.

La façade extérieure de la résidence en hiver, avec de la neige.

Huit personnes habitent à la résidence Saint-Pie X, à Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada

Des comportements inacceptables, selon la fille d’une ancienne résidente

La fille d’une ancienne résidente s’est confiée à Radio-Canada sous le couvert de l’anonymat. Sa mère, aujourd'hui décédée, a habité durant environ un an à la résidence Saint-Pie X à partir du printemps 2018.

Au tout début, elle était très contente que sa mère se retrouve à cet endroit, mais sa mère s’est mise à parler en mal de la propriétaire Nathalie Boisclair et elle dit avoir été témoin de situations troublantes. 

Je l’ai vu prendre les joues la joue d’une dame, de les serrer très fort, de brasser sa figure pour que la dame ouvre sa bouche pour mettre des médicaments, raconte-t-elle.

« Je l’ai vue faire manger une dame seule dans le couloir, face à un mur. »

— Une citation de  Fille d'une ancienne résidente

Puis un jour, elle a trouvé sa mère dans une mauvaise condition : elle avait la tête penchée et de la salive sortait de sa bouche. Elle croit que sa mère était peut-être trop médicamentée.

Sa mère a fini par déménager dans un Centre d'hébergement et de soins de longue durée et s’en est suivie une amélioration de son état de santé. 

Sa fille a aussi pu comprendre pourquoi sa mère se plaignait d'une douleur depuis un certain temps. Ma mère a eu une plaie dans la fesse, une plaie assez importante, dit-elle. [Peut-être que c’était à cause] des culottes d'incontinence souillées trop longtemps laissées là. Je ne sais pas. Je n'étais pas là pour le voir.

Elle réalise plus tard que sa mère n'est pas un cas unique. Une des infirmières m'a dit que ce n'était pas la première fois que ça arrivait, que des gens étaient transférés de cette résidence-là et que c'était comme ça, dit-elle.

C'est sûr que si ça n'avait pas été des traitements qui ont eu lieu dans cette résidence, je suis certaine que l’état de ma mère n'aurait pas dégénéré autant que ça, conclut la dame qui a accepté de témoigner de son expérience.

Une mesure exceptionnelle, dit le CIUSSS MCQ

Il s’agit d’une mesure exceptionnelle qui est peu souvent utilisée par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. C’est seulement la deuxième fois en cinq ans que ce genre de relocalisation d’urgence est ordonné par le CIUSSS MCQ.

Le CIUSSS n’a pas révoqué la certification des résidences.

Lorsqu'il y a des préoccupations en regard des normes et critères de certification, différentes démarches sont faites auprès de la ressource pour qu'elle améliore la situation. Nous débutons par un accompagnement pour que les éléments préoccupants soient ajustés. Selon l'évolution de la situation, d'autres interventions peuvent s'appliquer (surveillance accrue, enquête, qui peuvent mener jusqu'à un retrait de certification), a indiqué le CIUSSS MCQ par courriel.

D'après les informations d'Amélie Desmarais, Marie-Ève Trudel, Catherine Bouchard et Jacob Côté

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