•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les salles d’arcade au Japon menacées en raison de la pandémie

Espèces en voie de disparition ailleurs dans le monde, les salles d’arcade survivent encore au Japon, mais la pandémie pourrait signer leur arrêt de mort.

Un homme masqué, au beau milieu d’une partie, dans une salle d’arcade au Japon.

De nombreuses salles d’arcade risquent de fermer leurs portes en raison des heures de fermeture imposées pour ce type de commerce.

Photo : AFP / PHILIP FONG

Agence France-Presse

Il n’est pas encore 20 h, mais la salle d’arcade Mikado, située dans un quartier étudiant de Tokyo, invite déjà sa clientèle clairsemée à partir. Les restrictions imposées en raison de la pandémie de COVID-19 fragilisent ces lieux de convivialité typiques du Japon.

Comme d’autres établissements de la vie nocturne, Mikado est prié de fermer plus tôt en raison de l’état d'urgence déclaré depuis début janvier dans une partie du Japon, dont la capitale.

C’est l’heure où la salle commence normalement à se remplir, se désole Yasushi Fukamachi, l’un des responsables de ce lieu spécialisé dans les jeux de combat rétro.

Alors que ses 250 bornes d’arcade sont habituellement très fréquentées après les heures de bureau, seule une quarantaine de personnes étaient présentes peu avant sa fermeture précoce un soir de février.

Un homme se tient masqué sur une chaise devant une rangée de jeux d’arcade.

Yasushi Fukamachi, l’un des responsables de la salle d’arcade Mikado à Tokyo.

Photo : AFP / Philip Fong

Contrairement aux bars et aux restaurants, les salles d’arcade n’ont droit à aucune compensation financière du gouvernement. Cela les plonge dans une situation critique, d’autant qu’elles avaient déjà souffert du premier état d’urgence au Japon au printemps 2020.

Les salles avaient alors fermé complètement pendant près de deux mois, et la clientèle a mis du temps à revenir, selon M. Fukamachi.

Mikado avait retrouvé en novembre environ 90 % de son chiffre d’affaires d’avant-pandémie, mais la situation sanitaire au Japon s’est de nouveau dégradée en fin d’année.

Les recettes ont de nouveau baissé fin décembre à 50 % de leur niveau habituel, estime M. Fukamachi, en dépit de précautions prises comme l’installation de cloisons entre les machines et la désinfection quotidienne des pièces de monnaie de 100 yens.

Une industrie bien vivante… jusqu’à maintenant

Avant même la pandémie, les petites salles indépendantes fermaient déjà à un rythme rapide, souligne Morihiro Shigihara, un journaliste et auteur, lui-même ancien gérant de salle d’arcade.

Selon les statistiques de la police, auprès de laquelle ces établissements doivent obtenir une licence, le nombre de salles d’arcade japonaises diminue constamment depuis des années. Elles sont passées de quelque 22 000 en 1989 à 4000 en 2019.

Mais depuis l’automne dernier, de nombreuses salles emblématiques de Tokyo ont fait faillite, notamment dans les quartiers d’Akihabara et de Shinjuku, hauts lieux du divertissement.

Le fait que même des grosses salles ferment en série est la preuve que la situation est particulièrement grave.

Morihiro Shigihara

Le géant du jeu vidéo Sega a aussi récemment cédé la majorité de sa division de salles de jeu.

Le secteur a connu son âge d’or dans les années 1980 et 1990 avec des jeux emblématiques comme Space Invaders et Pac-Man, avant de subir la concurrence des consoles de salon et des jeux mobiles.

Les fantômes du jeux vidéo «Pac-Man» sont en train de piéger Pac-Man.

Le jeu «Pac-Man» dans les années 1980.

Photo : Getty Images / ilbusca

Les salles ont été contraintes d’évoluer : les jeux vidéo, qui assuraient un tiers de leurs recettes en 1993, n’en représentaient plus que 13 % en 2017, selon l’Association japonaise de l’industrie du divertissement (JAIA).

Ce sont désormais les machines attrape-toutous, permettant de gagner divers jouets en manœuvrant une pince, qui apportent plus de la moitié de leurs recettes.

Des lieux de sociabilité importants

Pratiquement disparues dans beaucoup de pays, les salles d’arcade survivaient jusqu’à présent au Japon en raison de leur important rôle social.

L’un des plaisirs des salles d’arcade est de pouvoir engager la conversation avec les gens, explique à l’Agence France-Presse (AFP) Atsushi Nakanishi, 43 ans, un habitué de la salle Mikado.

La salle où j’allais avant a fermé et j’ai perdu contact avec les personnes que j’y côtoyais, renchérit Hiroshi Suzuki, 28 ans.

C’est triste, c’est un lieu de convivialité et de sociabilité qui a disparu.

Hiroshi Suzuki

On survit un peu comme des cafards, affirme en souriant M. Fukamachi, le gérant de Mikado. Il envisage de lancer une nouvelle campagne de financement participatif, après avoir réussi à amasser l’équivalent de 450 000 $ de cette façon au printemps dernier.

Devant l’afflux de dons, on a senti tout l’amour de la clientèle qui nous a soutenus, raconte-t-il, ému. Mettre la clé sous la porte, ce serait la trahir.

Il faudra encore s’adapter après la pandémie, car les modes de vie changent, notamment avec la généralisation du télétravail et la diminution des sorties, prévient-il.

Une affiche de style manga japonais posée devant une salle d’arcade incite la population à porter un masque à l’intérieur.

Les salles d’arcade étaient encore bien actives avant la pandémie de COVID-19 au Japon.

Photo : AFP / PHILIP FONG

Mikado prévoit organiser des événements spéciaux après l’état d'urgence et diffuse déjà tous les soirs sur YouTube des parties commentées. Une manière de maintenir un lien avec les joueuses et joueurs absents, et de s’assurer un revenu supplémentaire.

Ceux qui reprendront les affaires comme d’habitude souffriront, prédit M. Fukamachi.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !