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Santé mentale : 21 770 interventions à la Sûreté du Québec

L'agent Trudel à l'intérieur de son autopatrouille.

L'agent Francis Trudel est policier à Shawinigan depuis 24 ans. Les interventions en santé mentale font pratiquement partie de son quotidien.

Photo : Radio-Canada

Le nombre d’appels d’urgence liés à la santé mentale est en constante progression partout en province. Au fil des ans, les patrouilleurs de la Sûreté du Québec sont devenus par la force des choses gardiens de l’ordre, travailleurs de rues et psychologues. Le modèle policier est appelé à changer.

En 2020, le corps policier provincial a réalisé 21 770 interventions auprès de gens à l’état mental perturbé ou en crise suicidaire. C’est un peu plus de 7300 de plus qu’il y a seulement cinq ans. Cela représente une hausse vertigineuse de 50 % des appels depuis 2015.

Le spectre de gens qu’on doit aider est très large. L’extrême, c’est la personne barricadée et armée, pour qui la présence du groupe d’intervention tactique sera nécessaire. On a aussi plein de gens qui ne se sentent pas bien. Une personne qui se sent très triste, qui a manifestement besoin d’aide et qui décide de faire appel aux services d’urgences. Ce n’est jamais pareil et les policiers doivent s’adapter à chaque situation, explique le sergent Benoît Richard, de la Sûreté du Québec.

Selon ses statistiques, les agents des postes de Joliette, Saint-Hyacinthe, Valleyfield et Vaudreuil sont particulièrement sollicités.

Il y a Shawinigan et d’autres villes où il y a des établissements spécialisés de soins. Il y a aussi des villes centres, comme Drummondville où la concentration d’appel est plus élevée.

Le centre régional de santé mentale de Shawinigan

La présence d'un centre spécialisé en santé mentale à Shawinigan permet d'offrir des soins de qualités à ces gens, mais donne parfois du fil à retordre aux policiers.

Photo : Radio-Canada

À Drummondville, les agents réalisent en moyenne 1100 interventions de ce genre chaque année, ce qui équivaut à un peu plus de trois appels par jour.

On doit travailler avec nos partenaires locaux pour développer des façons de faire qui vont nous aider. À Drummondville, nous sommes en train de mettre en place un plan d’action avec le CIUSSS local.

Peu d’ouverture pour une brigade mixte

Malgré des statistiques à la hausse, la Sûreté du Québec n’a pas l’intention d’imiter certains services de police municipaux (Montréal et Sherbrooke) et déployer des brigades mixtes où un intervenant du réseau de la santé accompagne un patrouilleur sur la route.

C’est difficilement applicable pour une organisation comme la nôtre, car nous avons de très grands territoires à couvrir. À certains endroits, les agents peuvent être appelés à se déplacer à une heure ou deux du poste. On travaille donc beaucoup par téléphone avec le service d’aide en situation de crise. L’important, c’est de prendre le temps de bien faire les choses. On veut s’assurer que la personne ne représente pas un danger pour elle-même et qu’elle obtiendra aussi toute l’aide dont elle a besoin , explique-t-il.

Ce service d’aide téléphonique offre de bons conseils aux patrouilleurs et permet de réaliser une évaluation partielle d’un individu. Dans certains cas, le travailleur social de garde se rendra sur place rejoindre les policiers.

Mais a-t-on le luxe d’attendre son arrivée? Parfois il est à Trois-Rivières. L’agent le réveille à 3 h du matin. Le temps qu’il s’habille, déneige sa voiture et vienne le rejoindre à Shawinigan, il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts. La crise a le temps de dégénérer pas mal, nous explique une source bien au fait des façons de faire.

Des chiffres au sol marquent les éléments de preuves retenus par les enquêteurs.

En janvier 2020, un policier de Shawinigan a dû faire feu sur un homme en crise et armé d'un couteau.

Photo : Radio-Canada

« Il ne faut pas attendre de voir des drames pour réagir. Faire de la prévention, ça peut être payant »

— Une citation de  Michel Angers, maire de Shawinigan

Le maire de la ville, Michel Angers, est de ceux qui réclament une brigade mixte dans sa ville.

Je suis un peu surpris de constater que l’état-major de la Sûreté du Québec n’y voit pas une belle opportunité, compte tenu de l’augmentation toujours de plus en plus importante des cas de santé mentale, dit celui qui préside la commission de la sécurité publique à l’Union des municipalités du Québec. 

On voit ce qui s’est fait ailleurs… et le constat, c’est que c’est extrêmement efficace, répète monsieur Angers.

Nouvelle formation

Quelques solutions pourraient provenir du livre vert sur la réalité policière et des consultations menées par un comité d'expert.

La Sûreté du Québec n’a toutefois pas attendu les conclusions du rapport qui sera déposé en mai pour faire un premier pas. D’ici quatre ans, tous les agents au Québec auront suivi une nouvelle formation obligatoire d’une durée de deux jours. Les bases de l’intervention en santé mentale y sont revues. 

Benoît Richard discute avec notre journaliste devant les bureaux de la Sûreté du Québec à Montréal.

Le sergent Benoît Richard est coordonnateur aux services des communications et de la prévention à la Sûreté du Québec

Photo : Radio-Canada

Envoyer des policiers de façon régulière à une adresse, c’est une chose. Mais ce qu’on veut, c’est mettre en place une structure qui va permettre de les aider à long terme, explique l’agent Richard.

C’est pourquoi les agents misent aussi sur de nouveaux outils, dont une documentation écrite relatant tous les détails de leur intervention.

Ce rapport est remis au médecin en arrivant à l’hôpital évitant ainsi que d’importants détails sur l’état d’esprit du patient ne se perdent par le bouche-à-oreille tout au long du processus de triage et de soins.

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