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Santé mentale : aux médecins de recoller les pots cassés

Le docteur Picotte prend la pose dans une salle de consultation équipée de plusieurs appareils médicaux.

Le docteur Frédéric Picotte travaille régulièrement à l'urgence de l'hôpital du Centre-de-la-Mauricie où les consultations pour troubles mentaux font partie du quotidien.

Photo : Radio-Canada

La nuit commence à peine, mais déjà le personnel de l’urgence de l’hôpital de Shawinigan-Sud sait qu’elle sera exténuante. Plusieurs patients désorganisés devront attendre jusqu’au matin pour voir le psychiatre. Certains y sont de leur propre gré, d’autres ne cherchent qu’une façon de quitter les lieux.

Quand ils n’ont pas le goût d’être là, il y a parfois escalade, de l’agitation et ça peut conduire jusqu’à une contention. L’urgence est-elle vraiment la bonne ressource pour gérer ces crises?, se questionne le docteur Frédéric Picotte.

Il y travaille depuis assez longtemps pour les connaître par leur prénom. Il connaît l’histoire de certains d’entre eux. Médecin, c’est plus qu’un travail. Dans son cas et pour bien d’autres, c’est une vocation. Il souhaite du plus profond de son cœur les aider, mais les ressources sont limitées. Le temps est précieux. Il pratique au sein d’un système qui cherche ses repères. 

Ces gens ont besoin de temps, d’une bonne écoute. Il faudrait minimalement que quelqu’un puisse les accompagner sur place, une personne-ressource disponible, peu importe l’heure. On ne peut pas blâmer ces grands utilisateurs qui reviennent régulièrement en consultation d’urgence. S’ils reviennent, c’est que leur besoin sont restés en suspens, estime-t-il, comparant l’urgence à un dépanneur ouvert 24 h. 

Les policiers interviennent pour une personne en crise, agressive qui a parfois des idées suicidaires. La détention, ce n’est pas la solution. La nuit, toutes les ressources sont fermées. Il reste quoi? Il reste nous, le dépanneur. On calme la crise, mais quand ça va mieux… qui les prend en charge? Il y a un manque. Il faut mieux s’arrimer avec les ressources communautaires, notamment. Ce que je vois, c’est que les besoins augmentent. Il faut donc qu’il y ait aussi une augmentation des services disponibles pour eux, tranche-t-il.

Le centre ambulatoire et la porte principale de l'urgence de l'hôpital du Centre-de-la-Mauricie

En moyenne, trois personnes se rendent chaque jour à l'urgence de l'hôpital de Shawinigan pour demander de l'aide en raison de problèmes psychologiques.

Photo : Radio-Canada

En 2019, 1329 consultations pour troubles mentaux et du comportement, avec ou sans utilisation de drogues, ont eu lieu à l’urgence de l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie (Shawinigan). Il s’agit d’une hausse de près de 17 % depuis 2016.

Un centre de crise permanent?

Pendant que ces trois personnes fixent le plafond en attendant l’arrivée du psychiatre, trois civières ne sont plus disponibles pour résoudre des problèmes d’ordre physique.

La psychiatre Caroline Bell croit elle aussi qu’il serait possible d’offrir un environnement mieux adapté aux gens qui perdent momentanément contact avec la réalité.

« Un centre de crise bien structuré est une priorité ciblée depuis de nombreuses années dans notre milieu, mais les solutions tentées se sont révélées temporaires et souvent insuffisantes pour les besoins »

— Une citation de  Caroline Bell, psychiatre

Comme bien de ses collègues et partenaires en santé mentale, elle estime que le gouvernement devrait investir davantage afin de permettre que des professionnels, y compris ceux du milieu communautaire, soient disponibles 24h sur 24h.

Ces gens ont besoin d’une ressource de dernier recours quand la gestion de leurs émotions échoue. Certains se tournent vers l’alcool ou la drogue en forte dose. Ils arrivent à l’hôpital intoxiqués ou en sevrage lorsqu’ils n’ont plus rien à prendre. On les soigne et on les retourne, mais la source du problème n’est pas traitée et ce n’est pas médical, renchérit l’urgentiste Myriam Labelle.

Une femme en pleurs réfléchit, assise dans un escalier

En 2019, 1329 consultations pour troubles mentaux et du comportement, avec ou sans utilisation de drogues, ont eu lieu à l’urgence de l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie

Photo : Radio-Canada

Visible sur la rue

À Shawinigan, comme dans bien d’autres villes du Québec, la problématique sociale est de plus en plus visible. 

La présence de ces patients à l’urgence est en fait un symptôme; elle témoigne de notre échec social à tisser des liens, à valoriser ces gens de tous les milieux, dit la docteure Janique Dion.

Les travailleurs de rues font du bon travail, mais ne peuvent suffirent seuls à la croissante demande.

Consommation, pauvreté, isolement : les problèmes s’accumulent. La plupart n’auront accès à un professionnel qu’après (ou durant) la crise. Le mal est déjà fait, estiment les médecins consultés par notre équipe.

C’est malheureux. À chaque visite à l’urgence, empreinte de honte et de stigmatisation, je suis sûre qu’on encourage involontairement à ce qu’ils s’enfoncent de plus en plus. Je me sens toujours bien démunie devant tout ce tort qui est déjà fait, probablement que les policiers aussi. En agissant sur le terrain avec des intervenants, on pourrait peut-être prévenir plusieurs situations irréversibles, conclut docteure Dion.

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