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Tweets et images inédites marquent le début des plaidoiries des procureurs

Stacey Plaskett, debout, devant un micro, s'adressant aux sénateurs, une main sur ses notes, une autre ponctuant son allocution

« Notre pays et notre démocratie pourront-ils rester les mêmes si nous ne tenons pas pour responsable la personne qui a incité à l'attaque violente contre notre pays? », a demandé Stacey Plaskett.

Photo : Associated Press

Les procureurs ont posé les assises de leur argumentation, mercredi, au premier jour de leurs plaidoiries : pendant des mois, Donald Trump, à coups de mensonges et de déclarations incendiaires, a amené ses partisans à rejeter la légitimité de l'élection, une contestation qui a culminé par l'assaut du Capitole.

Au lendemain du débat sur la validité constitutionnelle de la procédure en destitution d'un ancien président, le procès de Donald Trump est passé à une autre étape : celle de la présentation des arguments sur le fond, avec les plaidoiries des responsables de la mise en accusation.

Utilisant contre lui ses mots et ceux de ses partisans en les assortissant d'images puissantes, les procureurs ont refait méthodiquement et efficacement la chronologie des événements comme s'ils reconstituaient les étapes d'un crime.

La preuve montrera que Donald Trump a abandonné son rôle de commandant en chef et est devenu l'instigateur en chef d'une dangereuse insurrection menée par des centaines de ses partisans, a déclaré d'emblée le représentant démocrate Jamie Raskin, qui dirige l'équipe de mise en accusation.

Jamie Raskin s'adresse aux sénateurs, tenant un crayon dans sa main droite

Le représentant Jamie Raskin, qui dirige l'équipe de mise en accusation, a amorcé les plaidoiries des procureurs démocrates.

Photo : Associated Press / Télévision du Sénat

Pendant près de sept heures, lui et ses collègues se sont appliqués à faire la démonstration du chef d'accusation retenu contre l'ancien président, « incitation à l'insurrection », divisant leur exposé en trois grands thèmes : le grand mensonge, c'est-à-dire la fraude électorale, le mouvement Arrêtez le vol, puis enfin le combat pour invalider l'élection.

La dernière partie de leur présentation, sur l'invasion du Capitole et les réactions de l'ancien président, a été particulièrement frappante.

Entrée fracassante d'émeutiers scandant des messages violents, policiers débordés, élus se dépêchant dans les couloirs pour se mettre à l'abri, appels d'employés politiques barricadés et apeurés : dans leur description de l'assaut du Capitole, les procureurs ont présenté des extraits déjà diffusés par les médias ou même par les émeutiers eux-mêmes sur les réseaux sociaux, mais aussi des images de caméras de sécurité et des enregistrements audio inédits.

Portant par exemple la casquette rouge emblématique de Donald Trump, tenant des drapeaux à l'effigie de l'ex-président ainsi que des drapeaux américains ou sudistes, ses partisans brisent des fenêtres, font irruption dans l'édifice et montent les escaliers dans l'espoir d'arrêter le comptage officiel des voix du Collège électoral ou à la recherche d'élus.

Un partisan de Donald Trump à l'intérieur du Capitole

Un partisan de Donald Trump à l'intérieur du Capitole, portant un drapeau confédéré

Photo : Reuters / MIKE THEILER

On en entend certains chercher activement le vice-président d'alors Mike Pence, blâmé par son patron pour avoir validé les résultats, et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Plusieurs pro-Trump sont entrés dans le Capitole en criant Pendons Mike Pence!, qu'on verra dans les images des caméras de sécurité être évacué par les services secrets, et un autre l'a traité de cochon traître. D'autres criaient : Oh Nancy, [...] on te cherche!

Un peu avant 14 h 30, quelques minutes après le début de l'invasion, Donald Trump dénonçait celui qui a sans doute été son allié le plus loyal pendant les quatre ans de son mandat : Mike Pence n'a pas eu le courage de faire ce qui aurait dû être fait pour protéger notre pays et notre Constitution, a-t-il écrit sur Twitter.

L'homme photographié les pieds sur le bureau de Nancy Pelosi, Richard Barnett, portait en outre un pistolet paralysant, a indiqué Stacey Plaskett, illustrant ses propos avec sa présentation visuelle.

Le président Trump leur a mis une cible sur le dos, et sa bande d'émeutiers a envahi le Capitole pour les traquer.

Une citation de :Stacey Plaskett, responsable de la mise en accusation

Même si elle n'a pas pu voter pour la mise en accusation de Donald Trump parce qu'elle vient des îles Vierges, qui dispose à la Chambre d'une déléguée non votante et non d'une représentante, Mme Plaskett s'est vu confier un rôle important, qu'elle a joué avec brio.

Les démocrates ont fait valoir que la vie de tous les sénateurs et représentants avait elle aussi été menacée. Des vidéos qui n'avaient jamais été présentées ont illustré à quel point il s'en était fallu de peu pour que les émeutiers soient en contact avec les élus pendant que ceux-ci étaient évacués.

L'une d'elles montre le sénateur républicain Mitt Romney, souvent pris à partie par Donald Trump, amené vers un endroit sécuritaire par un policier du Capitole.

À peine 58 pas séparaient les émeutiers de certains sénateurs, a martelé Eric Swalwell, disant les avoir comptés.

Pour chacun des extraits audio ou vidéos présentés, un plan du Capitole situait l'action d'un point rouge qui se déplaçait.

Une vidéo de sécurité montre des émeutiers, portant des drapeaux, courant au deuxième étage du Capitole. Un plan de l'édifice montre où ils sont.

Dans la deuxième partie de leur exposé, les démocrates ont accompagné leur argumentation de nombreux extraits vidéo.

Photo : Associated Press

Les démocrates se sont ensuite attardés aux réactions de Donald Trump alors que s'égrenaient ces heures de tension, les juxtaposant avec les scènes qui se déroulaient simultanément au Capitole.

Des heures après le début de l'invasion, il n'avait toujours pas fait appel à la Garde nationale. Dans un document du 6 janvier présenté par les démocrates, le secrétaire à la Défense par intérim indique qu'elle a été mobilisée, précisant qu'il a parlé avec Mike Pence et les leaders des partis au Congrès, sans mentionner Donald Trump.

Joaquín Castro a de plus insisté sur le fait que l'ancien président avait attendu le lendemain pour condamner l'assaut, malgré les appels répétés de plusieurs républicains pour agir immédiatement, a-t-il dit, citant les comptes rendus des médias.

Le 6 janvier, le président Trump a laissé tout le monde dans ce Capitole pour mort.

Une citation de :Joaquín Castro, responsable de la mise en accusation

Pendant que ses partisans étaient toujours au Capitole, Donald Trump les a ainsi exhortés, à 16 h 17, à rentrer chez [eux], réitérant toutefois ses revendications d'une élection truquée. Nous vous aimons, vous êtes très spéciaux, leur a-t-il assuré dans une vidéo publiée sur Twitter, disant comprendre leur douleur.

Une vidéo de Donald Trump juxtaposée avec une vidéo où l'on voit ses partisans se montrer violents.

Les procureurs ont juxtaposé des images de vidéos et déclarations de Donald Trump avec des scènes qui se déroulaient à la même période à l'intérieur ou aux abords du Capitole.

Photo : Associated Press

À 18 h 01, il justifiait leur comportement, écrivant sur Twitter : C'est ce qui arrive quand une victoire écrasante est si vicieusement volée à de grands patriotes. Souvenez-vous de ce jour pour toujours!

Ce ne sont pas des propos qui offrent une condamnation, a martelé M. Castro.

Si Donald Trump avait mis même la moitié de l'énergie à dénoncer l'assaut du Capitole qu'il en a mis quand il a pressé ses partisans à arrêter le vol, combien de vies été sauvées? a pour sa part demandé Joe Neguse.

Un drame en gestation

La rhétorique enflammée de l'ex-président lors de son discours du 6 janvier, pendant lequel il a demandé à ses partisans de se battre farouchement et pour conserver leur pays, ce qu'ils ne pourraient pas faire avec de la faiblesse, a bien sûr été au centre de l'accusation, dès le début des plaidoiries.

Joe Neguse a notamment rejeté l'idée que l'allocution de Donald Trump n'était qu'un discours.

Eh bien, laissez-moi vous demander ceci : quand, dans notre histoire, un discours a-t-il conduit des milliers de personnes à prendre d'assaut le Capitole de notre nation avec des armes?

Une citation de :Joe Neguse, responsable de la mise en accusation

À escalader les murs, à briser les fenêtres et à tuer un policier du Capitole? Ce n'était pas seulement un discours, a-t-il poursuivi.

Loin d'être un moment isolé, ces événements s'inscrivent dans une trame que Donald Trump a tissée pendant des mois, ont fait valoir les démocrates.

Allégations d'un vol électoral qui se profilait avant même le scrutin, refus de s'engager pour une transition pacifique du pouvoir, revendication de sa victoire le jour du scrutin alors que le dépouillement se poursuivait, contestation des résultats, pressions sur des responsables d'États clés, notamment au Michigan et en Georgie : l'assaut n'a pas émergé du néant, ont-ils plaidé.

Ses fausses déclarations sur la fraude électorale ont été le battement de tambour utilisé pour les inspirer, les inciter et les enflammer, pour les mettre en colère.

Une citation de :Joe Neguse, responsable de la mise en accusation

Sans surprise, les démocrates, par la voix de Stacey Plaskett, ont rappelé la réponse de Donald Trump à une question sur les suprémacistes blancs et miliciens de droite au premier débat avec Joe Biden : Proud Boys, reculez et tenez-vous prêts.

Donald Trump savait de quoi certains de ses partisans étaient capables, a affirmé la procureure, évoquant par exemple un épisode de la campagne électorale pendant lequel un convoi de véhicules de ses partisans avait encerclé un autobus transportant des membres de l'équipe de Joe Biden, au Texas. L'ex-président avait relayé la vidéo de l'incident sur Twitter et écrit : J'aime le Texas!

Stacey Plaskett a en outre ajouté que plusieurs groupes, parmi lesquels se trouvaient des suprémacistes blancs, avaient clairement indiqué leurs intentions publiquement, estimant que l'équipe de campagne de Donald Trump en était informée.

Sur les réseaux sociaux, certains s'étaient par exemple dits prêts pour la guerre ou même prêts à mourir.

Donald Trump n'était pas seulement conscient de la violence susceptible de survenir, il l'a encouragée délibérément, a soutenu Stacey Plaskett.

Pendant des semaines, il a invité ses partisans, sur Twitter, à converger vers Washington, le 6 janvier, écrivant par exemple que ce serait le délire. Il ne leur a pas simplement dit de "se battre farouchement", il leur a dit comment, où et quand, a martelé Joe Neguse.

Il s'est comporté comme l'un des animateurs du comité d'organisation des événements, a renchéri Eric Swalwell.

Un mensonge peut causer des dommages et des destructions incroyables, et c'est particulièrement vrai lorsque ce mensonge est raconté par la personne la plus puissante sur Terre.

Une citation de :Joaquín Castro, responsable de la mise en accusation

Pendant son discours du 6 janvier, Donald Trump a en outre appelé ses partisans à se diriger vers le Capitole, ont-ils rappelé, précisant que le plan initial des organisateurs de l'événement excluait la marche vers l'édifice gouvernemental. Les organisateurs avaient changé leurs plans après l'implication de Donald Trump.

Donald Trump debout derrière un lutrin

Donald Trump a livré un discours dans lequel il dénonçait, sans aucune preuve, le vol de l'élection présidentielle par Joe Biden.

Photo : Getty Images / Tasos Katopodis

Ils sont venus, drapés de drapeaux à son effigie, puis ont utilisé notre drapeau – le drapeau américain – pour battre et matraquer des policiers, a déploré Madeleine Dean, la voix tremblante. Cette attaque n'aurait jamais eu lieu sans Donald Trump.

Des plaidoiries qui n'auront pas d'impact sur l'issue du procès

Les responsables de la mise en accusation présentent un dossier très solide, a reconnu Lisa Murkowski, qui fait partie de la poignée de républicains susceptibles de condamner Donald Trump. Elle a cependant ajouté qu'elle entendait soupeser les arguments des deux partis.

Je ne vois pas comment Donald Trump pourrait de nouveau être élu à la présidence, a-t-elle laissé tomber, interrogée sur ce qui arriverait s'il était acquitté, se disant fâchée, perturbée et triste par les images inédites de l'assaut.

Plusieurs de ses collègues ont cependant indiqué, ce qui n'est pas surprenant, que la présentation n'avait pas infléchi leur opinion.

Accusant les procureurs d'hypocrisie, Lindsey Graham a même soutenu qu'il y avait désormais encore plus de votes pour acquitter l'ex-président qu'il y en avait la veille.

Si le New York Times a parlé d'élus attentifs, CNN a rapporté qu'il était arrivé que des sénateurs républicains lisent des livres ou consultent des dossiers sur d’autres enjeux. Dans la galerie, plus haut, Josh Hawley a même posé les pieds sur le fauteuil devant lui, ont indiqué plusieurs médias.

Un verdict de culpabilité, hautement improbable, requerrait l'appui des deux tiers des 100 sénateurs, soit 67. Il faudrait donc que 17 républicains se joignent aux 50 démocrates pour que se concrétise le scénario d’une destitution.

Or, la base électorale du Parti républicain reste extrêmement fidèle à Donald Trump et les sénateurs républicains sont conscients de la loyauté qu’elle exige.

Ils ont déjà télégraphié leurs intentions : mardi, les sénateurs ont jugé le procès constitutionnel à 56 voix contre 44 après avoir entendu l'exposé des procureurs et des avocats de l'ex-président; seuls six républicains se sont joints aux démocrates.

Tout cela laisse présager que bon nombre de républicains rejetteront le chef d'accusation retenu en invoquant des arguments procéduraux sans avoir à se prononcer sur le fond.

Les démocrates, qui ont mis fin à leur présentation de la journée un peu plus tôt que prévu, poursuivront leurs plaidoiries jeudi.

La défense amorcera les siennes vendredi.

Les deux parties disposeront de 16 heures chacune pour présenter leurs arguments, mais elles ne sont pas obligées d'utiliser tout le temps qui leur est alloué.

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