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La crise psychotique, racontée par ceux qui l’ont vécue

Sébastien et Anne-Marie militent pour des interventions policières mieux adaptées à leurs besoins.

Sébastien Caron s'arrête sur l'avenue Saint-Marc, près d'un organisme communautaire qui lui vient en aide.

Sébastien Caron n'avait jamais parlé publiquement de sa maladie, pas même à ses collègues de travail. Il accepte aujourd'hui de le faire dans l'espoir que Québec impose un modèle policier mieux adapté aux besoins des gens vivant avec la schizophrénie.

Photo : Radio-Canada

Être habité par la peur. C’est omniprésent pour ceux qui vivent avec la schizophrénie. Peur de faire une autre crise, peur de ses propres actions lorsqu’elles surviendront. Elle revient au galop lorsqu’ils perdent contact avec la réalité. Elle ne les quittera plus pour un bon moment. Qu’en diront les voisins, témoins de la scène? Le collègue de travail ou la connaissance, croisés par hasard à l’urgence?

Cette peur, Sébastien Caron a mis un bon moment à la surmonter. L’homme de 48 ans mène une vie somme toute assez normale, malgré l’effrayant diagnostic reçu il y a vingt ans. Au travail, certains confrères peuvent le soupçonner, mais personne ne lui en a jamais parlé en plus de dix ans. Lui-même n’a jamais initié le sujet. 

Sa garde rapprochée connaît son histoire. Les entendeurs de voix aussi, ce groupe d’entraide qui se réunit régulièrement à Shawinigan pour discuter de leur réalité, leurs angoisses et leur façon de les surmonter. 

Sébastien passe le fil de son micro sous son chandail. Sa main tremble. On peut le comprendre. Parler de sa propre maladie mentale à la télévision, c’est un peu comme se mettre nu devant des milliers d’inconnus. Pour une rare fois, il accepte d’en parler; parce qu’il veut aider. 

Incursion dans un univers parallèle

Face à lui, Anne-Marie est calme et tente de le rassurer. Elle a brisé la glace quelques minutes auparavant. Elle parle de la maladie avec assurance, ses explications sont claires. En fait, elle est mieux placée que quiconque pour en parler. Elle a appris la théorie sur les bancs d’école, au BAC en psychologie. Puis un jour, sa vie a basculé. Les voix ont pris le contrôle de sa tête.

Quand on perd contact avec la réalité, on a besoin d’être rassuré. Même si j’avais quelques notions, c’est paniquant. Tu n’es plus toi-même. Quand survient une crise, c’est rassurant que quelqu’un te dise que tu n’es pas dans la réalité. Il faut aider la personne à sortir de sa tête, se grounder, explique-t-elle.

Anne-Marie et Sébastien prennent une pause sur un banc de l'avenue Saint-Marc à Shawinigan.

Anne-Marie et Sébastien reçoivent l'aide des intervenants du Phénix, un organisme communautaire de Shawinigan. Ils partagent aussi leurs expériences personnelles aux autres membres des groupes de discussion.

Photo : Radio-Canada

Quelle relation avec les policiers?

On s’est donné rendez-vous au Phénix, un organisme communautaire de Shawinigan qui vient en aide aux gens qui vivent avec une problématique de santé mentale. Anne-Marie, avec une approche complémentaire aux intervenants, y aide beaucoup de gens.

Tous s’entendent sur une chose : les premières minutes d’une intervention sont fort importantes pour tenter de calmer une crise psychotique. Le travail du policier ou de l’intervenant appelé sur place est délicat.

La paranoïa va s’installer. Parfois, les gens vont être agressifs, mais souvent, c’est la peur qu’on voit monter. Ils sentent une intrusion dans leur vie privée. Ce n’est pas parce que tu es en perte de contrôle avec la réalité que tu ne vois pas ce qui est en train de se passer. Tu es capable de constater qu’on est rentré chez vous, tu as peur et tu ne sais pas qui sont ces gens-là, explique Lorraine Lemay, la directrice générale du Phénix.

C’est exactement ce qui est arrivé à Sébastien, lorsqu’il a fait sa première psychose il y a environ 20 ans.

J’ai écrasé dans ma chambre. Les policiers sont arrivés et ils ont défoncé la porte. Ils étaient deux ou trois. J’ai eu peur. Ils ont fait une intrusion dans ma vie, ils sont venus me chercher chez mon père. Je ne savais pas ce qui se passait. J’aurais aimé ça qu’ils me donnent plus d’informations pour que je me sente en sécurité, explique-t-il.

Ce jour-là, Sébastien a quitté lui-même la maison et s’est dirigé vers l’ambulance.

Même si tu es en psychose, tu te poses des questions. Ils vont m’emmener où? Qu’est-ce qu’ils vont faire avec moi?, renchérit Anne-Marie qui milite pour que les policiers de Shawinigan soient accompagnés d’une travailleuse sociale lors de ces interventions.

La mère de famille, qui vit avec la schizophrénie, sourit à la caméra devant les immeubles à logements du quartier Saint-Marc.

Anne-Marie Benoît, qui vit avec la schizophrénie, détient un baccalauréat en psychologie. Ses connaissances lui sont grandement salutaires lorsque les voix reprennent le contrôle de sa tête.

Photo : Radio-Canada

Ça aurait assurément désamorcé certaines situations qui se sont produites. Ça aurait possiblement pu éviter plusieurs hospitalisations pour moi.

Anne-Marie explique qu’elle a parfois besoin de près de deux heures pour calmer une crise. Elle estime que la majorité des policiers optent pour une solution plus rapide en la plaçant entre les mains du système de santé; afin de retourner s’occuper des autres urgences.

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