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Le psychanalyste, la censure et l’air du temps

L’auteur Maxime-Olivier Moutier crie à la censure. Son éditeur, XYZ, évoque plutôt un texte « pas mûr ».

Portrait de l'auteur à l'extérieur à Montréal en hiver.

L’auteur Maxime-Olivier Moutier se dit victime de censure.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Comme toute bonne polémique de nos jours, celle-ci arrive par les médias sociaux. Maxime-Olivier Moutier, écrivain, psychanalyste et intellectuel singulier de la génération X, publiait, lundi soir, un statut Facebook dans lequel il accuse sa maison d’édition, XYZ, de le censurer.

Et ses mots vont faire mouche, car ils viennent chatouiller un bobo qui démange les médias, les intellectuels, les universitaires et le monde littéraire depuis des mois.

Moutier écrit donc que sa liberté d’expression littéraire a été limitée au nom d’une morale qu’il varlope avec ironie.

C’est bien évidemment de la censure, mais à quoi bon le rappeler, la censure aujourd’hui est une bonne chose. Les censeurs font le bien. Ils participent à la refondation d’une société meilleure. Mission dont je fais le choix de m’exclure. Je n’ai jamais mangé de ce pain-là; ce n’est pas ce matin que je vais commencer.

Une citation de :Maxime-Olivier Moutier

Le brûlot du statut Facebook fait boule de neige. Le milieu littéraire québécois est en émoi.

Mardi après-midi, dans le stationnement du Taz, un centre de planche à roulettes intérieur situé dans le parc Frédéric-Back, Moutier est très calme malgré la petite tempête médiatique qu’il a provoquée, les commentaires positifs comme les négatifs.

Parler, c’est bon pour la santé mentale. C’est de refouler qui est malsain, dit-il, souriant, alors que nous discutons, chacun derrière le volant de sa voiture à l’arrêt.

Maxime-Olivier Moutier vient de terminer son quart de travail au centre de crise où il travaille comme agent d'intervention et où ses collègues et lui voient la détresse au quotidien.

Les gens suicidaires, déprimés, déchirés, il y en a beaucoup, m’explique celui dont le job est d’écouter tous ces gens brisés.

J’écoute tout le monde. Parfois, des criminels endurcis me racontent des choses difficiles, mais je les écoute sans les juger, dit l’intervenant.

Moutier croit fermement au pouvoir des mots pour le dire pour reprendre le titre du célèbre livre de Marie Cardinal sur la psychanalyse.

Il me raconte comment Freud arrive à la psychanalyse : Une de ses patientes lui dit : "Taisez-vous, laissez-moi parler", et c’est ainsi que Freud comprend le pouvoir de la parole libre qui guérit.

Comme le texte qu’il s’apprêtait à publier chez XYZ n’est, justement, pas publié et que Maxime-Olivier Moutier n’a pas voulu nous le faire lire, nous ne saurons pas quel était exactement l’objet du litige, s’il était de nature littéraire ou morale, mais l’écrivain évoque le projet d’un nouveau texte sur l’aspect psychotique de ce que certains appellent la nouvelle censure.

Si tu dis à un psychotique que "tu es mort de rire", il va te répondre que "non, tu es bien vivant". La capacité à mettre en contexte, à nuancer, à saisir le second degré est évacuée, explique Moutier.

Père de jeunes de la génération des millénariaux, il se questionne sur l’aspect sociologique qui fourmille sous ces questions de liberté d’expression.

Une génération à qui on n’a jamais dit non, à qui on n’a pas mis beaucoup de limites, dit beaucoup "non" et met beaucoup de limites.

Une citation de :Maxime-Olivier Moutier

Moutier dit que le texte sur lequel il travaillait et qui devait sortir chez XYZ est un peu fou, très libre, mais pas méchant ni pervers. Il ne comprend donc pas pourquoi ses éditeurs l’ont bloqué. Ce qui ramène la conversation vers la psychanalyse.

La psychanalyse responsabilise et dit : si tu as peur des araignées, demande-toi pourquoi tu en as si peur, ne demande pas à tout le monde d’acheter de l’insecticide, raconte un Maxime-Olivier Moutier serein.

Il y avait des chapitres juste pas assez réussis

XYZ a-t-elle eu peur des araignées? A-t-elle été frileuse? Myriam C. Belzile, directrice littéraire de la maison d’édition, évoque une histoire beaucoup plus simple que celle d’un auteur sulfureux censuré.

Elle fait plutôt le récit d’un long et minutieux travail d’édition qui parfois mène à des impasses et provoque l’impatience d’un auteur.

XYZ aimait bien ce projet de livre, mais, selon la directrice littéraire, certains chapitres n’étaient tout simplement pas assez réussis.

Il y avait des textes faibles, pas mûrs, qui ne marchaient tout simplement pas. C’est le travail d'un éditeur de faire retravailler un texte qui ne marche pas. Ça n’a rien à voir avec de la censure.

Une citation de :Myriam C. Belzile, directrice littéraire de XYZ

Maxime-Olivier Moutier dit avoir eu des offres d’autres éditeurs pour publier son livre. Il dit aussi que ceux qui le défendent aujourd’hui seraient peut-être les premiers à être indignés par ses écrits.

Et l’indignation est dans l’air du temps.

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