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Incapable de recruter un directeur francophone, le Collège Churchill abolit le poste

Le panneau d'une école avec un bouledogue.

Le Collège Churchill et son pendant anglais, Churchill High School, sont situés dans le même bâtiment.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Le Collège Churchill de Winnipeg, qui offre des programmes d'immersion française, est désormais géré par le directeur de son pendant anglais, Churchill High School, car les tentatives pour trouver un directeur francophone sont infructueuses, selon la Division scolaire de Winnipeg.

Dans une lettre aux parents obtenue par CBC/Radio-Canada, la surintendante des services d’éducation de la Division scolaire de Winnipeg, Celia Caetano-Gomes, écrit que l'organisation a tenté à de nombreuses reprises de recruter un directeur francophone pour le Collège Churchill, du printemps à la fin novembre 2020.

Bien qu’il y ait eu des demandeurs, ils ne répondaient pas aux attentes du degré d’expérience administrative requis pour diriger le Collège Churchill, indique-t-elle, en notant que ce n’est pas la première fois que l’école peine à recruter un directeur.

L’établissement décide alors d'adopter une nouvelle approche : abolir le poste de directeur du Collège Churchill. Le directeur de Churchill High School, son pendant anglais situé dans le même bâtiment, Ryan Hughes, dirigera désormais les deux écoles. Mais il ne parle pas français.

Pour appuyer le changement de directeur, nous ajoutons un nouveau poste de directeur adjoint francophone, pour soutenir la pédagogie en français et le curriculum, poursuit Mme Caetano-Gomes.

Elle assure que l’offre de cours en français ne souffrira pas de ce changement, et que l’école continuera d’entretenir son milieu francophone. Une charte sera créée pour encadrer le programme francophone de l’école.

Ryan Hughes est devenu le directeur du Collège Churchill le 8 février, et les changements administratifs devraient être complétés d’ici la prochaine rentrée scolaire.

Nuire à l’environnement francophone

Le président de la section manitobaine de l’organisme Canadian Parents for French, Michael Hudon, regrette cette décision de la Division scolaire.

Pour nous autres les apprenants de français comme langue seconde, c’est souvent uniquement à l’école que nous parlons français, que le français fasse partie de notre vie, donc c’est important qu’on crée un environnement francophone à l’école et ça commence en haut avec la direction, explique-t-il.

Si nous avons une direction francophone, elle peut encadrer l’équipe d’enseignants en français. Un élève va voir son enseignant parler avec la direction en français, et ça commence déjà à créer cet environnement en français, poursuit-il.

Il reconnaît que la province souffre d’une pénurie d’enseignants. C’est les enseignants qui deviennent les administrateurs, alors s’il y a une pénurie d’enseignants, c’est logique qu’il y ait une pénurie au niveau de la direction, indique-t-il.

En entrevue avec Radio-Canada, Celia Caetano-Gomes assure que la réorganisation de l’administration n’aura aucun impact sur l’enseignement.

La qualité de l’enseignement dans les salles de classe, le niveau de français qui est parlé et entretenu chez les élèves, ce sont des engagements qui continueront, affirme-t-elle.

Une pénurie d’enseignants de longue date

Un porte-parole du ministère de l’Éducation du Manitoba affirme que la pénurie d’enseignants se fait sentir partout au pays. La raison, c’est l’effet de la combinaison des départs à la retraite d’enseignants francophones, d’enseignants qui quittent la profession et une augmentation des inscriptions dans les écoles françaises et d’immersion française, poursuit le porte-parole.

Au Manitoba, les inscriptions aux programmes d'immersion française ont augmenté de 36 % de 2009 à 2018. Dans la même période, le nombre de personnes inscrites au programme scolaire français n'a augmenté que de 9 %.

Le directeur général de la Division scolaire Louis-Riel, Christian Michalik, dit que sa Division n’est pas pour l'instant confrontée à l’embauche d’administrateurs. Cependant, la pénurie d’enseignants francophones empire dans le contexte de la pandémie.

Il reconnaît lui aussi que l’immersion française est victime de son succès. Il pointe du doigt le nombre insuffisant de diplômés des facultés d’éducation au Manitoba, et en particulier, à l’Université de Saint-Boniface.

Recruter dans l’est du pays

Pour tenter de remédier au manque d’enseignants dans les établissements d’immersion française, la Divison scolaire de Winnipeg se tourne depuis 2015 vers les autres provinces, selon Celia Caetano-Gomes. Des équipes de recrutement sont envoyées dans des villes telles que Québec, Montréal, Sudbury, Ottawa et Moncton.

Il s’agit d’élargir le bassin d’embauche d’enseignants d’immersion française, affirme-t-elle, en notant que la Division scolaire de Winnipeg compte 225 postes d’enseignants d’immersion française.

Bien que la Division scolaire cherche à embaucher plus d’une trentaine d’enseignants d’immersion avant le début de chaque année scolaire, seuls 17  professionnels ont été recrutés en dehors de la province en 4 ans.

La Division scolaire leur offre notamment des contrats permanents sur le champ, alors que de nombreux enseignants au Manitoba doivent attendre des années avant qu’un contrat permanent leur soit proposé.

Afin d’augmenter le nombre d’enseignants d’immersion française issus des écoles manitobaines, la surintendante des services d’éducation de la Division scolaire de Winnipeg, Celia Caetano-Gomes, croit que la province pourrait créer une campagne pour encourager les jeunes en immersion à faire carrière dans l'enseignement.

Pour sa part, le porte-parole du ministère de l’Éducation indique que le Bureau de l’éducation française a créé un groupe de travail pour se pencher sur la question avec des représentants de la Division scolaire franco-manitobaine, la Manitoba School Boards Association, la Manitoba Association of School Superintendents, l’Université de Saint-Boniface et de Canadian Parents for French.

Le groupe doit notamment réfléchir à la formation, le recrutement et la rétention d’enseignants ainsi que la collecte de données sur la pénurie. Le porte-parole assure que la province continuera de travailler avec les divisions scolaires pour résoudre la pénurie d’enseignants francophones.

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