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« Troublantes » proportions d'universitaires en détresse et aux idées suicidaires

Selon un sondage Léger commandé par l'Union étudiante du Québec, 81 % des universitaires vivent un niveau élevé de détresse psychologique.

Des étudiantes, séparées par un panneau de plexiglas, travaillent à l'ordinateur.

La possibilité de retourner sur les campus est un pas en avant, mais il faudra davantage de ressources d'accompagnement et de prévention, selon l'Union étudiante du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

L'Union étudiante du Québec s'inquiète et se dit « troublée » par le nombre élevé d'étudiants ayant eu des idées suicidaires au cours de la dernière année. Pas moins de 3 % des répondants à un sondage mené à la session d'automne 2020 ont même déclaré avoir fait une tentative de suicide, une proportion nettement plus élevée que dans la population en général.

Le coup de sonde, mené en novembre par la firme Léger auprès de 1209 étudiants répartis dans 17 campus universitaires de la province, révèle un portrait peu reluisant de leur état de santé mentale.

Selon le rapport qui doit être rendu public aujourd'hui et dont Radio-Canada a obtenu copie, 81 % des répondants ont montré des signes de détresse psychologique. De ce nombre, la moitié estimaient que leur état s'était détérioré durant la session d'automne, tenue majoritairement à distance en raison des mesures sanitaires.

Des constats alarmants, selon l'Union étudiante du Québec (UEQ), qui représente 91 000 universitaires québécois. C'est encore pire que ce qu'on croyait, déplore sa présidente Jade Marcil.

La moitié des répondants ont aussi déclaré percevoir une diminution de leur rendement de travail. C'est vraiment à prendre en compte dans les prochaines mesures que les universités vont mettre en place.

Principales sources de stress

  • Charge de travail accrue : 65 %
  • Manque de relations humaines : 61 % 
  • Cours en ligne : 56 %
  • Travaux en équipe à distance : 48 %
  • Incertitude ou manque d'informations sur les cours : 46 %
  • Environnement d'étude à la maison : 43 %


Source : sondage Léger, Union étudiante du Québec

Davantage de détresse que dans l'ensemble de la population

Mme Marcil est d'autant plus préoccupée par les données sur les idées suicidaires et les tentatives de suicide rapportées dans le sondage. Pas moins de 7 % des répondants ont admis avoir eu des idées noires dans les 12 mois précédant le coup de sonde, alors que 3 % ont déclaré avoir tenté de s'enlever la vie au cours de la même période.

C'est une des statistiques qui nous inquiètent le plus. [...] C'est vraiment très important pour nous [d'y voir], insiste Mme Marcil, qui n'a pas caché être déstabilisée par les données obtenues.

Ces chiffres-là sont vraiment très très troublants.

Une citation de :Jade Marcil, présidente, Union étudiante du Québec

La présidente de l'UEQ souligne que les taux obtenus dans le sondage sont beaucoup plus élevés que dans la société en général. Selon l'Enquête sur la santé de la population 2014-2015 (Nouvelle fenêtre) de l'Institut national de santé publique du Québec, le taux d’idéations suicidaires de la population québécoise [de plus de 15 ans] était de 2,8 % alors que le taux de tentatives de suicide était de 0,4 %.

Jade Marcil, présidente de l'Union étudiante du Québec

Jade Marcil, présidente de l'Union étudiante du Québec

Photo : Radio-Canada

Détresse documentée

Les résultats colligés par Léger pour l'UEQ se rapprochent notamment de ceux rendus publics l'automne dernier par un groupe de chercheurs du réseau de l'Université du Québec. Sur 2700 employés et étudiants du réseau sondés, 10 % avaient déclaré avoir eu des idées suicidaires depuis le début de la pandémie.

Les indicateurs du sondage de l'UEQ sont aussi plus inquiétants que ceux observés lors d'une autre enquête de l'Union, en 2018. L'enquête Sous ta façade, d'une beaucoup plus grande envergure avec 23 881 étudiants sondés, fait état d'un taux de 58 % de répondants en détresse psychologique et de 1 % ayant fait une tentative de suicide au cours de l'année précédente.

Il y avait plusieurs indicateurs qui étaient problématiques avant la COVID-19. Alors [avec le sondage] on voulait documenter et faire une mise à jour en pleine session durant la pandémie.

Une citation de :Jade Marcil, présidente, Union étudiante du Québec

L'UEQ était donc déjà préoccupée par les conditions d'étude de ses membres sur les campus du Québec et réclamait une politique nationale d’amélioration de la santé psychologique étudiante. Une demande qu'elle réitère encore aujourd'hui. Il faudra qu'il soit soutenu au prochain budget, tranche Jade Marcil.

Elle en profite pour demander des actions en prévention, et pas seulement en intervention, comme c'est le cas avec la crise actuelle. Il ne faut pas l'oublier. [...] Il y a beaucoup de choses que les milieux d'enseignement peuvent faire pour prévenir des situations stressantes, comme la notation et l'admission des cours.

Reconduire les investissements

En regard du sondage qu'elle publie aujourd'hui, l'UEQ demande au gouvernement du Québec de reconduire tous les investissements réalisés depuis le début de la pandémie pour les universités. Des enveloppes ont notamment été débloquées pour ajouter des ressources d'aide en santé mentale, mais aussi pour contrer le décrochage.

Selon le coup de sonde, 52 % des personnes répondantes ont mentionné avoir ressenti un besoin de soutien psychologique durant leur session. Mais parmi elles, 77 % ont dit ne pas y avoir eu accès, parfois pour des questions financières, par manque de temps ou en raison du temps d'attente.

Qui plus est, un peu plus du tiers des répondants ont rapporté une diminution du soutien offert par leur université et par les membres du corps enseignant à la session d’automne 2020. Il va falloir augmenter ce soutien-là si on veut passer à travers la prochaine session.

La classe politique préoccupée

À Québec, les différents partis politiques se disent préoccupés par ce sondage.

Ces chiffres sont alarmants, mais franchement peu surprenants, se désole le solidaire Sol Zanetti.

Qui est capable d'étudier comme si de rien n'était, alors qu'on est tous encabanés chez nous? J'ai déjà été prof au cégep, je sais ce que ça peut faire comme dommages, l'anxiété aux études supérieures. C'est un fléau auquel on doit s'attaquer si on ne veut pas que les jeunes collégiens et universitaires qui voient leurs études chamboulées par la COVID ne soient pas désavantagés par rapport aux autres!

La clé de la réussite étudiante en ces temps de pandémie? Santé mentale, santé mentale, santé mentale.

Une citation de :Sol Zanetti, député de Jean-Lesage

Je suis consternée par les résultats de cette enquête sur la santé psychologique étudiante, déplore pour sa part la libérale, Hélène David. Danielle McCann doit tout mettre en oeuvre pour offrir les services de soutien aux étudiants dans les meilleurs délais.

Au cabinet de Danielle McCann, on assure faire le nécessaire pour lutter contre ce problème exacerbé par la pandémie. Une consultation générale a été faite en janvier dernier et un plan d’action sera disponible ce printemps, souligne-t-on.

Il faut savoir que cet été, nous avons consacré 10 M$ afin de bonifier les services psychosociaux en Enseignement supérieur. Le 1er novembre dernier, notre gouvernement a bonifié d’un autre 10 M$ l’aide pour nos étudiants. Cet argent a justement pour objectif de diminuer les listes d’attentes.

Le retour progressif en présentiel contribuera aussi à améliorer la cause, affirme le cabinet de Danielle McCann.

La ministre est très active dans le dossier et a de fréquentes rencontres avec les dirigeants universitaires, notamment sur la question de la santé mentale. Le constat qu’elle en fait est que les établissements sont très sensibles à cet enjeu et le prennent extrêmement au sérieux, ce qui est rassurant dans les circonstances. Bien sûr, il faut poursuivre le travail avec tous les acteurs du milieu, car la crise n’est pas encore derrière nous.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553).

Ce service est disponible partout au Québec, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Le site commentparlerdusuicide.com (Nouvelle fenêtre).

Ailleurs au Canada : 1-833-456-4566

On peut aussi consulter le site Prévention du suicide et soutien (Nouvelle fenêtre).

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