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Des acériculteurs s'inquiètent de l'augmentation des coupes forestières en terre publique

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Chalumeau et cannettes acericulture Sirop erable

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Les acériculteurs se sentent laissés pour compte par la Stratégie nationale de production du bois de Québec qui a été dévoilée en décembre dernier par le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour. Ils jugent que la stratégie met en péril la pérennité de l’acériculture pour les générations futures.

Rock Morel est propriétaire de l’érablière de la Montagne Blanche dans la ZEC du Bas-Saint-Laurent qui comporte environ 135 000 entailles. Les trois quarts de sa superficie sont situés en terre publique.

Roch Morel pose devant son camion identifié au nom de sa compagnie.

Roch Morel est propriétaire de l'Érablière de la Montagne Blanche.

Photo : Radio-Canada

Ici, on a une partie exploitée depuis au moins 25-30 ans. De l’autre côté, on a tout simplement des érables qui n’ont jamais été exploités, évoque Rock Morel en regardant la forêt qui l’entoure.

Des producteurs acéricoles comme lui songent déjà à des projets d’expansion. Or, le syndicat des acériculteurs du Bas-Saint-Laurent s’inquiète que les acériculteurs soient freinés par la Stratégie nationale de production de bois proposé par le MFFP. Avec cette stratégie, le gouvernement prévoit presque doubler la récolte de bois d’ici 2080.

Le plan prévoit notamment l’intensification du prélèvement d’arbres situés principalement sur les terres publiques.

Une forêt d'arbres en plein hiver avec des tubulures pour l'érablière.

À gauche, des érables exploités avec des tubulures. À droite, des érables qui n'ont pas encore été exploités.

Photo : Radio-Canada / Shanelle Guérin

Le syndicat des acériculteurs précise que la Stratégie nationale de production de bois usera d’une coupe qu’on voyait dans les années 1980, c'est-à-dire que les arbres dont le diamètre a atteint sa pleine grandeur seront coupés, plutôt que de prioriser les arbres malades ou qui vont mourir dans les prochaines années.

Ce qu’on entend, c’est qu’il y ait une possibilité que les entreprises forestières viennent couper ces arbres-là, dit M. Morel en montrant une immense parcelle de terrain vierge.

Ça va nous enlever carrément une possibilité de croissance dans nos érablières adjacentes.

Une citation de :Rock Morel, propriétaire de l'Érablière de la Montagne blanche

Selon le syndicat des acériculteurs du Bas-Saint-Laurent, des érables situés en terres publiques louées par des acériculteurs auraient été marqués par le MFFP à travers la province en vue d’une éventuelle coupe.

Le tronc d'un arbre marqué d'un point orange.

Les arbres qui seront coupés sont marqués par le MFFP selon un code de couleur qui diffère d'une région à l'autre (archives).

Photo : Radio-Canada / Jacques Marcoux

Les arbres qui sont coupés sont souvent les meilleurs arbres et c'est eux qu'on utilise nous pour avoir une meilleure production, rapporte Justin Plourde, président du syndicat des acériculteurs du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Il mentionne que ces érables sont de bonne qualité puisqu’ils arrivent à maturité.

Si on veut soutenir la croissance de notre production, on a besoin de la forêt publique pour être capable de progresser parce que les massifs importants d’érables sont beaucoup situés en terre publique, explique-t-il.

Une forêt d'arbres avec des tubulures entre eux pour l'érablière.

Une forêt d'arbres avec des tubulures entre eux pour l'érablière.

Photo : Radio-Canada

Augmentation des coûts à prévoir

De son côté, le propriétaire de Ma Cabane en Gaspésie, situé à 50 % dans les terres publiques des monts Chic-Chocs, craint que les coûts reliés à l’acériculture augmentent à l’avenir.

En coupant des érables, l’installation de la tubulure deviendrait plus dispendieuse pour les producteurs puisque la distance entre chaque érable s’allonge.

Puis, en intensifiant le prélèvement d’arbre pourrait limiter un entrepreneur acéricole dans sa croissance.

À l’heure actuelle, le MFFP permet aux acériculteurs d’entailler un érable d’au moins 20 centimètres de diamètre.

À partir de 2023, seuls les érables d’au moins 23 centimètres de diamètre pourront être entaillés, ce qui réduira le nombre d’entailles possible dans une érablière en terre publique.

Planche de bois avec des trous à la verticale.

Tout en haut, une entaille des années 60. Tout en bas, une entaille en 2021.

Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, Gino Ouellet mentionne que la location d’hectares sur des terres publiques est de plus en plus chère. Il croit que les futurs acériculteurs se tourneront vers des terres privées.

Ça va venir handicaper le futur des érablières parce que ça va peut-être devenir plus intéressant pour un acériculteur futur d’acquérir une terre que d’aller sur terre publique, craint le propriétaire de Ma Cabane en Gaspésie.

Pour écouter le segment sur le sujet à l'émission Même fréquence, cliquez ici.

Justin Plourde rappelle qu’avant d’entailler un érable en région nordique comme au Bas-Saint-Laurent, l’arbre doit être âgé d’au moins 70 ans.

Ça veut dire que ce qu’on planifie aujourd’hui va avoir des impacts pour plusieurs années. C’est important d’avoir une bonne gestion de la récolte qui se fait dans les peuplements d’érable.

Une citation de :Justin Plourde, président du syndicat des acériculteurs du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie

Une érablière, c’est fragile, renchérit Gino Ouellet. Il faut que tu la déranges le moins possible pour avoir un rendement adéquat pour un acériculteur.

Par courriel, le ministre du MFFP, Pierre Dufour, affirme que la stratégie n’est pas en contradiction avec les projets de développement de l’acériculture. Il précise que la récolte forestière en érablière fait l’objet de travaux adaptés, pour préserver le potentiel acéricole.

Des rencontres sont prévues dans les prochaines semaines avec des représentants des producteurs acéricoles.

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