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Des policiers ont utilisé l’outil « illégal » Clearview AI en Colombie-Britannique

Un détective de Vancouver a utilisé le logiciel lors d'une enquête sur la pornographie juvénile.

Une représentation stylisée d'un processus de reconnaissance faciale.

La banque de données de l’entreprise, construite à partir de photographies publiées sur Internet et dans les réseaux sociaux, renferme plus de trois milliards d’images.

Photo : iStock / KENGKAT

Cinq policiers et un citoyen britanno-colombiens ont utilisé le service « illégal » de reconnaissance faciale Clearview AI, une révélation qui renforce le besoin d’avoir des lois plus strictes et des peines dissuasives, plaident des experts.

Au Canada, 48 organisations, entités, ou corps policiers, dont la Gendarmerie royale du Canada (GRC), se sont laissés tenter par le logiciel offert par de l'entreprise américaine, considéré comme étant de la surveillance de masse par les commissaires à la vie privée du fédéral et de trois provinces.

Le Service de police de Vancouver admet qu’un de ses membres figure parmi les policiers cités dans le rapport des commissaires.

Un détective de l’unité intégrée d'exploitation des enfants a utilisé le logiciel lors d'une enquête sur la pornographie juvénile, décrit un porte-parole de la police, Steve Addison.

Son objectif : identifier un enfant victime. La priorité de l’unité est d'identifier et de localiser les enfants victimes d'abus sexuels afin de les sauver de ces abus , est-il écrit dans un courriel.

Le logiciel n'a trouvé aucune concordance et il n'a plus jamais été utilisé depuis , note l’agent Addison.

Au Québec, des comptes ont été créés par des employés de deux corps de police , note le bureau de la présidente de la Commission d’accès à l’information du Québec, Diane Poitras, qui ne peut affirmer si les utilisateurs sont des policiers. Le dossier suit son cours.

Gros plan sur un oeil sous une technologie de reconnaissance faciale.

Une fois une personne identifiée, l'application Clearview AI répertorie toutes les images publiques sur lesquelles celle-ci apparaît.

Photo : Getty images/iStock

Une collecte d'information « illégale »

Le commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique, Michael McEvoy, n’est pas surpris que des agents aient souhaité profiter d'un service qu'ils pourraient avoir jugé utile.

Ils doivent toutefois d’abord se demander si les technologies utilisées enfreignent les lois sur la vie privée, fait-il valoir.

Dans le cas de Clearview AI, les pratiques étaient illégales et une violait manifestement le droit à la vie privée des Canadiens, écrit M. McEvoy dans un rapport (Nouvelle fenêtre) rédigé avec ses homologues du Canada, du Québec et de l’Alberta.

La banque de données biométriques de l’entreprise, construite à partir de photographies publiées sur Internet et dans les réseaux sociaux, renferme plus de 3 milliards d’images prises sans le consentement des personnes photographiées, des enfants, notamment.

Ce n'est pas l’efficacité de l’outil qui est remis en question, c’est la légitimité de la collecte d’information pour le nourrir, explique le directeur adjoint du laboratoire de cyberjustice de l’Université de Montréal, Nicolas Vermeys.

Si les policiers n’étaient pas au courant du mécanisme de collecte de photos et d’informations personnelles de Clearview AI, ils l’ont peut-être simplement considéré comme étant un outil très utile et performant pour identifier un suspect, constate le professeur à la Faculté de Droit de l’UdM.

Le commissaire McEvoy précise par ailleurs que les utilisations individuelles menées sans autorisation des corps policiers ont été interrompues dès que l’information a été portée à leur attention.

Une caméra reconnait les visages des passants dans la rue.

Au Canada, 48 organisations, entités, ou corps policiers ont utilisé les services de Clearview, jugés illégaux par le rapport de commissaires à la vie privée.

Photo : getty images/istockphoto / AndreyPopov

Une stratégie de vente « convainquante »

La stratégie de vente des services de Clearview AI visait à faire la promotion de son service auprès des forces policières. L'entreprise créait des comptes « d'essai » gratuit d'une durée limitée pour séduire des clients potentiels.

On peut critiquer l’outil pour des raisons de protection de la vie privée, mais reste que le discours de vente de Clearview AI était quand même assez convaincant, reconnaît Nicolas Vermeys.

La GRC est d’ailleurs devenue un client payant de l'entreprise, avant la suspension de son compte, durant l'été 2020. Son utilisation fait toujours l'objet d'une enquête du Commissariat à la vie privée du Canada.

Invité à commenter, le ministre de la Sécurité publique de la Colombie-Britannique, Mike Farnworth, n'a pas immédiatement répondu à nos demandes d'entrevues.

L'écusson d'un policier de la GRC au Nunavut.

Les résultats d’une enquête distincte menée par le Commissariat sur la GRC, qui est devenu un client payant de Clearview AI, devraient être dévoilés sous peu.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Protéger sous peine d'amendes

Dans leur forme actuelle, les lois ne suffisent pas, estime le commissaire McEvoy. Elles doivent être renforcées pour s'assurer que des sanctions sont mises en place pour dissuader les entreprises de collecter des informations, comme dans le cas de Clearview AI.

Ce qui manque au pays, c'est la possibilité pour les régulateurs d'infliger des amendes, de pénaliser les entreprises avec une somme d'argent suffisante pour les empêcher de se livrer à de telles activités, dit-il.

Certaines provinces, comme le Québec, envisagent des amendes. En Colombie-Britannique, un comité spécial examine la législation telle qu'elle existe et prépare des recommandations au gouvernement.

Pour le professeur Vermeys, le problème se situe peut-être aussi au niveau des ressources. Les organismes qui sont dédiés à la protection de la vie privée ne sont pas nécessairement financés à la hauteur de leur besoin.

Le Commissariat fédéral à un budget qui est, à mon humble avis, ridicule quand on considère l’importance de son mandat, dit-il.

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