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Faut-il taxer le pain pour le sucre qu’il contient?

Dans sa forme la plus simple, du pain c’est de la farine, de l’eau, de la levure et du sel. Les pains tranchés sur les étagères d'épicerie ne se limitent toutefois pas à ces seuls ingrédients. En plus de nombreux agents de conservation et d’autres additifs, on y ajoute aussi du sucre.

Les miches sont posées les unes sur les autres.

Des miches de pain.

Photo : Radio-Canada

Utilisés dans les bonnes proportions, la farine, l’eau, la levure et le sel donnent au pain une mie tendre alvéolée et une croûte croustillante et bien dorée. Ce sont les ingrédients de la baguette et autres miches qu’on trouve dans la plupart des boulangeries artisanales.

Plus de la moitié des pains que l'on vend en épicerie ont cependant des listes d’ingrédients beaucoup plus élaborées et comptent entre autres du sucre.

Si en Irlande le pain ne doit légalement pas contenir de sucre, au Canada, en revanche, il n’existe pas de définition légale de ce qu’est un pain et des ingrédients qu’il peut ou doit contenir.

Le sucre entre dans la composition des pains blancs et des pains à hamburger, à hot-dog ou à sous-marin dans une proportion qui varie de 6 % à 12 %.

Le sucre est un ingrédient de base dans la majorité des pains, nous explique Mario Fortin, consultant en boulangerie chez Forma-lab. En plus d’accélérer le temps de cuisson, le sucre donne un pain plus souple et plus moelleux, en plus d’en amincir la croûte et de lui donner une couleur plus foncée.

Différents pains sont présentés sur la table

Un pain qui contient du sucre aura une croûte plus foncée.

Photo : Radio-Canada

Si les pains tranchés de l’industrie, y compris ceux à 6, 12 ou 14 céréales par exemple, contiennent presque tous du sucre, on parle quand même de seulement 1 à 4 grammes par tranche. Alors pourquoi en parler?

C’est qu’en 2020, en Irlande, un franchisé de la chaîne de restauration Subway s’est adressé à la cour pour bénéficier de l’exemption de taxes qui s’applique sur le pain vendu au détail, comme c’est le cas au Canada aussi pour les aliments de base vendus en épicerie, comme le lait, les œufs et le pain.

Et la Cour suprême d’Irlande a tranché : les pains à sous-marin en question sont taxables car ils contiennent plus de 2 % de sucre. Le tribunal les a même qualifiés de produits de confiserie et non de boulangerie!

Je crois qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent! s’exclame Mario Fortin. Le sucre fait partie des ingrédients de base pour faire du pain. À partir du moment où on met de la levure dans une pâte, c'est de la boulangerie, ce n'est pas de la pâtisserie ou de la confiserie.

Une danoise, un croissant, une brioche ou un beigne contiennent tous du sucre, et ce sont des produits de boulangerie, pas de pâtisserie. Le pain, c’est pareil.

Une citation de :Mario Fortin, consultant en boulangerie chez Forma-lab
Des tranches de pain les unes sur les autres

Pain incluant des céréales.

Photo : Radio-Canada

Aux yeux de la loi irlandaise, la plupart des pains tranchés, à hamburger ou autres qui sont vendus dans nos épiceries seraient aussi considérés comme de la confiserie, car ils contiennent souvent plus que 2 % de sucre.

Pour sa part, le gouvernement canadien n'envisage toutefois pas la taxation des pains, peu importe leur teneur en sucre.

Avant de justifier une taxe sur un aliment, il faut se demander d'abord si l'aliment en question crée un tort à la santé, précise Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids.

Contrairement aux boissons sucrées qui contribuent au diabète de type 2, à l'obésité, au cancer et à différentes maladies cardio-vasculaires, la science l’a confirmé, il n’y a pas d’étude qui conclut que ces types de pains sont néfastes pour la santé, poursuit-elle.

Même si le sucre n’est pas un ingrédient essentiel et que le pain blanc est moins nutritif et moins cher que les pains de farine intégrale, taxer ces pains-là créerait un préjudice, ajoute la nutritionniste Marie-Josée Leblanc.

Dans l’offre en pains qui contiennent du sucre, L’épicerie note que les plus hautes teneurs observées sont de 4 à 6 grammes par portion, soit environ une cuillère à thé. On n'est pas dans la même catégorie d’aliments que les boissons sucrées, mais l’idéal serait que l'industrie diminue ses taux de sucre, peu importe le produit, ajoute Corinne Voyer.

On n'a pas besoin d'avoir autant de sucre dans une portion de pain, l’industrie pourrait faire mieux.

Une citation de :Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids
Une main écrase la mie.

Un pain moelleux.

Photo : Radio-Canada

La nutritionniste Marie-Josée Leblanc va plus loin.

L’industrie pourrait très bien s’abstenir de mettre du sucre, souligne-t-elle. Déjà qu’ils contiennent quelques agents de conservation et d'autres additifs qui ont la même fonction que le sucre, c’est-à-dire rendre la mie plus agréable pour le consommateur, on se retrouve avec des produits ultra-transformés avec de longues listes d'ingrédients.

Cela dit, conclut-elle, taxer le pain blanc n’est pas une bonne idée tant qu’on en mange occasionnellement et que le reste du temps on choisit des bons pains faits avec des bonnes farines.

Le reportage de Pierre Huard et de Johane Despins sera diffusé à L’épicerie, sur ICI Télé, le 10 février à 19 h 30

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