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Québec déclenche une enquête indépendante concernant le Manoir Liverpool

Des dessins d'arc-en-ciel sur une affiche de couleur blanche de la résidence pour aînés Manoir Liverpool.

Des dessins d'arc-en-ciel ont été collés sur l'affiche du Manoir Liverpool.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Le ministre de la Santé du Québec se demande encore comment la situation de maltraitance au Manoir Liverpool n’est jamais parvenue aux oreilles de la haute direction du CISSS de Chaudière-Appalaches. Pour en avoir le coeur net, Christian Dubé demande une enquête indépendante.

Depuis la fin de semaine dernière, le président-directeur général du CISSS de Chaudière-Appalaches et actuel directeur de la campagne de vaccination du Québec, Daniel Paré, est critiqué et défend sa gestion de crise.

Un rapport d’enquête de son organisation, commandé à la suite d’un reportage de Radio-Canada, est venu confirmer de graves lacunes dans les soins et les services offerts au Manoir Liverpool, une résidence privée pour aînés (RPA) de Lévis ouverte en 2014.

M. Paré jure qu’il n’a jamais été informé que de la maltraitance physique et organisationnelle sévissait au Manoir Liverpool. En conférence de presse mardi après-midi, le ministre de la Santé a dit croire M. Paré sur ce point.

Christian Dubé a cependant avoué que plusieurs questions restent sans réponse.

« Comment ça se fait que des cas aussi graves n'ont pas remonté jusqu'à la haute direction du CISSS? »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

L’enquête dite externe qu’il a commandée à sa sous-ministre doit donc permettre de faire toute la lumière sur ce qui s'est passé et pourquoi cette information-là n'a pas monté jusqu'à la haute direction, a résumé M. Dubé, visiblement préoccupé par la situation.

Il y a une culture dans nos CISSS et CIUSSS d'appuyer les directions de nos établissements. Moi, je pense qu'il faut changer la culture. La culture, il faut qu'elle soit d'appuyer les patients, d'appuyer les plaintes, a tonné le ministre.

Des sanctions pour les propriétaires?

Le ministre de la Santé se demande aussi si la gravité de la situation exige une action très dure envers les deux propriétaires du Manoir Liverpool, Manon Belleau et Claude Talbot.

Le ministre affirme qu’il se demande comment ils ont pu faire autant d’entourloupettes pendant des années. C'est très grave d'avoir fait exprès pour cacher une situation comme ils l'ont fait pendant cinq ans.

« Quelles sont les mesures que l'on peut faire pour rendre ces propriétaires-là imputables? »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec
Christian Dubé s'adresse aux journalistes.

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

C’est la première fois qu’une telle possibilité est envisagée aussi clairement. Jusqu’ici, le CISSS de Chaudière-Appalaches n’a pas mis un terme à ses contrats avec les propriétaires et n'a pas retiré la certification de RPA pour le Manoir Liverpool, préférant plutôt les forcer à vendre l’établissement.

Le Manoir Liverpool favorable à l'enquête

Dans un communiqué de presse publié mardi en fin d’après-midi, la direction du Manoir Liverpool dit accueillir favorablement cette enquête indépendante.

Elle prend acte avec sérieux des différentes interventions qui ont eu cours depuis la sortie du rapport synthèse du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Elle déplore toutefois ne pas encore avoir eu accès au rapport complet et dit ignorer de façon détaillée les reproches [...] adressés.

La direction rappelle que la pandémie est une dure épreuve pour le Manoir comme pour toutes les résidences pour personnes âgées de la province. Lorsque les difficultés se sont pointées au plus fort de la crise covidienne, en avril dernier, nous avons nous-mêmes demandé de l’assistance au CISSS.

Utile pour d'autres établissements?

Le Conseil pour la protection des malades rappelle que la maltraitance n'est pas toujours accompagnée de gestes violents.

Quand vous bousculez un usager parce que vous n'avez pas le temps de vous en occuper comme il le faut le matin, lui, il se sent maltraité et il a raison de le dire, illustre le président de l'organisme, Paul Brunet.

En ce sens, l'enquête indépendante du ministre permettra peut-être de prévenir d'autres cas de maltraitance qui passent actuellement inaperçus dans d'autres régions, soutient M. Brunet.

« Je suis convaincu qu'à plusieurs endroits, dans plusieurs CISSS et CIUSSS, à cause de la grosseur de ces territoires-là, la haute administration n'est pas toujours au courant. »

— Une citation de  Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades
Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Photo : Radio-Canada

Des outils qui n’ont pas fonctionné

Pendant ce temps, le CISSS de Chaudière-Appalaches assure avoir tiré des leçons.

Une campagne de sensibilisation sera déclenchée dans les milieux de vie pour aînés de la région pour rappeler aux employés et aux gestionnaires qu’ils ont l’obligation de signaler toute situation de maltraitance à la commissaire aux plaintes de la région.

Le PDG par intérim du CISSS de Chaudière-Appalaches, Patrick Simard, rappelle que c'est un devoir qui découle de la Loi visant à lutter contre la maltraitance, adoptée en 2017, qui n'est peut-être pas encore complètement assimilée.

M. Simard reconnaît que la commissaire avait bel et bien reçu des plaintes concernant le Manoir Liverpool, mais ajoute que, selon ses informations, il n'a jamais été question de négligence ni de maltraitance.

« Je n'ai pas d'éléments qui m'indiquent que la commissaire n'a pas bien traité les plaintes qui lui ont été soumises. »

— Une citation de  Patrick Simard, PDG par intérim du CISSS de Chaudière-Appalaches
Patrick Simard, PDG par intérim du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Patrick Simard, PDG par intérim du CISSS de Chaudière-Appalaches

Photo : Skype / Capture d'écran

Il en va de même pour les informations qui ont été transmises aux gestionnaires du CISSS, indique M. Simard.

S’il avait clairement été question de maltraitance, la situation aurait été relayée à la haute direction, assure-t-il.

Vision d'ensemble

Les employés du CISSS qui visitent un milieu de vie pour aînés auront aussi dorénavant l'obligation de remplir une grille avec leurs observations, puis de les soumettre à un gestionnaire désigné.

Jusqu'à présent, cette pratique était encouragée, mais le CISSS croit qu'en la rendant obligatoire, les gestionnaires auront une meilleure vision d'ensemble de ce qui se passe à l'intérieur d'une résidence.

« Souvent, en matière de négligence, des éléments pris isolément ne sont pas des éléments marquants ou significatifs, mais lorsqu'on additionne ces éléments-là [...] c'est là qu'on vient dire qu'il y a quelque chose de plus chronique. »

— Une citation de  Patrick Simard, PDG par intérim du CISSS de Chaudière-Appalaches

Ce qu'on veut, avec les mesures qu'on met en place, c'est qu'on ne traite pas au fur et à mesure chacun des éléments, mais qu'on ait vraiment une vue d'ensemble systémique, indique M. Simard.

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