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Selon d'anciennes employées, intimidation et harcèlement étaient répandus chez Nygard

Des affiches avec un Peter Nygard dessus.

Peter Nygard est en attente de procédures d'extradition vers les États-Unis pour des allégations de trafic sexuel de femmes et de jeunes filles sur une période de 25 ans. Nygard a démenti ces allégations qui n'ont pas été prouvées devant un tribunal.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Radio-Canada

Treize ans après avoir quitté son emploi à Nygard International Partnership, Brenda Bourns se sent enfin en sécurité pour raconter son histoire. Elle a travaillé comme gestionnaire des événements spéciaux au siège social de l’entreprise, sur le boulevard Inkster, à l’automne 2007 et a démissionné 10 mois plus tard.

J’éprouve beaucoup de culpabilité parce que, pendant longtemps, je n’ai pas parlé et que cela me tient à cœur, a avoué Brenda Bourns dans une entrevue accordée à CBC.

Peter Nygard, 79 ans, a été arrêté à Winnipeg en décembre et est en attente de procédures d'extradition vers les États-Unis pour des allégations de trafic sexuel de femmes et de jeunes filles sur une période de 25 ans. Nygard nie toutes les allégations, qui n'ont pas été prouvées devant un tribunal, et affirme qu’elles font partie d’un complot visant à ternir sa réputation.

Brenda Bourns affirme que ce dont elle a été témoin lors d’un voyage à Burnaby, en Colombie-Britannique, à l’occasion de l’ouverture d’un magasin de Nygard, lui a fait comprendre que ce poste n’était pas pour elle.

Les rumeurs étaient devenues réelles. Toutes les choses que j’avais entendues pendant des décennies de rumeurs, d’insinuations, d’allégations, de ouï-dire, toutes ces choses, elles étaient réelles et j’en avais terminé [avec ce travail], dit-elle.

Brenda Bourns raconte qu’avant chaque défilé Nygard les mannequins marchaient devant le créateur de mode afin qu’il puisse voir comment les vêtements leur allaient et déterminer qui présentera quel modèle. Elle ajoute que chaque mannequin portait un bouton circulaire sur la hanche avec un numéro pour faciliter le processus.

Brenda Bourns souriante.

Brenda Bourns a travaillé à Nygard International Partnership à Winnipeg à titre de gestionnaire d’événements spéciaux en 2006. Elle a démissionné après 10 mois. Elle dit que Nygard a menacé de la poursuivre un an plus tard, alors qu'elle venait de rencontrer par hasard un ancien collègue avec qui elle a parlé de son passage dans l’entreprise.

Photo : Fournie / Brenda Bourns

Brenda Bourns explique qu’après la répétition de Burnaby sa patronne lui a dit que Nygard voulait les numéros de téléphone personnels de cinq ou six des filles, qui avaient, selon elle, entre 18 et 22 ans.

Mon sixième sens, mon instinct, les drapeaux rouges qui pouvaient passer dans ma tête me faisaient penser : "Je ne vais pas le faire.

Une citation de :Brenda Bourns, ancienne employée de Peter Nygard

Elle répond alors à sa patronne que, si Nygard voulait parler aux mannequins, il devrait contacter leur agence.

On m’a dit de manière très directe : "Je ne pense pas que vous compreniez, M. Nygard voudrait les numéros de téléphone de ces filles", et on m'a remis une liste, se souvient Brenda Bourns.

Elle affirme avoir refusé une deuxième fois tout en pensant que c’était la fin.

Ce soir-là, on a demandé à Brenda Bourns et à un collègue de déposer quelque chose dans l’avion privé de Peter Nygard avant qu’il ne décolle pour New York ou Los Angeles.

À la surprise de Brenda Bourns, il y avait de jeunes modèles à l’arrière de l’avion sur ce qui ressemblait à un lit.

Il y avait de jeunes mannequins là-dessus, allongées sur ce lit, riant et bavardant… J’étais horrifiée, raconte-t-elle.

Selon elle, les jeunes femmes parlaient de leur excitation d’avoir été invitées à devenir mannequins dans le prochain spectacle de Nygard.

C’est leur carrière, elles pensent que c’est leur grande chance. Ce n’est pas une grande chance, estime Brenda Bourns.

Elle ne sait pas ce qui est arrivé à ces jeunes femmes, mais craint le pire. Elle a quitté son emploi le lendemain lorsqu’elle est retournée à Winnipeg. Elle a prétexté une urgence concernant sa fille en affirmant qu’elle ne pouvait pas donner un préavis de deux semaines, comme c’était exigé.

Une stagiaire affirme avoir été renvoyée pour avoir refusé des avances

Justina McCaffrey, créatrice de robes de mariée primée d’Ottawa, dit avoir été congédiée d’un stage au bureau de conception de Nygard en Californie parce qu’elle ne voulait pas avoir de relations sexuelles avec lui.

Justina McCaffrey est née à Winnipeg, mais dans les années 1980, à 18 ans, elle s’est installée à Los Angeles pour suivre les cours de la Fashion Institute of Design and Merchandising.

Elle connaît la nièce de Peter Nygard, Angela Dyborn, qui, selon elle, l’a aidée à obtenir un entretien avec l'ancien magnat de la mode dans sa maison de Los Angeles.

Il était assis là, habillé d’un pantalon de jogging en coton blanc, se caressant pendant l’entretien, se souvient Justina McCaffrey.

Il avait un petit trou dans l’entrejambe de son pantalon. Et il a dit : "Oh, je ne peux pas croire qu’il y ait un petit trou ici." J’essayais de l’ignorer, mais je rigolais parce que je prenais cela à la plaisanterie plutôt que très au sérieux.

Justina McCaffrey souriante.

Justina McCaffrey a été stagiaire pour Peter Nygard pendant deux mois entre la fin de 1983 et le début de 1984.

Photo : Fournie / Justina McCaffrey

Justina McCaffrey raconte que, pendant son stage, Nygard lui a demandé de garder ses enfants dans sa maison de la Marina Del Rey et que c’est à ce moment-là que les choses sont devenues un peu bizarres.

Il était sur mes pas et me pourchassait, littéralement. C’était fou. Il me poursuivait autour de la maison et je courais loin de lui, raconte-t-elle.

Justina McCaffrey affirme que, deux ou trois jours plus tard, elle a été congédiée de son stage. Par la suite, elle en a parlé à Angela Dyborn et a été stupéfaite de sa réponse.

J’ai dit : "Angela, c’est quoi, ça? Il m’a virée parce que je ne voulais pas coucher avec lui." Et elle a répondu : "Oui, mais Justina, tu savais dans quoi tu t’embarquais." Cela a été sa réponse et c’était tout à fait inacceptable à mon goût, poursuit-elle.

Angela Dyborn et son avocat, Jay Prober, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de CBC.

Justina McCaffrey dit avoir surmonté cette épreuve et avoir trouvé un autre stage. Deux ans plus tard, elle a rencontré Peter Nygard à un événement de mode où il parlait et faisait la promotion du libre-échange.

Elle était avec une amie finlandaise étudiante en médecine.

Il a regardé mon amie et a commencé à lui dire ce qu’il voulait lui faire en finnois. Tout cela de manière très imagée et très perverse, raconte Justina McCaffrey. Et elle était choquée.

Justina McCaffrey explique qu’il y avait 500 personnes à l’événement, dont l’ancien premier ministre Brian Mulroney.

Il [Nygard] n’a pas pensé une seconde à quel point cela aurait pu mal se passer.

Une ancienne mannequin prétend que Nygard l’a touchée

Ilonka Csano a travaillé comme mannequin d'essayage pour Nygard International à Montréal alors qu’elle avait 18 ans.

Elle n’a rencontré le créateur de mode qu’une seule fois, en 1988. Peter Nygard et quelques hommes d’affaires étaient venus à la salle d’exposition où elle travaillait et essayait pour eux des vêtements de la ligne Bianca de Nygard.

J’ai défilé et il faisait beaucoup de blagues sexuelles terribles, pas appropriées du tout. C’était dégoûtant. Et tout le monde riait, raconte Ilonka Csano dans une interview accordée à CBC depuis son domicile de Montréal.

Ilonka Csano souriante.

Ilonka Csano a travaillé comme mannequin de cabine pour Nygard International à Montréal en 1988. Elle avait 18 ans.

Photo :  Facebook / Ilonka Csano

Aujourd’hui âgée de 53 ans, elle est toujours gênée par ce qui s’est passé et n’a pas pu l’oublier.

Puis il a commencé à me toucher. Il a commencé à me toucher les fesses. Il a commencé à toucher mes cuisses, allant un peu entre mes jambes. Il n’est pas allé dans mon vagin, mais il allait lentement avec sa main, relate Ilonka Csano.

Puis il a commencé à toucher chacun de mes doigts lentement, de haut en bas. Et je me souviens d’avoir été tellement pétrifiée que je ne savais vraiment pas quoi faire. Je ne pouvais pas croire que personne ne disait rien. Je sais que ce n’est rien. Mais pour moi, c’était une grande, terrible expérience, dit-elle.

Ilonka Csano souligne que sa patronne était présente et qu’elle l'a prise à partie à propos de cet incident par la suite.

J’avais peur. "Pourquoi n’avez-vous rien dit?" J’ai dit que je voulais porter cela au tribunal. Que ce n'était pas juste! Et elle m’a dit : "Qu’allez-vous faire? C’est un multimillionnaire, Ilonka. Il n’y a rien que vous puissiez faire, alors arrêtez." C’est alors que j’ai commencé à avoir honte, raconte-t-elle.

Ilonka Csano affirme que sa relation avec son petit ami s’est effondrée après cela, qu’elle a commencé à manquer des jours de travail et a fini par être licenciée.

Elle a récemment entendu parler de l’arrestation de Peter Nygard et voulait raconter ce qui lui était arrivé.

J’aurais dû dire quelque chose. Je sais que ce n’est pas grand-chose à dire, mais c’est quand même quelque chose, dit Ilonka Csano.

Menaces de poursuites judiciaires de Nygard

Brenda Bourns explique être restée silencieuse pendant plus d’une décennie au sujet des raisons pour lesquelles elle a quitté l’entreprise de Nygard, de peur d’être poursuivie en justice.

Elle possède une entreprise de planification d’événements et raconte qu’une ancienne collègue de l'époque de son passage chez Peter Nygard l’a contactée à l’automne 2009 pour l’aider à trouver un emploi. Celle-ci est donc venue chez Brenda Bourns, et toutes les deux ont discuté de ce qu'elles avaient vécu dans l’entreprise.

Après son départ, dans les 12 heures qui ont suivi, on a frappé à ma porte à 8 heures moins le quart— le lendemain — et on m’a remis une sorte de courrier recommandé certifié, une lettre des avocats de Nygard me menaçant, raconte-t-elle.

La lettre accusait Brenda Bourns d'avoir violé un accord de non-divulgation en la menaçant d’une poursuite en diffamation.

Une lettre d'avocat.

Brenda Bourns affirme qu’une ancienne collègue de Nygard l’a contactée à l’automne 2009 pour qu'elle l’aide à trouver un emploi. Le lendemain de la rencontre entre les deux femmes, Brenda Bourns dit qu’elle a reçu cette lettre des avocats de Nygard la menaçant d’un procès.

Photo : Fournie / Brenda Bourns

Ceci est un préavis et une demande formelle de cesser immédiatement et de s’abstenir de toute communication ultérieure avec toute personne concernant la conduite ou les activités de Peter Nygard et de son personnel, peut-on lire dans la lettre datant du 5 mai 2009 émanant du cabinet Fillmore Riley LLP.

Ils nomment spécifiquement dans la lettre la collègue qui était assise à la table de ma salle à manger moins de 12 heures plus tôt, dit Brenda Bourns.

Elle savait que son ancienne collègue n’avait parlé de leur rencontre à personne et a été effrayée après avoir reçu cette lettre d’avocat. Par la suite, elle a quitté les médias sociaux et mis fin à tout contact avec les personnes avec qui elle avait travaillé.

Je me suis dit : "Coupe les ponts. C’en est fini." Je suis une jeune mère. J’avais un fils en 6e année et un enfant en maternelle. Je ne peux pas me mesurer à un milliardaire. Et je me suis tue sur Nygard pendant longtemps.

Brenda Bourns affirme qu’un ancien employé de Peter Nygard qui travaillait dans le département informatique lui a dit plus tard que tous les téléphones de la société Nygard étaient sur écoute et équipés de localisateurs.

C’est jusqu’où va le contrôle.

Ce n’est qu’après l’arrestation de Peter Nygard à Winnipeg que Brenda Bourns s'est sentie suffisamment en sécurité pour parler.

Avec les informations de Caroline Barghout

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