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La courte aventure non censurée de l’application Clubhouse en Chine

Des internautes de Chine ont eu accès pour un moment à un rare espace de liberté d'expression en ligne.

Le logo de l'application Clubhouse est affiché sur un écran, à côté du drapeau chinois.

Après avoir connu une importante hausse de popularité en Chine dans les derniers jours, l'application semble avoir été bloquée au pays.

Photo : Reuters / Florence Lo

Agence France-Presse

Détention massive de communautés ouïghoures, manifestations prodémocratie à Hong Kong ou concept d'indépendance de Taïwan : aucun sujet n'était tabou pour les internautes en Chine sur l'application audio américaine Clubhouse, mais Pékin n'a pas tardé à faire taire les conversations.

La fête aura duré environ une semaine sur le réseau social qui permet à ses utilisateurs et utilisatrices, uniquement sur invitation, d'écouter des conversations en direct librement modérées dans des salles virtuelles et d'y participer.

Née en mai 2020, Clubhouse avait ainsi pendant un bref moment contourné la censure de Pékin et attiré des foules d'internautes en Chine, en particulier après la participation du milliardaire Elon Musk à une conversation sur l'application au début du mois de février.

Ces derniers jours, des internautes en Chine avaient rempli des salles pour discuter de sujets habituellement censurés, comme l'incarcération par Pékin de communautés ouïghoures majoritairement musulmanes dans la région du Xinjiang.

Mais lundi soir, l'application a affiché un message d'erreur pour les utilisatrices et utilisateurs chinois qui ne disposaient pas de VPN pour établir une connexion sécurisée, un signe indubitable de l'arrivée des censeurs de Pékin.

Une fermeture prévisible

À l'ère [du président] Xi, l'interdiction n'est qu'une question de temps, estime Lokman Tsui, professeur de communication à l'Université chinoise de Hong Kong.

Les adeptes de Clubhouse ont profité d'une rare fenêtre de liberté d'expression dans un pays ou les réseaux sociaux internationaux comme Twitter et Facebook n'ont pas droit de cité.

Même si des versions chinoises de ces plateformes ont émergé et font désormais partie intégrante du quotidien en Chine, les internautes savent que tous les contenus mis en ligne sont suivis de près et censurés.

Pour les entreprises du secteur, effacer des contenus politiquement sensibles, y compris des critiques ou des contestations du gouvernement, est monnaie courante. De leur côté, les internautes rivalisent d'ingéniosité pour tromper la vigilance des censeurs.

Samedi dernier, sur l'application Clubhouse, ce sont plus de 1000 personnes qui sont venues rejoindre un débat sur les incarcérations massives dans le Xinjiang.

Selon des organisations de défense des droits de la personne, plus de 1 million de personnes issues des communautés ouïghoures sont ou ont été détenues dans des camps de rééducation politique au Xinjiang. Pékin récuse le terme de camps et affirme qu'il s'agit de centres de formation professionnelle, destinés à fournir un emploi à la population et donc à l'éloigner de l'extrémisme religieux.

Un bâtiment ressemblant à une prison.

Plus de 1 million de personnes issues des communautés ouïghoures sont ou ont été détenues dans des camps en Chine, selon des organisations de défense des droits de la personne.

Photo : Getty Images / GREG BAKER

Une très rare occasion de discuter librement en ligne

Lors du débat samedi dernier sur les incarcérations massives au Xinjiang, au moins trois personnes identifiées comme ouïghoures ont raconté leurs expériences personnelles, ainsi que plusieurs personnes de l'ethnie han (majoritaire) affirmant vivre au Xinjiang.

J'ai vécu dans un gros mensonge, a mentionné une femme ayant changé d'opinion après un séjour à l'étranger qui lui a permis d'avoir plus d'informations sur le Xinjiang.

D'autres ont pris la défense de Pékin, un homme jugeant par exemple que les camps de rééducation sont nécessaires.

Les personnes responsables de la modération ont laissé les gens s'exprimer en langues chinoises sans interruption, lors d'une conversation achevée le lendemain dans l'après-midi.

Lundi, plus de 2000 internautes discutaient de la répression sanglante de Tiananmen en 1989, un sujet complètement tabou en Chine.

Des personnes de Hong Kong et Taïwan se sont également invitées dans les débats.

Mais les conversations ne se sont pas limitées aux sujets politiques sensibles : l'application a aussi été l'occasion pour des personnes homosexuelles de pouvoir évoquer leurs expériences et déboires.

Les espaces de libre expression en ligne ont été drastiquement réduits depuis 2013, l'année où Xi Jinping est devenu président, selon Emilie Frenkiel, professeure associée à l'Université de Paris Est Créteil.

Mais elle ajoute que les occasions de parler librement de sujets sensibles avec d'autres personnes s’exprimant dans la même langue, comme le font les Taïwanais et Taïwanaises, sont tellement rares que même si c'est risqué, beaucoup veulent malgré tout en profiter.

Et c'est d'ailleurs ce que les internautes regrettaient le plus après l'interdiction : la disparition trop précoce d'un espace précieux de débat sans limites. Si je suis venu ici, souligne ainsi l'un d'eux, c'est parce que la parole n'était pas censurée.

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