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Confinement obligatoire à l’hôtel : deux Albertains dénoncent leurs conditions de vie

L'hôtel est l'un des 11 établissements désignés par Ottawa pour les quarantaines obligatoires.

Un homme qui marche dans un corridor dont les murs sont recouverts de plastique.

L'hôtel où a séjourné Angelo Vanegas est fermé au public puisqu'il est réservé aux voyageurs qui entrent au pays et qui doivent s'isoler. Selon Angelo Vanegas, ses murs, ses planchers et son plafond sont recouverts de plastique.

Photo : Angelo Vanegas

Radio-Canada

Alors qu’Ottawa imposera bientôt aux voyageurs de s'isoler dans un hôtel à leur arrivée au pays, deux voyageurs albertains font part de leur mécontentement au sujet de leur passage en quarantaine dans l'un de ces hôtels à Calgary.

Ignoré, non respecté, maltraité : c’est la manière dont Angelo Vanegas affirme avoir été traité lors de son séjour obligatoire de 14 jours dans un hôtel de Calgary à son retour de l’étranger.

Il raconte qu'on l'a installé dans une petite chambre où il ne pouvait pas obtenir de nourriture après 18 h et qu'il a dû supplier pour avoir accès à des soins médicaux alors qu’il souffrait d’une infection.

Mitch Beaulieu compare quant à lui son séjour à un film de science-fiction. Il raconte avoir été escorté à partir de l’aéroport de Calgary par la police et des agents de sécurité dans une fourgonnette aux vitres teintées.

Deux personnes assises à une table, vêtues de combinaisons de protection, de masques et de visières.

Des employés de l'hôtel où Mitch Beaulieu a séjourné à Calgary lors de son isolement obligatoire.

Photo : Mitch Beaulieu

Il ajoute que les corridors de l’hôtel où il a séjourné étaient recouverts de plastique.

L’hôtel est l’un des 11 sites désignés par Ottawa pour accueillir les voyageurs entrant au Canada qui n’ont pas de résultat de test de dépistage du SRAS-CoV-2, qui provoque la COVID-19, valide ou qui n’ont pas la possibilité de faire leur quarantaine de façon sécuritaire.

L'Agence de la santé publique du Canada refuse de dévoiler le nombre exact de voyageurs qui ont séjourné à l’hôtel de Calgary ni où il est situé, pour des questions de sécurité et de respect de la vie privée. Elle affirme cependant que 5030 personnes ont séjourné dans les 11 établissements à travers le pays depuis le 24 janvier.

Coupés du monde

Angelo Vanegas raconte que, une fois à l’intérieur de l’hôtel, les voyageurs sont coupés du monde. On est ici, et c’est tout, raconte l’agent de bord de 30 ans.

« Je me sens comme un prisonnier ici. »

— Une citation de  Angelo Vanegas, agent de bord
Un égoportrait d'Angelo Vanegas à l'hôtel.

Angelo Vanegas déplore le traitement qu'il a subi lors de sa quarantaine obligatoire dans un hôtel de Calgary.

Photo : Angelo Vanegas

Il affirme qu’il avait obtenu un résultat de test de dépistage négatif avant de prendre son vol pour revenir à Calgary et qu’il s’attendait à pouvoir prendre un autre vol pour rentrer chez lui, à Edmonton. Il prévoyait se placer en isolement dans la maison qu’il partage avec sa mère et sa sœur.

Une fois à l’hôtel, les voyageurs ne peuvent sortir de leur chambre que pendant 15 minutes par jour, un agent de sécurité étant posté à côté de l’ascenseur.

Il ajoute que les trois repas quotidiens fournis par l’hôtel ont la taille de repas pour enfants, qu’aucune nourriture n’est servie après 18 h et que la livraison est interdite.

Deux boîtes contenant de petites portions de nourriture.

Angelo Vanegas affirme que les repas fournis par l'hôtel n'étaient pas suffisants.

Photo : Angelo Vanegas

Deux boîtes contenant de petites portions de nourriture.

Selon Angelo Vangeas, aucune nourriture n'est servie après 18h.

Photo : Angelo Vanegas

On ne peut pas non plus demander à nos proches de nous apporter à manger, déplore-t-il.

Manque de soins médicaux

Le pire, raconte Angelo Vanegas, a été de devoir supplier les autorités de l’amener voir un médecin pour un ongle incarné infecté.

Il affirme que les responsables ne lui ont donné qu’une solution analgésique au sel d'Epsom pour faire tremper son pied.

Je leur ai dit : "Écoutez, soit vous m’amenez à l’hôpital, soit j’appelle le 911 parce que j’ai trop mal!", raconte-t-il.

Il a finalement été transporté à l’hôpital le lendemain, où il a reçu des antibiotiques.

« J'aurais dû pouvoir avoir accès à des soins médicaux directement, sans avoir à supplier. »

— Une citation de  Angelo Vanegas, agent de bord

L’Edmontonien affirme également que la manière dont les employés de l’hôtel se sont adressés à lui lorsqu’il a demandé du savon et du shampoing était humiliante et dégradante.

Ils ont dit : "Vous en avez déjà eu il y a trois jours."

Comme un pays du tiers-monde

Mitch Beaulieu, un entrepreneur de Calgary qui rentrait des États-Unis, a été amené au même hôtel malgré le fait qu'il avait présenté un résultat de test négatif aux responsables de la santé publique canadienne.

Il dit avoir payé 220 $ US pour effectuer le test nécessaire pour monter à bord de l’avion en direction de Calgary. Pourtant, le test n’a pas été jugé acceptable par les responsables de la santé publique canadienne.

Un égoportrait de Mitch Beaulieu à l'hôtel.

Mitch Beaulieu affirme que ses droits n'ont pas été respectés lors de son isolement obligatoire dans un hôtel de Calgary.

Photo : Mitch Beaulieu

« Toute cette situation était vraiment incroyable. J’ai vraiment eu l’impression d’être dans un pays du tiers-monde. »

— Une citation de  Mitch Beaulieu, entrepreneur

Mitch Beaulieu affirme avoir demandé au personnel de l’hôtel combien de temps il devait y rester et quand il pourrait passer un test de dépistage, sans toutefois obtenir de réponse.

Il affirme également avoir tenté de contacter la Croix-Rouge, sans succès.

Personne ne sait quoi que ce soit, et moi, je suis coincé ici et j’attends.

Il ajoute qu’il est arrivé à l’hôtel sans ses bagages. Il n’avait que les vêtements qu’il portait et son téléphone.

Des planchers recouverts de plastique et des boites de plastique posées devant des portes de chambres.

Les planchers de l'hôtel où a séjourné Mitch Beaulieu sont recouverts de plastique. Les repas sont placés dans une boîte à l'entrée des chambres des voyageurs.

Photo : Mitch Beaulieu

« Comment est-il possible qu’au Canada on puisse détenir des gens sans leur dire ce qu’il se passe? Cela va à l’encontre de nos droits. »

— Une citation de  Mitch Beaulieu, entrepreneur

Décourager les voyages à l’étranger

L’Agence de santé publique du Canada a refusé de commenter les cas de Mitch Beaulieu et d’Angelo Vanegas pour des raisons de sécurité et de vie privée.

Contrairement aux nouvelles mesures d’Ottawa qui imposeront bientôt un isolement de trois jours dans un hôtel aux frais des voyageurs qui entrent au pays, les deux Albertains n’ont pas eu à payer leur séjour à l’hôtel.

Nous croyons que ceux qui font le choix [de voyager] doivent assumer les frais et la responsabilité de toutes les mesures sanitaires nécessaires pour assurer la sécurité de la population canadienne, a indiqué le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, le 29 janvier.

De son côté, le premier ministre canadien Justin Trudeau a affirmé mardi que les mesures d’isolement mises sur pied par Ottawa n’ont pas pour objectif de détenir des voyageurs, mais bien de leur permettre de s’isoler pour des raisons médicales.

Nous faisons le suivi afin de nous assurer que les conditions dans lesquelles les gens font leur quarantaine et se font tester sont adéquates, dit-il.

Il ajoute qu’une personne en isolement dans un hôtel qui recevrait un résultat de test négatif plus rapidement que prévu pourrait partir avant la fin des trois jours d'isolement requis par Ottawa afin de terminer sa quatorzaine à la maison.

Mitch Beaulieu a finalement pu rentrer chez lui après avoir passé trois nuits à l’hôtel. Il a obtenu un résultat négatif après un test de dépistage du coronavirus le 27 janvier et a pu quitter l’hôtel le lendemain soir.

Angelo Vanegas est quant à lui retourné chez lui le 30 janvier, après avoir passé 14 jours à l’hôtel. Il dit qu'il envisage de poursuivre les autorités canadiennes.

Avec les informations de Bryan Labby

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