•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Et si combiner deux vaccins avait finalement des effets bénéfiques?

Une fiole de vaccin

La combinaison de doses de différents vaccins pourrait permettre de contourner la pénurie.

Photo : Getty Images / Darren Staples

Alors que les campagnes de vaccination contre la COVID-19 multiplient les retards, plusieurs stratégies ont été mises à l’étude pour pallier le manque de doses à l’origine de ces complications.

Après le débat sur la durée de temps entre la première et la deuxième dose, certains pays envisagent maintenant de combiner différents types de vaccins pour offrir au maximum de personnes les deux doses nécessaires pour développer une immunité à long terme contre le virus.

L’idée de combiner les vaccins n’est pas nouvelle. Par exemple, depuis les années 1970, on combine les vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (vaccin RRO) pour immuniser les jeunes enfants. Au Québec, on utilise aussi deux vaccins différents dans le cadre de la prévention du VPH, le Gardasil 9 comme première dose, suivi du Ceravix pour la deuxième dose.

Dans le contexte actuel de pénurie de vaccin, il pourrait donc sembler simple d’utiliser cette stratégie pour la campagne de vaccination et remplacer un vaccin contre la COVID-19 par un autre si la 2e dose n’est pas disponible. C’est d’ailleurs une tactique qui a été autorisée en Grande-Bretagne au début du mois de janvier.

Or, il n’existe présentement aucune donnée sur l’efficacité de cette méthode. Les précédents observés avec d’autres vaccins ne permettent pas non plus de supposer que la combinaison de vaccins est possible dans toutes les situations, y compris le traitement de la COVID-19.

C’est pour cette raison qu’une étude sur la question a été lancée la semaine dernière en Grande-Bretagne. Ces travaux vont comparer l’efficacité d’une combinaison des vaccins Oxford-AstraZeneca et Pfizer-BioNtech (ce qu’on appelle une vaccination hétérogène) avec deux doses de chaque vaccin non combiné (ce qu’on appelle une vaccination homogène).

Selon les chercheurs responsables de l’étude, en plus d’aider à contourner la pénurie, cette vaccination hétérogène pourrait, peut-être, offrir un meilleur résultat que ne le ferait une vaccination homogène.

Pour le Dr André Veillette, immunologiste et membre du groupe de travail fédéral sur les vaccins contre la COVID-19, il est essentiel de faire une étude sérieuse pour bien comprendre les effets d’une telle combinaison et si elle peut vraiment apporter des bénéfices. Mais à première vue, estime-t-il, utiliser un vaccin différent pour la 2e dose que celui qui a été utilisé lors de la première a le potentiel de combiner les avantages des deux vaccins, tout en évitant les désavantages de chacun.

Allier les forces de chacun

Pour comprendre le raisonnement derrière cette affirmation, il faut d’abord savoir qu’il existe plusieurs éléments dans la réponse immunitaire que le corps développe contre le virus à la suite d'une infection ou d'une vaccination.

La première, qu’on appelle la réponse humorale, est celle qui implique les anticorps, dont l’objectif est de reconnaître le virus et de s’y lier. Cela empêche le virus d’infecter des cellules et, ultimement, favorise sa destruction par d’autres globules blancs.

La seconde, qu’on appelle la réponse cellulaire, implique un type de globule blanc spécialisé qu’on appelle les lymphocytes T. Ces derniers vont reconnaître les cellules déjà infectées par le virus et les détruire.

Les deux éléments sont importants pour développer une réponse immunitaire efficace. Or, tous les vaccins ne stimulent pas ces réponses immunitaires de la même manière.

Certains vaccins sont plus efficaces pour générer une réponse humorale, et d’autres pour générer une réponse cellulaire, explique André Veillette.

Les vaccins n’ont bien sûr pas tous la même efficacité, et si on combine une première dose d’un vaccin dont l’efficacité est de 95 % avec un second dont l’efficacité est plus faible, on peut imaginer que l’efficacité globale va diminuer. Mais quand on prend en compte la sollicitation de ces deux types d’immunité, il est possible que le résultat final soit meilleur.

André Veillette

Le chercheur spécifie toutefois qu’il est essentiel de mener des études comme celle qui a commencé en Grande-Bretagne pour confirmer un tel raisonnement. Un autre effet possible suggéré par les chercheurs serait que combiner les vaccins pourrait diminuer certains de leurs effets secondaires.

Pour certains vaccins, il est possible que le corps développe une réponse immunitaire non seulement contre le virus dont on veut se protéger, mais aussi contre certaines composantes du vaccin lui-même, explique Alain Lamarre, expert en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Par exemple, on sait que dans le cas de vaccins qui utilisent des adénovirus, certaines personnes peuvent développer une réaction immunitaire contre le vecteur, la composante du vaccin qui présente les cibles virales au système immunitaire. Ça peut diminuer l’efficacité du vaccin lors de la deuxième dose et pourrait entraîner plus d’effets secondaires.

Alain Lamarre

Utiliser un vaccin différent pour chaque dose pourrait permettre d’éviter un tel scénario.

Bien sûr, le fait de combiner deux doses de vaccins différents pourrait aussi tout simplement ne pas marcher. Il est difficile de prédire d’avance une réponse immunitaire, et c’est pour ça qu’on doit faire l’étude, ajoute Alain Lamarre.

Mais il n’y a pas de base scientifique pour dire qu’une telle combinaison est dangereuse ou que les effets secondaires seraient plus importants si on reçoit deux vaccins différents.

Alain Lamarre

En entrevue à l’émission Midi info, la Dre Caroline Quach, présidente du Comité consultatif national de l’immunisation, a affirmé qu’au Canada, une personne devrait idéalement recevoir le même vaccin pour les deux doses, mais qu’on laisse la possibilité d’utiliser deux vaccins de la même plateforme (deux vaccins à ARN messager par exemple) dans certaines situations.

Elle souligne toutefois que la possibilité de combiner d’autres types de vaccins contre la COVID-19 aurait un intérêt tant pour la réponse immunitaire que pour la logistique de la campagne de vaccination.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !