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Visite au cœur du CHSLD Herron

Des résidents de l’ex-CHSLD privé auraient préféré y demeurer sous la gestion du réseau public plutôt que de déménager. Un mode de gestion qui sera soulevé lors des audiences publiques du coroner qui débutent la semaine prochaine.

Façade du CHSLD Herron

Le CHSLD Herron a été plongé dans la tourmente en avril 2020 lorsqu’on a appris que des dizaines de résidents parmi les 125 occupants étaient décédés en quelques semaines seulement.

Photo : Radio-Canada

C’était jour de déménagement lundi matin pour Eileen McDevitt. La dame de 95 ans aura été l’une des « survivantes » du drame survenu au printemps 2020 au CHSLD privé Herron.

Eileen est arrivée à la résidence le 14 février [2020], un mois avant le début de la pandémie, se rappelle sa proche aidante Claire Charpentier. On a vécu cette période-là avec beaucoup d'angoisse parce que, tout de suite, je ne pouvais pas la visiter.

Une femme est assise à une table, une tasse à la main.

Eileen McDevitt est une des survivantes du drame survenu au printemps 2020 au CHSLD Herron, de Dorval.

Photo : Radio-Canada

Cet ex-CHSLD privé de l’ouest de Montréal a été plongé dans la tourmente en avril 2020 lorsqu’on a appris que des dizaines de résidents parmi les 125 occupants étaient décédés en quelques semaines seulement.

Le premier ministre Legault avait exprimé son indignation en raison notamment du manque de collaboration des gestionnaires de l’établissement privé au moment où le manque de personnel était criant.

L’infirmière Maria Nelson se rappelle ses premiers jours en renfort au CHSLD à la demande du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Il y avait des résidentes qui étaient déshydratées, notamment à cause de la COVID-19, raconte-t-elle au fil d’une visite de lieux. Des fois, on se promenait dans les chambres, tu trouvais des résidents qui n’avaient pas mangé [...] Oui, il manquait de personnel pour les nourrir.

Lors de notre passage le 5 février, il y avait toujours une trentaine de résidents hébergés au CHSLD du chemin Herron à Dorval, dans l’ouest de l’île de Montréal.

Elle porte un masque.

L'infirmière Maria Nelson

Photo : Radio-Canada

Au cours des prochains mois, le CIUSSS les aura tous relogés dans d’autres milieux d’hébergement.

Une logistique mise sur pied en parallèle à l’annonce, le 9 novembre 2020, par l’entreprise Katasa, propriétaire de l’établissement, de mettre fin aux activités de son CHSLD privé.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, avait convenu à cette époque que le gouvernement aurait pu convertir l’établissement privé dans le réseau public, mais le choix que l’on fait de ne pas acheter les propriétaires s’est fait pour un ensemble de raisons, avait-il dit.

Notre décision la plus difficile, ce n’était pas tellement de le fermer, qui était la seule décision à prendre, mais c’était de s’assurer que nous allions avoir une transition correcte pour ceux qui habitent encore là, avait-il affirmé.

Un déménagement à la fois

Un corridor du CHSLD Herron

Un corridor du CHSLD Herron

Photo : Radio-Canada

Marie-Anne Ménard connaît bien chacun des résidents et des familles de l’établissement. Cette travailleuse sociale fait partie de l’équipe mandatée pour la période de transition.

Depuis que le CIUSSS a pris en charge [le CHSLD], les gens se sont vraiment sentis respectés, aimés, et accompagnés, confie-t-elle.

À tel point que certains auraient préféré ne pas déménager.

C’est comme s’ils avaient une autre vision du système public, [une] envie de poursuivre dans le système public, dit-elle. Il y a un changement de discours.

Son collègue David Handfield ajoute que le besoin de protéger était vraiment notre mandat ici et on en est fier d’arriver après 8 mois sans aucun [nouveau] cas de COVID.

L’année 2020 c’est une année que je ne vais jamais oublier, dit le conseiller-cadre au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Lorsque nous sommes rentrés, il y avait beaucoup de besoins.

La proche aidante de Mme McDevitt, Claire Charpentier, le souligne sans réserve. Elle était bien ici, parce qu'elle a une chambre qu'elle aime, ses oiseaux dont elle parle tout le temps.

Un homme répond aux questions du journaliste Davide Gentile.

« Le besoin de protéger était vraiment notre mandat ici et on en est fier d’arriver après 8 mois sans aucun [nouveau] cas de COVID », affirme David Handfield.

Photo : Radio-Canada

Le dossier entre les mains du directeur des poursuites criminelles et pénales

Au cours des prochaines semaines, le Bureau du coroner entendra plusieurs témoins lors d’audiences publiques. Des dizaines de décès survenus au CHSLD Herron seront au cœur des audiences afin d’établir les causes et les circonstances de leur décès.

La coroner pourra élargir la réflexion sur le sujet, notamment en entendant des témoins et des acteurs privilégiés de l'hébergement des personnes âgées au Québec, précise-t-on au Bureau du coroner.

Pendant la première vague de la pandémie, le Québec avait enregistré environ 3700 décès en CHSLD, le pire bilan au Canada. Plus de 8 CHSLD sur 10 de Montréal et de Laval avaient été touchés.

L'histoire du CHSLD Herron, à Dorval, a été le catalyseur d'une prise de conscience des Québécois, devant l'ampleur du drame en cours dans les résidences pour personnes âgées.

Selon nos informations, les enquêteurs du SPVM ont terminé leur travail à l’ex-CHSLD Herron et remis leur dossier au directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Aucune accusation n’a été déposée à ce jour et le DPCP précise que leur analyse se poursuit.

Le propriétaire de l’établissement fait également l’objet d’une demande d’action collective de plus de 5 millions de dollars. Une audition est prévue en mars.

Le CHSLD Herron était la propriété du Groupe Katasa depuis novembre 2015. Le Groupe possède également six résidences privées pour aînés (RPA) sur le territoire québécois.

Selon des documents judiciaires consultés par Enquête en avril 2020, l’homme d’affaires Samir Chowieri, président du Groupe Katasa, a été condamné dans les années 1980 pour complot pour trafic de drogues et complot pour fraude.

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