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« Laisse-moi pas revenir en ville »

De plus en plus de Québécois quittent la ville pour se réfugier en région. Des données révèlent que Montréal a perdu plus de 35 000 résidents l'an passé. Mais cette envie des grands espaces s'accompagne de défis dans les communautés d'accueil.

Il est sur le bord du fleuve.

Le village de Rivière-Ouelle est situé à l'entrée du Bas-Saint-Laurent.

Photo : Avec la gracieuseté de Ghislain Lévesque

Parmi ces gens à la recherche d'espace, d'air et de liberté, il y a Benoît Limoges et sa conjointe, qui ont quitté leur vie urbaine du quartier Montcalm, à Québec, pour s'établir à Rivière-Ouelle, un village d'à peine 1000 habitants situé à l'entrée du Bas-Saint-Laurent.

Notre chalet est devenu notre maison par choix, parce qu'on est bien mieux ici qu'à Québec, raconte M. Limoges en nous faisant faire le tour du propriétaire.

J'ai mon petit bureau, tout petit bureau, mais confortable [...] J'écoute mes appels comme ça et, de temps en temps, quand il y a des oiseaux, je mets mes jumelles, c'est vraiment un endroit formidable pour observer les oiseaux, avec le bord du fleuve, explique le biologiste en tentant de repérer un spécimen sur les glaces qui se sont entassées sur la grève.

Benoit Limoges.

COVID-19 : l'exode urbain, un défi pour les petites communautés

Photo : Radio-Canada

Il n'est pas le seul à être tombé sous le charme du Bas-Saint-Laurent, les ventes de propriétés ont bondi de 25 % dans la région en 2020. À Rivière-Ouelle, 23 maisons ont changé de propriétaires.

C'était complètement fou, s'exclame Sébastien Demers, courtier immobilier. On a eu un raz-de-marée de gens de la ville qui voulaient acheter tout ce que l'on avait ici.

Un nouveau quartier en développement dans la municipalité, le Boisé de l’Anse, a aussi suscité un engouement inattendu. Il ne nous reste pas beaucoup de terrain, constate le promoteur Ghislain Lévesque.

L'agent immobilier pose une pancarte devant une résidence.

Sébastien Demers

Photo : Radio-Canada

Les quelque 35 terrains qui étaient en vente depuis 12 ans ont aussi profité de l'effet pandémie, ce qui amènera son lot de nouveaux Rivelois.

C'est clair qu'il va y avoir, par année, 3 à 4 nouvelles constructions, estime Ghislain Lévesque. Ici aussi, les clients proviennent de milieux urbains. Peut-être 40 % de la grande région de Montréal et l'équivalent de la région de Québec, précise-t-il.

Un solde migratoire multiplié par près de 6

Le Bas-Saint-Laurent a affiché un solde migratoire de 719 personnes en 2020, par rapport à un solde de 125 l’année précédente.

C'est un bilan d'autant plus impressionnant qu'il y a deux ans encore, la région perdait plus de résidents qu'elle n'en gagnait.

Il y avait un mouvement migratoire, mais très faible, dit la ministre du Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, aussi responsable du Bas-Saint-Laurent. Mais ce qui est arrivé, c'est que la courbe est devenue exponentielle à cause de la pandémie. Les gens en ont eu ras le bol de la ville à cause du confinement.

Laisse-moi pas revenir en ville, dit la chanson de Beau Dommage, qui résume bien les défis que doit relever le Bas-Saint-Laurent. La région est plus attractive que jamais, mais est-elle prête à accueillir tous ces nouveaux résidents?

La ministre du Développement régional, Marie-Ève Proulx

Accès à Internet haute vitesse, des places en CPE et des infrastructures routières de qualité sont autant de facteurs qui amèneront des gens à s’établir et à rester dans le Bas-Saint-Laurent, reconnaît la ministre du Développement économique régional, Marie-Ève Proulx.

Photo : Radio-Canada

Au-delà de ses charmes, elle doit être en mesure de répondre aux besoins de ces gens. On est en train de renverser la vapeur à tous les niveaux, mais sachez qu'on a beaucoup de rattrapage à faire, avance la ministre Proulx.

Parmi les enjeux, il y a la connexion à Internet haute vitesse, dont l'accès est loin d'être uniforme, qui freine la migration en rendant impossible le télétravail dans certains secteurs.

Le chantier ne s'arrête pas là pour la ministre, qui souhaite par-dessus tout que la tendance ne s'estompe pas après la pandémie. Il y a Internet, les CPE, des infrastructures routières de qualité, énumère Mme Proulx. Tout ça va faire en sorte que les gens vont avoir envie de s'établir et d'y rester.

La ministre va d'ailleurs lancer au printemps une stratégie de développement local et régional pour mieux soutenir les régions qui, comme le Bas-Saint-Laurent, connaissent une croissance.

Bien intégrer les nouveaux arrivants

En attendant, à Rivière-Ouelle, l'arrivée de tous ces nouveaux résidents bouleverse inévitablement la vie du village pour le mieux, espère le maire de la municipalité.

On a une société qui est malheureusement vieillissante rapidement. L'idée d'avoir des nouveaux arrivants avec de nouveaux talents, c'est un gros atout. Mais il faut s'assurer qu'ils soient bien intégrés, dit Louis-Georges Simard.

Il se réjouit de voir que sa population se transforme, mais il veille à ce que Rivière-Ouelle ne perde pas son âme. On ne veut pas changer la nature de notre milieu, en ayant comme ça un grand nombre de nouveaux arrivants. Il faut absolument que tout se passe de façon ordonnée, poursuit le maire.

Benoît Limoges, lui, ne demande qu'à faire partie de cette communauté et à participer activement à la vie de Rivière-Ouelle. On a un projet d'agrandissement au mois de mai prochain avec un entrepreneur local. Nous, on a l'intention de devenir de véritables citoyens. Notre résidence permanente va être ici, conclut-il.

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