•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Incursion dans une école secondaire à l'ère de la COVID-19

Un élève met sont vieux masque dans un sac de poubelle.

À la 3e période, c'est l'heure du changement de masque.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Chaque jour dans les écoles du Québec, des milliers d’élèves s’isolent du reste du monde dans des classes sous cloche : les bulles. Fragiles, celles-ci préservent le peu de normalité qu’il reste à une année scolaire chamboulée par la pandémie. Pour la première fois, Radio-Canada a vécu une journée dans une école publique de la région de Québec à l'ère de la COVID-19, là où tout un réseau scolaire se mobilise pour empêcher les bulles d'éclater.

Il est 9 h et comme à l’habitude, un ballet d’autobus jaunes défile devant La Courvilloise, une école secondaire de 1350 élèves située dans l'arrondissement Beauport.

À bord, des cohortes d’élèves masqués s’apprêtent à entrer dans une classe qu’ils ne quitteront pas, ou presque, de la journée : la bulle.

Dans ces petits microcosmes, les élèves traversent, un jour à la fois, cette année scolaire si particulière qui les prive de leurs sports, leur bal, leurs amis — bref, de tout le sel qui forge l’adolescence.

Vicky Renaud, élève de 5e secondaire à la Courvilloise

Aucune activité parascolaire n'a survécu à la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Les petites victoires

Chaque jour passé à l’intérieur de la bulle est une victoire arrachée à la pandémie.

Pour les élèves, c’est l’occasion de rencontrer leurs camarades et de briser l’isolement.

Pour les professeurs, c’est l’opportunité d’enseigner devant des humains plutôt qu’un écran. De revoir des yeux briller lorsqu’ils expliquent la matière. De remédier à l’incompréhension qui se cache dans les silences des uns. De soulager les états d’âme des autres, pour qui la solitude ou la promiscuité familiale pèse lourd.

Ces bulles sont toutefois fragiles : un seul cas de COVID suffit parfois à les faire éclater.

À La Courvilloise, mille petits gestes, mille fois répétés pendant toute la journée, maintiennent en place cette délicate normalité.

Une normalité où désinfecter 32 ballons après une classe fait maintenant partie du quotidien et où les enseignants ont la tâche non seulement de former les citoyens de demain, mais aussi, celle de tenir la COVID à distance.

Le masque est obligatoire dans les cours d'éducation physique en temps de covid.

Mis à part le port du masque, la COVID-19 n'a pas trop chamboulé les cours d'éducation physique des élèves. Les changements reposent surtout sur les épaules de l'enseignant.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Le coronavirus avait forcé la fermeture d'une vingtaine de classes à l'automne.

Depuis le retour des Fêtes, aucune éclosion n'a eu lieu entre les murs de l'école.

Le masque

Du moment où ils entrent dans l’autobus le matin jusqu’au moment où ils en ressortent le soir, les élèves doivent porter le couvre-visage en tout temps.

Seule exception tolérée : 30 minutes pendant la pause-dîner.

Tout au long de la journée, rappeler les jeunes à l’ordre prend l’allure d’une corvée nécessaire... mais accaparante.

Le masque d'un élève de 1ere secondaire lui tombe sous le nez.

Les enseignants doivent répéter plusieurs fois par jour aux élèves de bien porter leur masque.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Les élèves doivent changer leur couvre-visage à la mi-journée.

Une procédure qui s'apparente à une chorégraphie pour les enseignants, qui doivent assurer la distribution et la disposition des masques.

Un élève met un nouveau masque et laisse l'ancien sur son bureau.

À la 3e période, c'est l'heure du changement de masque : une nouvelle réalité depuis janvier.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

L'école en ligne

Une journée sur deux, les élèves du deuxième cycle du secondaire suivent leurs cours à distance.

Le prof s’installe alors derrière l’ordinateur, les jeunes se branchent à tour de rôle, et voilà que commence une prise de présence... un peu surréaliste!

Michel Roy donne un cours à une classe vide. C'est jour de cours en ligne pour ses élèves de 5e secondaire.

Aujourd’hui, les élèves de 5e secondaire de Michel Roy suivent son cours d’éducation financière de façon virtuelle.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

En contexte de pandémie, l’enseignement à distance ressemble à une bénédiction : il permet d’éviter les trop grands attroupements tout en maintenant un minimum d’apprentissage.

Ses limites, toutefois, apparaissent vite : absence de liens affectifs, perte de la camaraderie qui caractérise l’école à l’adolescence, manque de spontanéité et d’interactions.

Des élèves sont assis à une table. Une est masquée, l'autre a le masque au dessous de la bouche.

La pandémie empêche les jeunes de socialiser et de vivre pleinement l'expérience du secondaire.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Sortir de l'isolement

Chaque jour dans la bulle permet d’échapper à l’ennui et à la monotonie des écrans.

Les jeunes ont besoin de se retrouver, de parler, de se confier.

Marie-Naelle Leclair, enseignante

Marie-Naëlle enseigne à son groupe qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs semaines. Elle sent que les jeunes ont davantage besoin de jaser et de se confier.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

La Courvilloise a choisi de faire manger les élèves à la cafétéria plutôt que dans leur bulle-classe.

Le premier et le deuxième cycle alternent : pendant que les élèves de première et de deuxième secondaire cassent la croûte pendant une demi-heure, ceux de troisième, quatrième et cinquième secondaire attendent en classe.

Des élèves jouent au hockey sur table dans leur classe.

Tous les élèves ont une heure pour manger, mais depuis la COVID cette heure est beaucoup plus structurée.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

À la cafétéria, chaque élève doit en théorie respecter sa bulle et éviter de se mélanger aux autres classes.

Ce principe flanche souvent devant l’envie de voir ses amis.

Les accrocs aux règles sont fréquents à la cafétéria. Inévitablement, les bulles éclatent.

Les accrocs aux règles sont fréquents à la cafétéria. Inévitablement, les bulles éclatent.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

L'école funambule

Le gouvernement a demandé à tout un réseau de s’adapter pour que les jeunes puissent continuer à apprendre sans que la COVID, un ennemi invisible qui se nourrit de proximité humaine, mette en péril l’année scolaire.

Les enseignants rencontrés se plient avec diligence aux exigences de leur ministère et de la santé publique.

Leur motivation : rendre le plus agréable et sécuritaire possible une année qui demande beaucoup de sacrifices à tout le monde, mais particulièrement aux jeunes.

Des masques sous fond de cours d'éducation physique.

Les enseignants sont fiers de la résilience des élèves.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Entre les nécessités sanitaires et les impératifs pédagogiques, les écoles du Québec doivent trouver un équilibre fragile.

Les consignes changent souvent; certaines sont tout simplement inapplicables. Comment ventiler sa classe, par exemple, si le local n’a pas de fenêtres et que le bruit du corridor empêche de laisser la porte ouverte?

Le réseau doit exécuter un numéro de funambule précaire, dans lequel enseignants et élèves dépendent les uns des autres.

Simon Mainville, directeur à l'École secondaire de La Courvilloise

Toutes les mesures, si difficiles soient-elles, ont permis de garder toutes les classes ouvertes depuis les Fêtes à la Courvilloise.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Dans les corridors de La Courvilloise, un slogan apparaît, plus pertinent que jamais en cette année scolaire de pandémie : Apprendre. Ensemble.

Pour que la bulle tienne jusqu’à la fin de l’année.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !