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Deux prêtres noirs reviennent sur leur parcours canadien

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, Radio-Canada met en lumière des gens du Nord de l’Ontario qui, chacun dans leur domaine, a une influence dans la communauté

Deux prêtres devant leurs églises.

Le père Richard et le père Henri partagent une amitié en dehors de l'église.

Photo : Radio-Canada / Montage: Camile Gauthier

Dans le diocèse de Timmins, la majorité des curés sont originaires d’Afrique. Deux d’entre eux racontent avoir vécu quelques chocs culturels à leur arrivée au pays. Ils partagent aussi leurs premiers coups de cœur pour la région.

Le premier à avoir accepté de raconter son histoire célébrera, en juin, son 20e anniversaire en sol canadien. Il s'agit de l’abbé Richard Ngoy de la paroisse Notre-Dame-de-la-Paix à Timmins.

Le second est un prêtre spiritain de la congrégation de Saint-Esprit. Il s'agit de l’abbé Henri Touaboy de la paroisse Saint-Joachim à Porcupine.

Les origines des hommes ne sont jamais bien loin alors qu’ils intègrent tranquillement des acquis de leur culture au sein du diocèse de Timmins.

Je prends mon temps d’accueillir quelqu’un que ce soit au presbytère, à l’église ou lors de la confession. Même après la messe, je prends mon temps à l’écouter et à échanger. Parfois, je passe une heure trente à parler avec quelqu’un après la messe, explique l’abbé Richard Ngoy.

Ça fait partie de ma culture de ne pas être pressé dans ce que je fais. Des fois, j’ai le goût de bouger un peu quand il y a un chant rythmé. Je bouge pour montrer qu’on peut danser dans l’église.

L'Abbé Richard Ngoy dans son église.

L'abbé Richard Ngoy affirme qu'il n'hésite pas à danser à l'église.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Les deux hommes ont certes été jugés à leur arrivée dans le Nord de l’Ontario, mais les paroissiens se sont vite rendus compte qu’ils faisaient partie des leurs.

Ils me connaissent par mon nom. Un petit enfant va marcher en criant joyeusement : "c'est le père Henri! C'est le père Henri!" Je me sens intégré. Je les aime et ils m'aiment aussi, ajoute l’abbé Henri Touaboy.

L’abbé Richard Ngoy abonde dans le même sens : dans toute société, il y a toujours de ces gens-là qui vont vous regarder différemment que d’autres.

Au départ quand vous arrivez dans un milieu qui n’est pas familier aux gens d’autres origines comme nous des Noirs, c’est le temps de vérifier ce qu’ils ont appris. Ils sont là en train d’observer à distance et avec méfiance. C’est quand même une difficulté de déconstruire ce qu’ils ont appris.

Ça fait partie de notre formation, avant d’étudier la théologie, nous passons un temps de philosophie. C’est une science qui nous amène à mieux comprendre la vie, ajoute l’abbé Richard Ngoy.

L’abbé Henri Touaboy se dit bien conscient de la dichotomie à laquelle il fait face chaque jour : en moi-même, je suis purement africain, tout en m’ouvrant à l’universalité de cette humanité. À la maison, on nous appelle les Blancs de Dieu parce que nous avons été formés par des Blancs et nous vivons avec eux.

Aujourd’hui, les deux collègues qui ont fait connaissance au Collège universitaire dominicain se retrouvent du même côté de la rivière Matagami.

Seuls 12 kilomètres séparent leurs deux églises. Le lien de proximité entre les confrères religieux leur permet de garder leur culture africaine bien vivante.

Un prêtre donne un sermon.

Monseigneur Poitras dit que l'abbé Henri Touaboy (photo) et l'abbé Richard Ngoy apportent un souffle nouveau au sein du diocèse. Vu leur jeunesse, ils ont plus d'énergie pour faire des activités comme le basketball ou encore le soccer avec les écoles de leur paroisse.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Ça fait beaucoup de bien de retrouver le Père Richard à Timmins. On se connaît depuis nos études en théologie à Ottawa, souligne l’abbé Henri Touaboy.

Je suis heureux de l’avoir, c’est aussi un ami et un voisin. On parle le même langage, [on a] la même culture, la même manière de faire les choses et de faire la cuisine. Souvent, je vais chez lui manger et il vient chez moi manger.

S'il est généralement bien vu de donner un coup de fil avant de s’inviter chez quelqu’un, MM. Touaboy et Ngoy ne prennent pas toujours cette précaution. On débarque plutôt à l’improviste, explique le père Ngoy.

Je peux aller chez mon confrère sans même l’appeler. Je peux improviser une visite, ouvrir le frigo et je me sers. S’il a une bière, je la prends sans même demander. Le Père Henri ne se sentira même pas dérangé.

Un prêtre joue dans la neige devant son église.

Père Henri tout sourire en tentant d'attraper des flocons devant son église.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

L’intégration communautaire

Les deux hommes se sont rapidement mélangés à la culture canadienne, alors qu’ils profitent des petits bonheurs de la vie en s’amusant avec les paroissiens.

Monseigneur Poitras, l'évêque du diocèse de Timmins, confiait à Radio-Canada qu'il n'était pas rare qu'il reçoive des appels de directeurs d'école le remerciant du temps que les prêtres ont pris pour jouer au ballon avec les élèves.

Pendant l’été, je joue au basketball avec les jeunes de l’école. Je suis bon pour marquer des paniers. Je vais aussi à la pêche avec des amis.

Une citation de :L’abbé Henri Touaboy

Richard fait beaucoup d’activités de son côté, il joue dans un club de soccer. On fait beaucoup d’activités avec les jeunes de nos secteurs de nos paroisses. Une paroissienne aime m’inviter pour faire le quatre roues. J’adore ça dans la forêt et me perdre pour une demi-journée, précise M. Touaboy.

Le père Henri Touaboy au volant d'un VTT.

Le père Henri affirme que les boisés de Porcupine évoquent presque la brousse africaine dans sa mémoire.

Photo : Henri Touaboy

Je n’échangerai pas mon rythme de vie ici [à Timmins] pour rien au monde. J’aime être ici.

Une citation de :L’abbé Henri Touaboy

Père Richard a aussi trouvé sa place à Timmins. Il aime particulièrement y trouver le climat de paix qui règne au pays.

En arrivant ici, on vit la paix. Ce qui est différent de notre pays. Je peux prendre ma marche même à 2 heures ou 3 heures du matin, ce qui ne se fait pas chez nous nécessairement à cause de l’insécurité. Ça me donne vraiment de la joie de vivre.

Finalement, père Henri trouve le moyen de toujours apprécier la beauté de la nature canadienne.

J'ai vu un gros lapin traverser la route. Il s’est arrêté juste devant ma voiture. Je me suis arrêté; brusquement. J’ai klaxonné, il a fait demi-tour et je suis passé.

Je me suis alors mis à rigoler : "Mais Henri, qu’est-ce que tu es devenu?" En bon Africain, je l’aurais tué, mis dans ma voiture et je me serais fait un bon souper. Quand j’ai expliqué ça à ma sœur, elle m’a dit que j’étais devenu un Blanc.

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