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Fantasio Club : une nouvelle étiquette pour les artistes à l'âme punk

Deux photos côte à côte d'un homme et d'une femme qui prennent la pose. Les deux ont de grands tatouages sur les bras.

Hugo Mudie et Laurence Lebel, qui ont fondé Fantasio Club.

Photo : Jimmi Francoeur / Courtoisie

Charles Rioux

Elle est imprésario et directrice générale de l’étiquette Artifice. Il est un vétéran de la scène punk montréalaise et fondateur du Pouzza Fest. Ensemble, Laurence Lebel et Hugo Mudie ont donné naissance à Fantasio Club, une maison de disques pour les musiciennes et musiciens hors-norme, « trempés légèrement dans un punch aux fruits à saveur punk ». Entrevue avec le duo à la tête de cette nouvelle étiquette.

Alors que l’industrie du spectacle est au calme plat en raison de la pandémie, lancer une étiquette est une démarche qui peut paraître curieuse. Mais selon Hugo Mudie, ex-leader du groupe The Sainte Catherines, la COVID-19 n’a pas eu d’impact sur la mise sur pied de Fantasio Club.

[La COVID-19] n’a pas eu vraiment à jouer dans tout ça, sauf que ça a beaucoup joué sur la réaction du monde. Je trouve que le monde a l’air vraiment enthousiaste et excité à l’idée qu’il y ait un nouveau label, ce qui, pourtant, n’est pas une affaire si unique, avoue-t-il. Il y avait un besoin pour une bonne nouvelle en musique.

Artifice, Rozaire et maintenant Fantasio Club

Fantasio Club est la deuxième sous-étiquette de la boîte Artifice (AUTOMAT, Jeffrey Piton, Amelie No), créée en 2011 à Québec par Alex Pouliot, qui a fait sa marque dans le paysage musical québécois en collaborant avec un répertoire d’artistes qui ratisse large (Dead Obies, Safia Nolin, Champion, Joseph Edgar, We Are Wolves et plusieurs autres).

En 2019, Artifice a créé sa première sous-étiquette, Rozaire (Kinkead, Félixe, Mauvais amis), un point de chute pour les artistes francophones qui, selon Laurence Lebel, font autre chose que ce qu’on entend partout en ce moment. Mais il y avait encore un vide pour quelques artistes qui n'entraient pas nécessairement dans cette lignée.

« On se disait qu’on avait envie d’aller faire un tour du côté un peu plus punk, sale et DIY [do it yourself, ou fais-le toi-même]. Et moi, en parallèle de ça, je travaillais en gestion d’artistes avec Hugo, puis en 2020, il m’est arrivé avec son idée de Fantasio Club », se rappelle Laurence Lebel. Ainsi est né l’embryon de la maison de disques.

Pour moi, c’était l’association idéale, avec un vétéran de la musique qui connaît ses affaires, qui sait exactement comment structurer les débuts d’un label, comment découvrir et signer des groupes. Ça a été une association naturelle.

Une citation de :Laurence Lebel

Mais qu’est-ce que Fantasio, ce nom mystérieux qui se retrouvait aussi sur le deuxième album solo de Mudie, Concerta Fantasio?  

Fantasio, c’est une planète en fait, une planète fictive, qui est un peu l’endroit dans ma tête où la liberté totale existe [...] et qui correspond certainement avec la direction du label.

Le logo de Fantasia Club dans de multiples couleurs.

Le premier groupe à être signé sur Fantasio Club est le quatuor punk-rock Lost Love, dont Hugo Mudie a réalisé les deux premiers albums.

Photo : Page Facebook de Fantasio Club

Être punk dans la démarche 

Sur le web, Fantasio Club est décrite comme « un club très select », mais cela ne veut pas dire que l’étiquette est circonscrite à un style particulier ou réservée aux puristes du punk, comme l’explique Laurence.

Ce n’est pas nécessaire d’être punk dans le son, mais dans la démarche, dans la façon de penser, de créer, de sortir des sentiers battus. La définition, c’est un peu les artistes hors-norme avec un léger goût punk.

S’éloigner de ce qui se fait partout, c’est aussi une vocation qui habite Hugo Mudie depuis le début de sa carrière musicale : Ce qui m’intéresse dans les groupes qu’on va sortir, et ceux que j’aime, c’est que ce sont souvent des artistes qui défient l’autorité en place, autant dans le style que dans l’attitude.

Il n’y a rien que je trouve plus le fun que de voir un parcours qui n’est pas safe, qui défie les choses en place. C’est un peu ça, la mentalité du label.

Une citation de :Hugo Mudie

L’approche DIY en 2021

Artifice a signé en décembre dernier une entente de distribution avec Warner Music Canada, « une façon pour [l'étiquette] d’aller s’implanter dans les playlists sur les plateformes de diffusion », explique Laurence, qui ne voit pas vraiment de contradiction entre ce contrat avec une multinationale et l’approche plus indépendante qu’elle préconise depuis toujours.

Même si on a une approche DIY, locale, il y a quand même la conscience que, si on veut percer un certain marché, il faut s’entourer de partenaires un peu plus internationaux. [...] On voulait sortir du Québec, pour aller plus loin encore. On a besoin d’interlocuteurs qui parlent aux plateformes de façon récurrente pour qu’on puisse tirer notre épingle du jeu et présenter nos projets.

Par ailleurs, Hugo Mudie ne croit plus vraiment au schisme entre les étiquettes dites majeures et les artistes indépendants; c'est un vestige du passé, selon lui.

On a passé depuis un bout de temps, je crois, l’espèce de evilness [méchanceté] des étiquettes majeures, explique-t-il.

Et en 2021, avec la démocratisation de la musique et l’omniprésence des plateformes de diffusion, croit-il que l’approche indépendante a encore sa place?

C’est mille fois plus facile aujourd’hui d’être DIY, parce que je peux littéralement enregistrer un album aujourd’hui, le mettre ce soir sur mon Bandcamp et en vendre la minute même.

Il n’y a vraiment plus beaucoup d’excuses aujourd’hui pour ne pas faire paraître ta musique.

Une citation de :Hugo Mudie

Le but ultime pour un artiste demeure, selon lui, de faire entendre sa musique par les personnes qui seraient intéressées. « Il n’y a rien de plus frustrant pour un artiste que de se dire que quelqu’un pourrait aimer son band, mais qu’il ne le connaîtra jamais », affirme-t-il.

Dare To Care, Cœur de pirate et les dénonciations de l’été 2020

Hugo Mudie a cofondé Dare To Care en 2000 avec Eli Bissonnette, qui a quitté le poste de président de l’étiquette en juillet dernier dans la foulée des dénonciations d’inconduites sexuelles visant plusieurs artistes.

Il était difficile de ne pas aborder le sujet avec Laurence et Hugo, ne serait-ce que pour avoir leur avis sur le rachat de l’étiquette par Béatrice Martin, alias Cœur de pirate.

Je pense que c’est une excellente nouvelle que ce soit une femme qui reprenne le label, je trouve ça extrêmement emblématique. En tant que femme dans l’industrie, de voir ça, ça m’a dit ''On avance un peu'', affirme Laurence.

Je ne voyais pas d’autre avenue, pour cette compagnie-là, que Béatrice reprenne le flambeau, parce qu’elle a tellement apporté à ce label et que ça a mis [Dare to Care] sur la carte, grâce à son succès.

Par ailleurs, Laurence Lebel affirme avoir ressenti du soulagement après la déferlante de dénonciations de l’été dernier : Il y a des gens qui se sont remis en question, et c’était nécessaire que ça arrive. C’est un abcès qui a crevé, qui avait grossi de façon très indécente dans les cinq dernières années.

Pour ce qui est de l’avenir de Fantasio Club, le duo Lebel-Mudie demeure plutôt évasif. L’étiquette a jusqu’ici signé avec le groupe montréalais de pop-punk Lost Love, mais n’a donné aucun indice sur la composition future de son écurie, sauf celui-ci : Laurence et Hugo vont annoncer la signature avec un artiste hip-hop dont on n'a pas eu de nouvelles depuis un bout de temps. À suivre.

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