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L'opposition haïtienne engage un bras de fer avec le président Moïse

Les habitants de Port-au-Prince restent terrés chez eux au lendemain de l'annonce par les autorités que ces dernières avaient déjoué un projet de coup d'État.

Plusieurs personnes sont assises à l'ombre, près de la Cour de cassation.

Des journalistes sont rassemblés devant la Cour de cassation, le plus haut tribunal d'Haïti, lundi.

Photo : Getty Images / AFP/VALERIE BAERISWYL

Agence France-Presse

L'opposition haïtienne a engagé un bras de fer avec le président contesté Jovenel Moïse en désignant un dirigeant censé assurer la transition dans ce pays en crise, au lendemain de l'annonce des autorités que ces dernières avaient déjoué un projet de coup d'État contre lui.

M. Moïse a en outre assuré avoir échappé à une tentative d'assassinat, et Port-au-Prince a été dimanche le théâtre de manifestations clairsemées émaillées de quelques échauffourées avec la police.

Lundi, l'incertitude politique poussait les habitants de la capitale à rester terrés chez eux. Les rues de Port-au-Prince étaient désertes dans la matinée.

Dans un message vidéo transmis dans la nuit de dimanche à lundi à l'AFP, un magistrat de 72 ans, Joseph Mécène Jean-Louis, lit un court discours dans lequel il déclare accepter le choix de l'opposition et de la société civile pour pouvoir servir [s]on pays comme président provisoire de la transition.

Des policiers entourent trois hommes couchés dans la boîte d'un camion.

Un ancien sénateur, Youri Latortue, a indiqué qu'il était prévu que cet intérim dure 24 mois.

La feuille de route est établie pour deux ans avec l'organisation d'une conférence nationale, l'élaboration d'une nouvelle Constitution et la tenue des élections, a détaillé M. Latortue qui, après avoir été conseiller du président Michel Martelly, mentor de Jovenel Moïse, s'est déclaré opposant au pouvoir.

M. Moïse soutient que son mandat à la tête du pays caribéen est prévu jusqu'au 7 février 2022. Mais cette date est dénoncée par une bonne partie de la population haïtienne, selon qui le mandat de cinq ans de M. Moïse est arrivé à terme ce dimanche 7 février 2021.

Ce désaccord de date est né du fait que M. Moïse avait été élu lors d'un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.

Un homme prend son élan pour lancer une pierre dans la rue, sous le regard d'autres hommes.

Un homme lance des pierres en direction de policiers, lors d'une manifestation pour réclamer le départ de Jovenel Moïse, dimanche, à Port-au-Prince.

Photo : La Presse canadienne / AP/Dieu Nalio Chery

L'ONU et Washington s'inquiètent

Les Nations unies se sont dites inquiètes de la situation en Haïti et ont appelé au calme les parties en présence.

Washington s'est également déclaré préoccupé et a lancé un appel similaire à la retenue. La situation demeure trouble et nous attendons les résultats de l'enquête policière, a affirmé un porte-parole du département d'État.

Il faisait référence à la tentative de coup d'État dénoncée dimanche par les autorités haïtiennes. Selon le ministre de la Justice, Rockefeller Vincent, le putsch avorté implique un juge de la Cour de cassation et une inspectrice générale de la police nationale.

Vingt-trois personnes ont été arrêtées au total, a précisé dimanche à la presse le premier ministre Joseph Jouthe.

Ils avaient contacté des hauts gradés de la police au Palais national qui avaient pour mission d'arrêter le président, de l'amener dans cette habitation à Petit Bois [lieu de leur arrestation dans la capitale, NDLR] et faciliter l'installation d'un nouveau président provisoire qui aurait fait la transition.

Une citation de :Joseph Jouthe, premier ministre d'Haïti

Le directeur général de la police nationale, Léon Charles, a précisé que de l'argent et des armes avaient été saisis, notamment deux fusils d'assaut M14, un mini Uzi, trois pistolets 9 mm et plusieurs machettes.

Deux hommes en moto près d'un incendie.

Deux hommes passent en moto près d'une barricade en feu lors d'une manifestation pour réclamer la démission de Jovenel Moïse, dimanche, à Port-au-Prince.

Photo : La Presse canadienne / AP/Dieu Nalio Chery

Aucune institution haïtienne ne peut aujourd'hui légalement départager ces deux camps, qui refusent tout dialogue.

Impasse politique

La Constitution, au cœur de cette polémique, est aussi souvent évoquée qu'elle est violée par les politiciens haïtiens.

Le Conseil constitutionnel, qui aurait dû trancher sur la durée du mandat présidentiel, n'existe que sur le papier.

Le Sénat ne peut pas non plus s'ériger en Haute Cour de justice comme la loi l'y autorise car, faute d'élections organisées par l'administration Moïse, il ne reste aujourd'hui qu'un tiers des sénateurs en poste.

Le président haïtien Jovenel Moïse.

Le président haïtien Jovenel Moïse (archives)

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

Gangrenée par la pauvreté et sous la menace quotidienne des gangs qui multiplient les enlèvements contre rançon, la majorité de la population suit avec attention cette guerre politique à la radio et sur les réseaux sociaux.

Privé de Parlement, le pays s'est encore davantage enfoncé dans la crise en 2020. Isolé, le président Moïse gouverne par décret, alimentant une défiance croissante au sein de la population.

Aux dernières élections présidentielles, à peine plus de 20 % des électeurs avaient pris part au scrutin portant Jovenel Moïse au pouvoir.

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