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Une zone « orange brûlé » qui soulage et inquiète à la fois

Un panneau placé devant la librairie de Matane indique que la boutique est ouverte.

Les commerces jugés non essentiels, comme la Chouette Librairie de Matane, peuvent à nouveau accueillir des clients à l'intérieur.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

L'Est-du-Québec est officiellement en zone orange depuis lundi matin. Ce changement et les assouplissements qui y sont associés sont accueillis avec soulagement, mais plusieurs commerçants hésitent à se réjouir trop vite.

Il n'est pas encore 9 heures lundi matin que déjà des rires résonnent au Cégep de Matane.

Le déconfinement tant attendu s'amorce, au grand bonheur d'un groupe d'étudiantes en soins infirmiers qui patientent avant le début d'un cours.

C'est une bonne nouvelle, ça nous permet d'avoir plus de liberté et de passer plus de temps avec nos amis en dehors de l'école, affirme Brittany Lévesque.

On s'en va magasiner à midi! lance une autre étudiante à la blague.

Quatre étudiantes sont assises à une table séparée en quatre sections par des plexiglas. Chacune porte un couvre-visage.

Des étudiantes du Cégep de Matane se réjouissent des assouplissements qui entrent en vigueur lundi, même si les règles sanitaires continuent de dicter leur quotidien.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Parmi les assouplissements qui permettront d'alléger leur quotidien, elles citent le report du couvre-feu à 21 h 30 plutôt que 20 h et la réouverture des commerces non essentiels. C'est aussi niaiseux que d'avoir besoin d'un chaudron, de crayons ou de cahiers pour l'école... tu ne pouvais pas en acheter, explique Myriam Yahyaoui.

Les étudiantes ne se font toutefois pas d'illusion. Elles sont bien conscientes qu'il ne s'agit pas d'un retour à la normale.

Si on regarde les critères, je trouve qu'on se rapproche plus d'une zone orange très brûlée. Je ne vois pas une énorme différence, ce n'est pas un retour à la normale.

Myriam Yahyaoui, étudiante au Cégep de Matane

Au bout d'un moment, les étudiantes se lèvent pour se rendre en classe. Comme elles étudient en soins infirmiers, la plupart de leurs cours et laboratoires se donnent en présentiel.

Dehors, la neige continue de tomber sur les voitures qui font la file aux services au volant des différents cafés de Matane. Au Tim Hortons, un rare client s'aventure à l'intérieur pour commander.

Est-ce qu'on peut manger à l'intérieur?, demande-t-il à la caissière. L'employée doit se tourner vers sa gérante pour vérifier. Oui, la salle à manger est ouverte ce matin, confirme-t-elle.

Ah, ça va faire du bien! lance-t-il spontanément.

Des rubans rouges bloquent l'accès aux tables d'un Tim Hortons de Matane.

Certains cafés et restaurants ont fait le choix de ne pas rouvrir leur salle à manger.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Or, à quelques rues de là, dans l'autre Tim Hortons de la ville, des rubans rouges bloquent encore l'accès aux tables. Une employée explique qu'avec l'obligation de tenir un registre des clients qui mangent sur place, et de s'assurer qu'ils résident bien en zone orange, le restaurant a préféré ne pas rouvrir sa petite salle à manger.

Plusieurs autres cafés et restaurants ont fait le même choix, que ce soit pour limiter la propagation du virus ou par souci financier, comme au Café du Moussonneur, à Rimouski.

Le propriétaire Richard O'Neil explique que dès le début de la crise sanitaire, il a pris la décision de ne pas ouvrir sa salle.

Tant et aussi longtemps qu'il va y avoir de la distanciation sociale, c'est pas viable pour nous. On a une boutique de café qui fonctionne très bien, on a une sécurité financière, on va la garder comme ça.

Richard O'Neil, propriétaire du Café du Moussonneur

Il estime être parvenu à traverser la crise plus facilement que d'autres propriétaires de commerces qui ont dû fermer et ouvrir plusieurs fois en un an. On est passé à travers ça très facilement, personne n'a perdu son emploi, on a été capables de garder nos employés, même avec le compétiteur qui s'appelle la PCU, souligne M. O'Neil.

Richard O'Neil est debout dans son café. Il tient un couvre-visage dans ses mains.

Richard O'Neil ne rouvrira pas la salle à manger du Café du Moussonneur tant que la distanciation physique sera de mise.

Photo : Radio-Canada / Shanelle Guérin

L'impact d'une autre fermeture éventuelle est d'ailleurs l'une des préoccupations des restaurateurs qui ont choisi de rouvrir leurs portes aux clients.

On est ouverts, mais pour combien de temps et est-ce qu'on a le contrôle là-dessus? demande le copropriétaire de 9 resto déjeuner à Rimouski, Steven Guimond Corriveau.

J'ai enlevé mon affiche d'heures d'ouverture en mode COVID, mais je ne vais pas la jeter! lance-t-il en riant.

C'est sûr qu'on ne demande que ça, de pouvoir ouvrir. On ne veut pas quémander de l'aide, on veut travailler. Mais en même temps, il y a beaucoup de contraintes et on sent un peu l'épée de Damoclès.

Steven Guimond Corriveau, propriétaire de 9 resto déjeuner

Il se demande notamment si cette réouverture sera plus rentable que si son entreprise se contentait d'offrir des repas pour emporter, vu la nouvelle limite de deux adultes par table. Il craint également de perdre des employés puisque cette restriction vient aussi limiter la quantité de pourboire qu'ils vont recevoir.

Chaque fermeture entraîne son lot de gestion de main-d'œuvre. Plusieurs employés se remettent en question, ils vont accepter des postes ailleurs, dans le domaine de la santé par exemple, indique M. Guimond Corriveau.

Trois clients, assis à deux tables différentes, prennent un déjeuner au restaurant.

Des clients profitent de la réouverture du 9 resto déjeuner, à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Shanelle Guérin

Il déplore également le fait que, depuis le début de la pandémie, les restrictions imposées aux restaurateurs ont été plus sévères selon lui que celles imposées aux commerces de détail.

Je suis sincère quand je te dis que je ne sais plus ça fait combien de fois que j'ouvre et ferme un commerce. J'ai l'impression qu'il y a quelqu'un dans un bureau quelque part qui n'aime pas beaucoup l'industrie de la restauration, avance le restaurateur.

Dans les petits commerces non essentiels qui offraient la cueillette en magasin, comme la Chouette Librairie à Matane, la transition se fait plus facilement.

Ça ne change rien, sauf que c'est plus facile de répondre à la porte que de donner des sacs par la porte d'en arrière, explique la propriétaire de la librairie, Normande Boulay.

Normande Boulay se tient debout à l'intérieur de la Chouette Librairie. Elle porte un couvre-visage.

Normande Boulay espère qu'elle n'aura pas à fermer les portes de sa librairie une nouvelle fois.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

On avait moins de chiffres d'affaires quand même, c'est sûr, mais rien n'a arrêté. On a beaucoup de commandes en ligne et par téléphone, mais les gens aiment mieux venir en magasin choisir un livre, ajoute-t-elle.

C'est notamment le cas des enseignants qui viennent acheter des livres pour leurs classes, ce qui représente environ 60 % du chiffre d'affaires de la librairie.

Même si cette clientèle est toujours au rendez-vous, tout comme la bibliothèque municipale, qui représente également un gros client pour la librairie, Mme Boulay admet craindre une nouvelle fermeture. Elle se dit d'ailleurs plus prudente dans ses achats d'inventaire.

On est craintifs. On a juste hâte que le monde vienne et que l'été arrive! Et qu'on reste ouvert, surtout, lance la libraire.

Avec la collaboration de Shanelle Guérin

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