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Le faible nombre d’élèves est un défi de taille pour les francophones des régions

Dans l’une des écoles de la péninsule de Port au Port — le berceau de la francophonie à Terre-Neuve — il n’y a qu’un élève à la maternelle. Une situation préoccupante pour les électeurs francophones qui se sont tant battus pour faire valoir leur droit à l’éducation en français.

Des élèves devant l'École Sainte-Anne.

L'École Sainte-Anne est l'une des deux écoles francophones dans la péninsule de Port au Port.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Depuis sa retraite, Joe Benoît passe de plus en plus de temps dans son atelier. C’est devenu un petit paradis solitaire pour l’ancien enseignant après des décennies dans la salle de classe.

C’est un amour, enseigner. Ça vient du cœur, ça. J’ai encore le goût, mais je pense que c’est le temps que la relève soit donnée aux plus jeunes, explique-t-il.

Il y a 30 ans, Joe Benoît était parmi les parents et enseignants qui se sont battus pour obtenir une première école francophone dans la péninsule de Port au Port. Leur éventuelle victoire était une reconnaissance de la présence francophone qui existe sur la côte ouest de Terre-Neuve depuis des siècles et un pas vers la préservation de la langue.

Je m’en rappelle au début des années, à la fin des années 1990, je pense qu’on avait 110, 112 élèves [de la] maternelle à la 12e année. À La Grand’Terre, à l’École Sainte-Anne, on avait maternelle à 12, pis y’avait plusieurs enfants dans chaque niveau, raconte-t-il.

Mais aujourd’hui, la réalité est bien différente. Bien qu’il y ait toujours plusieurs centaines de francophones dans la péninsule, les jeunes comme les petits-enfants de Joe Benoît sont beaucoup moins nombreux. L’École Sainte-Anne ne compte actuellement que 60 élèves.

Joe Benoît.

Joe Benoît, enseignant à la retraite, est parmi les résidents de la péninsule de Port au Port qui se sont battus pour obtenir des écoles francophones.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le problème est grand parce que la population diminue, croit-il.

Cette année, il n’y a qu’un élève à la maternelle à l’École Notre-Dame-du-Cap, l’autre école francophone dans la péninsule.

Il n’y a pas assez d’enfants par famille et les gens qui sont ici ou qui étaient ici, ils déménagent pour des raisons de travail. Au lieu de se gaboter d’une province à l’autre en cherchant de l’emploi, ils déménagent parce que l’emploi est là-bas.

Une citation de :Joe Benoît
La route 460, dans la péninsule de Port au Port.

Plusieurs centaines de francophones habitent les villages côtiers dans la péninsule de Port au Port.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Les candidats s'inquiètent

Pour les trois candidats dans Stephenville—Port-au-Port, la circonscription qui englobe tous les villages francophones de l’ouest de Terre-Neuve, l’avenir des écoles francophones est étroitement lié à la rétention des familles.

La circonscription de Stephenville - Port-au-Port.

La circonscription de Stephenville - Port-au-Port englobe plusieurs comunautés francophones, dont Cap Saint-Georges et La Grand'Terre.

Photo : Radio-Canada / Louise Duguay

Comme ailleurs à Terre-Neuve, le manque d’emplois stables et bien rémunérés coûte cher à la vitalité des villages francophones.

Une grande partie du problème est liée à l’économie et la création d’emplois pour que les gens puissent rester chez eux, indique le candidat progressiste-conservateur, Tony Wakeham, en soulignant les incitations fiscales et les améliorations au réseau d’internet haute vitesse que son parti promet pour encourager l’immigration en région.

Tony Wakeham.

Tony Wakeham est candidat progressiste-conservateur dans Stephenville—Port au Port.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Mais Tony Wakeham, élu en 2019 par 31 voix seulement, croit aussi que la province doit réexaminer le nombre d’effectifs dans les écoles rurales — tout en soulignant les défis persistants de recrutement du Conseil scolaire francophone provincial.

Nous voulons travailler avec le syndicat provincial des enseignants pour nous assurer que les classes ont les ressources dont ils ont besoin, affirme-t-il.

En janvier, des parents ont menacé de manifester devant l’École Sainte-Anne, qui comptait un triple niveau en raison d’un poste vacant.

La Grand'Terre, dans la péninsule de Port au Port, à Terre-Neuve.

La Grand'Terre, dans la péninsule de Port au Port, à Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Il faut souligner le travail et la persévérance des parents à cet égard, indique Tony Wakeham.

Son principal adversaire, le candidat libéral, Kevin Aylward, croit qu’il faut aussi améliorer la qualité des installations scolaires.

Il y a des besoins en capitaux, en termes des installations scolaires, qui méritent d’être révisées, indique-t-il.

Il rappelle qu’en 2019, l’école élémentaire à Cap Saint-Georges a soudainement fermé pour des réparations urgentes. Des parents réclament une nouvelle structure depuis des années.

Kevin Aylward.

Kevin Aylward, ancien chef du Parti libéral de Terre-Neuve-et-Labrador, veut réexaminer les besoins en infrastructures du Conseil scolaire francophone provincial.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Pour le néo-démocrate, Jamie Ruby, un candidat qui a étudié à Stephenville, mais qui réside actuellement à Saint-Jean, la rétention des familles et l’augmentation des inscriptions dans les écoles francophones reviennent à la qualité des services et des infrastructures.

[Les jeunes] ne retournent pas dans leur communauté à cause du manque de services et de la qualité des routes. Ils ne reviennent pas parce que nous avons des soins insuffisants en santé mentale, affirme-t-il. Ce sont les choses dont nous avons besoin pour recruter et retenir les familles.

L'école est au coeur de la communauté

Joe Benoit reconnaît que les enjeux dans la péninsule de Port-au-Port ressemblent aux défis qu’affrontent toutes les écoles rurales à Terre-Neuve — et que la solution n’est pas évidente.

Mais il soutient que le déclin des écoles francophones représente une situation déchirante pour les résidents qui se sont tant battus pour préserver leur culture.

Je crois qu’il n’y a pas de question que les écoles vont rester. La question va être dans quel ordre? Parce qu’on sait que les changements […] on ne peut pas les empêcher, estime-t-il.

L’école là est la cible et le signe de la culture de la région. La journée qu’on va perdre ça, ça sera aussi pour fermer les portes à la francophonie à Terre-Neuve, dit-il. J’espère que je serai déjà parti il y a longtemps avant que ça arrive.

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